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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 11:28

Le pitch : Pour faire passer sa loi interdisant l’esclavage, le président Républicain était prêt à tout, y compris à acheter des voix démocrates.

 

Lincoln commence par une impressionnante scène de tuerie lors de la guerre de sécession, ce conflit sanglant qui faillit briser l’Amérique entre 1861 et 1865 (et « popularisée » en France par la BD Les tuniques bleues). Et cette première scène est finalement trompeuse car Lincoln n’est en rien un biopic du président ni une histoire de cette guerre.

 

C’est au contraire, un film politique, où les combats sont verbaux, parfois feutrés lorsqu’ils déroulent dans une petite pièce, parfois outrés quand ils prennent place dans la chambre des représentantes des Etats Unis d’Amérique.

 

Et c’est sans doute cet aspect qui explique son échec en France. Car notre pays se contrefout de l’histoire américaine, pourtant passionnante. Alors passer deux heures et quelques à analyser les discussions politiques autour de l’esclavage, passer en revue les réticences y compris chez les Républicains, voir comment Lincoln achetait les voix nécessaires et voir comment le Congrès adopta finalement cette loi historique, à part les fanas d’histoire comme moi, personne en France ne s’y intéressa. D’ailleurs, le film fut tellement peu longtemps à l’affiche que je n’eus même pas le temps d’y aller. Je me suis donc rattrapé avec le Blu-Ray (superbe).

 

Ce qui est amusant, c’est que notre arrogance anti-américaine passe son temps à nous dire que les concitoyens d’Obama sont des ânes incultes. Sauf que ces « ânes » ont fait un triomphe à Lincoln. Pourtant, vous n’y trouverez ni bataille filmée en plan large, ni suspens insoutenable autour d’un affrontement guerrier, ni même  l’assassinat de Lincoln. Vous n’apprendrez rien sur la jeunesse du président, sur ses échecs, sur sa raison qui l’a poussé à déclarer l’esclavage illégal, provoquant la guerre la plus sanglante qui ait jamais eu lieu sur le sol américain (et qui présageait par bien des aspects le suicide européen de 1914). Le public américain si ignare n’en a pas besoin car tout cela il le connaît. Il connaît l’histoire de son président, il connaît les échecs de jeunesse de Lincoln, il sait le déroulement de la guerre, des retournements de situation, de la grandeur d’un soldat comme le général Lee.

 

Le public américain a donc fait un triomphe au film de Steven Spielberg. Car qui d’autre que le wonder boy du cinéma US pouvait rendre justice au génie de Lincoln. D’ailleurs on peut diviser l’œuvre de Spielberg en deux parties : l’entertainement (Jurassic Park, Minority Report, ET….) et l’histoire (Amistad, Ryan, Empire du Soleil…). Lincoln fait donc partie de cette deuxième veine, sans doute la plus riche au final. Et il trône forcément tout en haut de ce versant.

 

Car Spielberg sait comme personne filmer des joutes verbales, il sait pénétrer dans les pensées de ses personnages, il n’hésite pas à prendre son temps quand il le faut pour exposer chaque protagoniste. Mieux encore, et c’est ce qui a sans doute déstabilisé en France, il compte sur l’intelligence du public. Il n’explique donc pas tout, se permet des ellipses et amène doucement son histoire vers le vote de la loi. Incroyablement pédagogique pour celui qui sait écouter, Lincoln met donc tout en œuvre pour rendre hommage au président, sans cacher ses zones d’ombres. Alors, oui, on n’a pas droit à un biopic. À la limite, Abraham Lincoln chasseur de vampires vous en apprendra plus sur lui. Mais là n’est pas le propos.

 

Ce qui intéresse Spielberg, c’est bien ce moment où la constitution va changer, où la loi va faire un premier pas timide vers la liberté des Afro-américains. Alors, il filme calmement, presque sans lumière parfois. Les dialogues sont souvent murmurés, les personnages s’affrontent du regard, mais aucun ne peut soutenir la volonté du président. Le film est une énorme leçon politique, mais aussi une leçon magistrale de cinéma ! Et tant pis pour ceux qui voulaient du spectaculaire, de la bataille de Gettysburg en 3D ou de la charge de cavalerie.

 

Ces considérations politiciennes n’empêchent pas le réalisateur de donner son avis sur cette guerre. Une scène extraordinaire voit Lincoln tenter d’empêcher son fils d’aller se battre avec l’armée nordiste. Il l’emmène à l’hôpital où l’on ampute les soldats. Et c’est en voyant un monticule de jambes coupées qu’il va commencer à réfléchir. Par ce biais, Spielberg condamne sans ambiguïtés sanglantes du conflit : la lutte pour l’esclavage passait par une boucherie sans nom.

 

Il n’élude pas non plus les états d’âmes des soldats noirs qui certes se battaient mais qui n’avaient pas le droit de vote. Enfin, les considérations racistes de l’époque ne sont pas du tout sous-estimées, mais Spielberg ose les filmer comme « normales », reflets de la pensée du XIXe siècle. Point d’anachronisme donc, mais une réflexion très poussée sur ce qui est « juste », y compris dans la façon dont on l’exprime.

 

Après un Cheval de guerre dantesque, Steven Spielberg a donc rendu l’hommage qu’il recherchait depuis des années à Abraham Lincoln. Aidé par  un Daniel Day Lewis absolument incroyable et récompensé par l’Oscar le plus mérité depuis des années, Lincoln est véritablement le film  à redécouvrir en cette fin d’année. C’est une porte ouverte vers un univers bien plus vaste : l’histoire d’un pays vieux de seulement 500 ans, mais qui aura donc été toujours en avance sur le reste du monde libre !!

 

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