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7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 07:25
Detroit (**** 1/2*)

Le pitch : alors que Détroit s'embrase dans des émeutes liées à des tensions raciales, 2 policiers racistes investissent un hôtel où un jeune noir a eu la mauvaise idée de tirer sur les forces de l'ordre avec un pistolet inoffensif.

 

Katryn Bigelow est sans aucun doute la plus grande réalisatrice américaine de toute l'histoire du cinéma. Sa filmographie est remplie de chefs d'oeuvre (Near Dark, Strange Days, Demineurs, Le poids de l'eau, Zéro Dark Thirty) et il est donc logique que son regard sur la question raciale américaine soit un tel coup de poing, un film sec, maîtrisé de A à Z, souvent en état de grâce et surtout sans aucune concession.

 

Mêlant images d'archives et film de fiction, la cinéaste plonge le spectateur dans le chaos de Detroit et les émeutes de 1967, sans lui fournir la moindre explication et sans s'attarder à présenter les personnages - un procédé similaire au début de Strange Days d'ailleurs) , chose qu'elle fera plus tard, au bout de presque 30 minutes, quand les policiers investiront l'appartement et entameront leur danse macabre. Car une fois que l'unité de lieu et de temps sera mis en place, le film passe du presque documentaire à une véritable oeuvre de fiction se basant sur le réel, et utilise alors tous les procédés d'un film , ses mouvements de caméra, ses travellings, ses points sur des détails essentiels. Bref, Detroit devient un vrai film de cinéma et quand on sait que la réalisatrice est une surdouée, on est alors happé par cette histoire terrifiante, par son racisme, sa brutalité (rien n'est épargné aux malheureuses jeunes femmes accusées de "frayer avec des nègres") et son absence totale de remords.

 

On a d'ailleurs peine à croire à cette histoire tant elle semble loin dans le temps, alors que les évènements ne datent que de 50 ans, un abcès épouvantable sur une Amérique encore remplie de préjugés et de haine. Mais pourtant, et la dernière partie va encore plus loin dans le dégoût de cette époque, avec la reconstitution du procès qui, finalement absoudra les meurtriers, tout est réel, impitoyablement réel.

 

Pour reconstituer cette époque, Katryn Bigelow utilise des acteurs peu connus. Les seuls visages que l'on a déjà vus ailleurs - et pour cause - sont John Bogeya alias Finn dans la nouvelle trilogie Star Wars et Anthony Mackie alias Le faucon dans le 2e Captain America. Pour le reste, rien ne vient distraire le spectateurs. Comme toujours, la réalisatrice va à l'essentiel et ne veut pas parasiter son propos.

 

Le tour de force de Detroit est bien entendu sa partie centrale. Une fois tous les personnages - les musiciens, les jeunes filles et leurs compagnons noirs, le vigile noir, les policiers racistes - , commence alors ce long et terrifiant interrogatoire où , imbus de leur pouvoir, les forces de l'ordre ne vont plus connaître aucune limite, aucun tabou, le meurtre n'étant finalement qu'un moyen comme un autre d'obtenir des aveux.

 

Durant une bonne heure, on assiste donc à cette bavure épouvantable, un rouleau compresseur qui se met en place et qui avance, écrasant tout sur son passage. Les humiliations et les coups se succèdent sans qu'aucun des habitants de l'hôtel  ne comprennent ce qui se passe.  Et les tentatives de Bogeya pour adoucir les choses ne changent rien. A chaque instant, on sait que cela va mal finir et la seule chose qui épargnera aux deux jeunes femmes de se faire violer est leur couleur de peau.

 

Véritable coup de poing dans la figure du spectateur, Detroit ne prend pas de gant et ceci explique sans doute son échec public : 16 millions de recettes aux USA pour un budget de 34, quasiment rien de plus dans le reste du monde. Sans doute le film est-il trop radical dans sa description de la vérité ! Sans doute que l'Amérique n'est pas encore prête pour regarder en face certains aspects de son histoire.

 

Mais échec ou pas, Detroit reste un nouveau sommet dans la filmographie de la réalisatrice. Ceux qui auront le courage de s'y engager ne seront pas déçus : plus qu'un pan d'histoire, c'est surtout un métrage totalement maîtrisé, réalisé de main de maître, brillamment interprété et dont le jusqu'au boutisme se justifie totalement. Bref, c'est un très grand film de cinéma !

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  • Enseignant, fan de cinéma et de métal, chanteur dans différents groupe de métal, collectionneur de tout ce qui touche à Star Wars... what else ?
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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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