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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 09:26
Cloud Atlas (**** 1/2*)

Le ptich : A travers 6 périodes séparées de plusieurs siècles, le destin de personnages dont chaque action influe sur leur alter égo passé ou futur.

 

Tiré d’un roman de SF peu connu en France (Cartographie du ciel), le film des désormais soeurs Wachowski contient, en creux, toutes leurs idées, qu’elles soient cinématographiques, sociétales ou philosophiques.

 

Depuis leur début, les deux cinéastes n’ont eu de cesse de montrer un monde où le faux-semblant est la règle. Que la Terre soit en fait sous la domination de machines et l’humanité vivant dans une réalité virtuelle (Matrix) ou que la forme cinématographique fasse l’objet de trucage sur chaque plan (Speed Racer, Jupiter Ascending), la réalité n’est jamais ce qu’elle doit être chez les Wachowski. Dans Cloud Atlas, le mélange des époques, mais surtout l’utilisation des mêmes acteurs, maquillés selon le moment de l’histoire (un point qui fut très critiqué, mais qui est l’essence même de l’histoire, permettant de relier justement chaque personnage à ses alter-égo) donne l’impression que ce que l’on voit ne correspond pas vraiment à ce que l’on pense être. L’utilisation d’effets visuels grandioses (la marque de fabrique du duo), notamment dans la reconstitution de New Séoul ou de la Terre dévastée du dernier segment temporel participe également de cette impression. Dans Cloud Atlas, que l’on soit au 19eme siècle, dans les années 70 , 2010 ou le futur, c’est bien une réalité fantasmée qui est dépeinte. Paradoxalement, le souci de réalisme du duo est forcément entamée par la réalité. Il suffit de comparer le San Francisco des années 70 tel que recréer par le film et les long-métrages tournées durant cette décennie aux USA et dans cette ville pour s’apercevoir que les images présentent une vision « idéale » de la ville. Le choix de San Francisco n’est d’ailleurs pas innocent tant cette ville est le berceau du combat des homosexuels américains, mais aussi du mouvement hippie.

 

L’autre grand thème du duo est la lutte contre un ennemi implacable, invisible et omniprésent. Le choix d’Hugo Weaving qui symbolise dans toutes les époques du film le danger et l’oppression est évidemment dicté par son rôle de l’agent Smith dans Matrix. Ici, il sera tour à tour un tueur à gage, une infirmière sadique, le visage de l’oppression en Corée ou la conscience maléfique de Tom Hanks dans le futur le plus lointain. Et chaque époque verra ses combattants qui luttent contre cette menace. A petite échelle (l’esclave noir du segment du XIXe siècle, le duo journaliste-homme d’action des années 70) ou grande échelle (la résistance de New Séoul), ceux qui s’opposent à la « matrice » découvrent peu à peu une autre réalité. On leur ôte leurs illusions , on enlève le mensonge devant leurs yeux (le segment de New Séoul reprend une grande partie de Matrix, citant même la trilogie dans le discours que tient le symbole nouveau de la résistance) et si échec il y a, il ne peut être que provisoire.

 

Ce qui est sûr, c’est que chaque époque a ses héros et ses vilains. Hugh Grant est d’ailleurs étonnant dans un double rôle de crapule

 

Mais Cloud Atlas ne se limite pas à des interprétations toutes simples. Ainsi, Tom Hanks partagera ses rôles entre les « méchants » (le XIXe siècle, les années 30, les années 2010) et les « gentils » (les années 70, le futur). Halle Berry, elle, est la version lumineuse d’Hugo Weaving : elle est du bon côté, mais elle va soit diriger l’action (les années 70) soit la subir quelque peu (le futur). Tous les autres personnages, parfois totalement méconnaissables sous leur maquillage (le travail à ce sujet est incroyable) naviguent entre les tourments, les qualités, les défauts de leur personnage selon les époque. Cloud Atlas aligne donc un compositeur vénal exploitant sans vergogne le talent d’un jeune homme dont il ruinera la carrière, un médecin pour qui la quête d’aventure lui fera ouvrir les yeux sur la réalité de l’esclavage, une journaliste qui va comprendre que les lobbys dirigent l’Amérique, un éditeur pas très courageux qui va devoir prendre son destin en main après qu’on l’ait enfermé dans une maison de retraite, une jeune femme créé génétiquement qui, tel Néo, prendra conscience que sa vie n’est qu’une farce et enfin un homme survivant sur une Terre revenue à la barbarie.

