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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 16:23
Souvenirs de Marnie (*****)

Le ptitch : Anna, une petite fille adoptée et souffrant d’asthme, est envoyée à la campagne afin de se soigner. Attirée par un vieux manoir situé au fond d’une anse, elle va y rencontre une étrange fillette, Marnie.

 

Au delà des clichés sur l’animation japonaise, véhiculés à la fois par des politiques irresponsables et des diffuseurs peu scrupuleux, le studio Ghibli met un point d’honneur depuis des années à produire des films d’une qualité rare et d’une sensibilité sans pareil. Totoro, Porco Rosso, Princesse Mononoke, Nausicaa ou Le petit monde des Arrietty, le studio a offert à l’amateur d’animation une pléïade de chefs d’oeuvre où le soucis du détail le dispute au soin apporté aux dessins.

 

Nommé à l’Oscar 2016 (remporté par Vice-Versa qui, coïncidence, s’intéresse aussi à une petite fille qui grandit), Souvenirs de Marnie mérite largement sa réputation, d’autant plus que jamais il ne cherche à séduire le public occidental en réduisant ses influences asiatiques. Si les personnages ont un aspect « européen », le monde dans lequel ils évoluent est bel et bien le Japon. Mais pas le Japon des villes tels qu’on peut le voir dans Tokyo Ghouls ou Terror in resonnance, mais un Japon plus en harmonie avec la nature. Passées les premières minutes où l’on découvre Anna dans sa vie d’écolière, l’action se déplace donc dans la campagne japonaise, pas très loin de la mer (toute l’histoire se déroule au bord d’un fjord). La vie semble y couler plus tranquille et Anna, petite artiste en herbe, va vite y découvrir un monde serein, beau mais, et c’est bien sûr la force du film, détenteur d’un secret qu’elle semble seule à voir.

 

Déflorer le scénario serait criminel, mais nous ne sommes pas ici dans un film qui repose sur un pitch et des retournements de situation. Au contraire, l’histoire avance par à coup, ne ménage pas forcément son public, mais jamais ne cherche à le manipuler. Celui qui aura pris soin de noter les quelques indices qui émaillent le début du récit aura sans aucun doute deviné le secret de Marnie. Pour le spectateur moins attentif, la surprise sera évidemment totale, d’autant plus que le scénario ne donne pas plus d’explications que nécessaire. Après tout, nous sommes plus proche du conte que de la chronique sociale.

 

Ce qui fait la sensibilité et la force du film , c’est ce subtil basculement de l’enfance vers l’adolescence. Anna est une enfant mal dans sa peau. Adoptée, elle pense que la personne qui l’élève le fait pour l’argent. Elle ne peut pas se lier avec les autres, restant dans sa bulle et rejetant toute tentative qui viserait à l’y en sortir. Sa rencontre avec Marnie est donc une sorte de miracle. Pour la première fois, elle est à l’aise avec une enfant de son âge à qui elle va confier ses secrets, ses peurs, ses regrets. L’amitié entre les deux personnages, fort différents (Anna a les cheveux courts et bruns, elle vient d’un milieu populaire, Marnie a de longues boucles blondes et vit dans un milieu aisé) nait justement de cette opposition. C’est le moteur du film, même si, petit à petit, le scénario va complexifier l’histoire, amener d’autres personnages auxquels Anna va aussi permettre d’entrer dans sa bulle. Et au final, l’enfant angoissée se sera ouvert au monde, à sa famille adoptive et se sera pardonnée à elle même. En cela, le film est un superbe hymne à la vie.

 

On raille souvent l’animation japonaise, l’assimilant à un travail bâclée, fait de quelques images clés, de personnages aux visages interchangeables et l’affublant de toutes les tares possibles et imaginables. C’est oublier que, comme dans le manga, l’énorme production animée permet une profusion de style incroyable et que la résumer à quelques séries est absolument ridicule. Dans les années 78-80, ce fut Goldorak la cible des détracteurs de japanimation, puis plus tard Dragon Ball Z. Plus récemment, on tapa sur les Pokemon.

 

Or, comme tout médium de masse (entendez là où il y a une grande quantité différente produite), l’animation japonaise ne peut se réduire à quelques titres. Souvenirs de Marnie est clairement le haut d’un riche panier. Son animation d’une fluidité sans pareil (les mouvements des vagues, la pluie, le travail sur les décors , le tout en mélangeant techniques traditionnelles, peinture et 3D) le hisse largement au niveau des grands studios américains. L’éclairage, la lumière, les couleurs passant d’une douceur infinie (les rêveries de Anna et Marnie dans une barque) à des contrastes brutaux (la scène de l’orage dans la tour) emmènent le film dans des sphères rarement atteintes, si ce n’est pas Pixar.

 

Ici, pas question d’images clés reproductibles, mais bel et bien d’un travail de fourmi sur les détails, les visages, les expressions, le vent dans les cheveux, ect… L’animation est d’une telle qualité que, rapidement, on l’oublie pour se focaliser sur l’histoire. Car jamais cette technique ne prend le pas sur les personnages et leurs récits. Pas d’esbroufe, pas d’effets « jamais vus », le dessin est au service de l’histoire et non le contraire.

 

Souvenirs de Marnie ravira donc les amateurs d’animé, les amateurs de cinéma d’animation, les fans de cinéma tout court. Dans un monde où séquelle, adaptation, remake, reboot et autres préquelles font la loi, qu’il est bon de découvrir d’un oeil neuf des territoires entièrement inconnus.

 

L’Oscar lui a certes échappé, mais la beauté fulgurante du film font que lui aussi restera. Et s’il pouvait faire changer le public français sur l’animation japonaise, il remporterait la plus belle des victoires.

 

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