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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 10:27
L'Odyssée (*****)

Le pitch : 1979. Philippe Cousteau se tue aux commandes de son hydravion. 30 ans plus tôt, avec son frère et ses parents, il découvre sa nouvelle maison au bord de la Méditerranée. Personne ne le sait encore, mais ce sera le début d'une aventure extraordinaire.

 

Ouvrir le film avec le drame le plus épouvantable qui toucha Cousteau était sans doute la meilleure façon de rendre hommage à cette famille qui a marqué de son empreinte le XXe siècle. Car Jérome Salle a refusé de faire une hagiographie ou un saccage en règle de Captain Planet, mais au contraire a pris le risque (énorme) de le montrer dans toutes ses facettes et ne pas oublier qu'autour de lui gravitaient deux fils et une épouse.

 

Le cinéma français manque singulièrement d'ambition depuis des années. Or, 2016 offre au public deux puissants biopics. Si Chocolat a su trouver une audience assez importante pour un personnage méconnu, il est franchement dommage que L'odyssée ait été une déception lors de son démarrage alors que son sujet est sans aucun doute l'un des Français les plus connus dans le monde. Comme si on avait voulu punir le commandant des ses errances et que, réflexe bien tricolore, tout le bien qu'il ait pu faire soit noyé dans ses erreurs.

 

D'un point de vue cinématographique, Jerome Salle a réussi une alchimie parfaite entre acteurs habités par leur rôle (Lambert Wilson, prodigieux ! Audrey Tautou parfaite ! Pierre Niney, magistral) , photographie somptueuse, dialogues ciselés et scénario totalement à la hauteur de la stature de son sujet. 

Techniquement, le film est plus qu'abouti et jamais il ne sombre dans l'approximation. Les scènes en Antarctique comptent sans nul doute parmi les plus belles, mais tout ce qui fait le sel d'une vie "bigger than life" est là, que cela soit dans la reconstitution de la Calypso, des hangars de Marseille ou de la tentation américaine, Jerome Salle ne rate aucun de ses rendez vous avec Cousteau et met sur le même pied d'égalité les petits moments intimes (les disputes avec Simone et Philippe, mais aussi et surtout, les moments de complicité entre toute la famille) avec les grandes envolées lyriques du commandant devant les médias.

 

On a critiqué la performance d'Audrey. Mais comment interpréter une femme qui a tout donné pour son mari et qui a été trompée, délaissée, qui aura passé sa vie sur un bateau et qui a vu son fils mourir ? Les rares confidences que nous avons sur Simone (relire Capitaine de la Calypso d'Albert Falco ou Mon père le commandant de JM Cousteau) montrent que la "Bergère" détestait les caméras (elle doit apparaitre dans 2 ou 3 scènes sur la centaine de film qu'ont tournés les Cousteau) et avait son franc parler. Seule femme parmi une bande d'homme, elle était l'âme de la Calypso. Et pour cela, elle avait forcément un caractère fort. Et comme le réalisateur a décidé de mettre sur le même pied d'égalité tous les membres de la famille durant cette période (un film se déroulant entre 80 et 97 aurait été fort différent), il est logique de montrer une Simone déterminée, râleuse et qui, malgré toutes les trahisons de son mari, lui restera fidèle jusqu'au bout.

 

L'aspect le plus intéressant est bien évidement l'affrontement entre Cousteau et son fils préféré. Cet aspect de l'histoire, peu connu, est au coeur du film. Ce thème universel, où se même jalousie, admiration et désir de montrer à l'autre qu'on  existe, permet les scènes les plus fortes du film, que les disputes soient brutales (la scène avec les otaries) ou feutrées (la discussion dans le bar). Et quand, enfin, père et fils se retrouvent en Antarctique et que JYC comprend l'idéal de son fils ("Je voulais conquérir l'océan alors qu'il fallait le protéger"), L'odyssée atteint un sommet que peu de film atteignent !

 

Ce qui est extraordinaire dans le travail de Jérome Salle est qu'il ne cherche pas à cacher les défauts de chacun (Philippe aussi en prend pour son grade, notamment dans la scène où, au mépris de toute prudence, il veut absolument filmer les requins) , mais qu'il ne cherche pas non plus à les amplifier. Il aime cette famille et leur pardonne leurs errances. Il réussit incroyablement bien à les cerner, avec une tendresse et une volonté de montrer qu'ils étaient des gens comme vous et moi, juste avec ce petit soupçon de rêve supplémentaire.

 

5 étoiles pour ce qui est sans aucun doute le meilleur film français de cette année et l'un des meilleurs films tout court, c'est amplement mérité. Car en refusant les compromis (l'article de Première montre bien à quel point la gestion du projet fut complexe car il était hors de question de faire un travail au rabais), Jérome Salle s'est donné les moyens d'aller au delà du biopic. Le choix de la période 49-79 et plus particulièrement celle où les fils tentent de s'affranchir de la tutelle de leur père, pour finalement revenir l'épauler, comme si les liens du sang étaient plus forts que tout, est brillant. Bien sûr, l'admirateur de JYC que je suis aurait aimé un film plus long, un regard sur les années 80, sur les expéditions géantes en Amazonie, sur la ratification du traité de l'Antarctique, mais puisque l'Odyssée raconte en fait les rapports entre un homme et son fils, et qu'il s'agit autant du biopic de Philippe que celui du commandant, la logique l'emporte.

 

En attendant, on ne peut que remercier Jérome Salle d'avoir offert au public un film aussi magistral. Que celui ci le boude quelque peu est bien dommage, mais au final, on sait dès les premières images que L'Odyssée restera dans les mémoires bien plus longtemps que d'autres films ayant eu plus de succès que lui !

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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

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*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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