 

Tous ces destins s’emmêlent, chaque segment répond à l’autre grâce à un montage proprement prodigieux, souvent lié par la lecture d’une lettre ou les réflexions d’un personnage. Si l’on a parfois l’impression d’être perdu (le film est clairement à voir plusieurs fois pour en saisir toutes les nuances), la dernière partie donnera une bonne partie des clés. Pas toute évidemment, les Wachovski estimant que le public est assez intelligent pour combler les trous de leur narration.

 

Enfin, Cloud Atlas est un manifeste clair des orientations sexuelles du duo. On se rappelle que leur premier film , Bound, traitait de deux lesbiennes. Ici, c’est la passion amoureuse de deux hommes qui va être le film conducteur d’une partie de l’histoire. L’usage de travestissement (Hugo Weaving en femme, mais aussi Halle Berry en jeune garçon) fait finalement partie du destin des frères devenues soeurs par la chirurgie. Les Wachovski filment cependant des scènes d’amour hétérosexuels (c’était déjà le cas dans Matrix) et ne portent aucun jugement sur les différentes orientations de chacun. Leur vie se confond avec leurs films mais ce ne sont pas des brûlots politiques. Les idées du duo y sont présentes, mais jamais assénées. 

 

Que l’on soit d’accord ou pas avec le fait que des personnes changent de sexe (personnellement, j’estime que chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps et que si un homme se sent plus vivant étant femme, et vice-versa, nul ne peut s’opposer à ce qu’il aille au bout de son destin), la transformation physique des 2 frères va de paire avec leur cinéma. Car le thème de la renaissance était présent dès Matrix. Le succès mondial de la trilogie leur a donné les moyens de faire des films encore plus personnels, que certains jugeront hermétiques, d’une richesse visuelle incroyable (peut être trop car, comme dans Jupiter Ascending, il faut plusieurs visions pour en apprécier tous les détails, d’autant que Cloud Atlas est très long) et où le duo n’hésite pas à briser les tabous. Mais sans jamais se poser en dictateur. Après tout, chacune de leur histoire traite de la lutte contre l’oppression et il serait malvenue qu’ils (elles) deviennent à leur tour des censeurs !!

 

Il est évident qu’entrer dans un tel film demande un gros effort. La première demie-heure qui présente toutes les époques donne le tournis. Puis petit à petit, le puzzle se met en place, d’autant plus que le script a l’audace supplémentaire d’utiliser des flashbacks. Exigeant du spectateur une concentration de tous les instants, il est remarquable de voir que le film a été en fait tourné par 3 réalisateurs, Lana et Andy Wachowski bien sûr, mais aussi Tom Tykwer (qui réalise les segments des années 30, 70 et 2012) sans que l’on voie une différence de style. Le soin apporté aux images, aux effets visuels, au montage, à la musique et aux détails (énormément d’objets, de phrases ou la fameuse marque en forme d’étoile sont communs à tous les segments) permettent de donner une unité de ton formidable. Tykwer s’est aussi occupé de la musique, élément essentiel du segment des années 30 et qui donne d’ailleurs son titre au film.

 

Les 130 millions récoltés de par le monde (pour un budget de 100, dont 7 qui furent apportés directement par les Wachowski)) ne rendent évidemment pas justice à Cloud Atlas. En France, ce ne sont que 439 000 personnes qui se sont déplacés. Le montage financier complexe(plusieurs investisseurs ont mis la main à la poche, rassurés d’ailleurs par la présence de Tom Hanks), en dehors des studios (la Warner ne fera que le distribuer) et la sortie vidéo a sans doute limité la casse, mais il est clair que l’échec en salle du film, qui précédait les résultats mitigés de Jupiter Ascending ont écorné la stature du duo.

 

Mais qu’importe. Quand on regarde la filmographie de Wachowski, on ne peut qu’être étourdi par leur volonté de proposer autre chose que des blockbusters « classiques » ! Leur amour du cinéma et de l’image, leur jusqu’au boutisme et leur refus de se soumettre, comme leurs héros, à la dictature des studios, des exécutifs, du public même leur permet de construire une oeuvre riche, incroyable, intelligente. 

On peut détester Cloud Atlas, mais on ne peut pas lui dénier son ambition. Or, je serai toujours du côté des ambitieux dans le domaine du cinéma.

 

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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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