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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 06:37

Le pitch : l'histoire de Jean Valjean, Fantine, Cosette, Javert, Marius en chansons.

 

Dit comme cela, cela fait très kitch, mais force est de constater que résumer Les misérables n'est pas si aisé que cela. Est-ce l'histoire d'une rédemption, celle de Jean Valjean ? Une histoire d'acharnement policier, celle de Javert ? Une vie qui tourne au cauchemar, celle de Fantine, tandis que celle de sa fille Cosette va se transformer en conte de fée ? Ou bien est-ce une réflexion sur la liberté à travers le combat de Marius ?

 

Les Misérables, c'est tout cela à la fois et c'est sans aucun doute le roman le plus foisonnant, le plus touffu, le plus beau aussi jamais écrit. Dans ce maelström où les destins se croisent, où la narration change de héros en court de route, où le moindre personnage a droit à sa quasi-biographie (Monseigneur Myriel a droit à près d'une cinquantaine de pages racontant son histoire par exemple), le récit prend son temps et met en scène tout un panel de sentiments humains : le courage, l'obstination, l'aveuglement, la lâcheté, la bassesse, l'amour, la haine...

 

Il était logique que les pages de Victor Hugo rencontrent un jour la musique. Après tout, un tel drame ne pouvait que déboucher sur un opéra. Et c'est dans les années 80, en France, que Robert mit en scène le double album écrit par Claude-Michel Schonberg et Jean-Marc Natel (le parolier). Le succès fut immédiat et le producteur Cameron Mackinosh, en l'adaptant en anglais en 1985 en fit un succès mondial. Mine de rien l'album de 1980 était porté par des artistes comme Michel Sardou ou Rose Laurens (qui reprit sur scène son rôle de Fantine).

 

Mais c'est bel et bien la version anglaise, appelée familièrement Les Miz et qui a été vue par plus de 65 milions de gens dans le monde que nous offre Tom Hooper. Et disons le tout de suite, après cette très longue introduction, c'est une très belle offrande.

 

Le film démarre sur une scène colossale qui introduit Valjean et Javert. Valjean et les autres forçats tirent un énorme bateau pour le ramener au port tandis que Javert observe les prisonniers. Le décor est planté : les deux personnages s'observent, se jaugent et sont ennemis. Le film aussi est planté : les moyens sont énormes et il en ira ainsi jusqu'à la fin des 2H30 de métrage. Quand au casting, le moindre rôle est interprété par une star :  Hugh Jackman, Russel Crowe, Anne Hataway, Helena Boham Carter, Amanda Seyfreid (déjà présente dans un autre musical, Mamma Mia) ou Sacha Baron Cohen... On a vu pire.

 

Et chaque star chante. Avec son coeur, avec ses moyens. Anne Hataway est fabuleuse, boulversante. Tout son être crie la condition misérables des ouvrières et des filles mères de l'époque. Son interprétation est non seulement magnifique, elle tutoie le sublime. Et si le reste du casting vocal n'est pas en reste, elle le dépasse de la tête et des épaules. Sa dernière scène, quand elle accueille Jean Valjean dans un monde meilleur, est sans aucun doute l'une des plus belles jamais filmées ces dernières années. Elle équivaut aux retrouvailles de Jack et Rose à la toute fin de Titanic.

 

Ceux qui connaissent le musical savent combien les chansons sont belles. Ici, elles sont sublimées par la mise en scène qui ose le grandiose et accentue tous les aspects du spectacle. Ainsi, les Thénardiers sont à la fois grotesques et inquiétants. Helena Boham Carter et Sacha Baron Cohen surjouent leur rôle mais restent dans l'esprit du roman et du musical. Et tout le film est à l'avenant : les passages tragiques sont d'une grande sobriété, les passages héroïques, comme les scènes de barricades, sont traités comme dans un peplum et les scènes d'amour sont empreinte d'une sensibilité rare.

 

La caméra virevolte donc ou se fait sage, les décors sont successivement grandioses ou minimalistes, les chansons sont formées de chorus énormes ou sont chuchotées. Mais jamais la mise en scène n'est gratuite et reste totalement au service de l'histoire.

 

En prenant un risque énorme , même si le budget n'était que de 61 millions, Tom Hooper a offert au monde la version ultime du musical, un film magnifique que l'on rangera au côté de la version de Robert Hossein, celle de 82 avec Lino Ventura, pour moi la plus belle version de cette histoire. Il est bien dommage que la France ait boudé le film (à peine 1,5 millions de dollars de recette. Il y a eu 4 fois plus d'entrées en Allemagne ou en Italie) parce qu'il était sous-titré ! Quand on oublie, pire qu'on méprise à point son patrimoine, c'est qu'il y a un énorme soucis.

 

Mais la vidéo peut rattraper cette injustice. Le Blu-Ray est magnifique ! Dommage qu'Universal ne réserve sa copie numérique qu'aux possesseurs de PC et que ceux qui n'ont que des Macintosh à la maison, comme moi, ne pourront pas profiter de ce chef d'oeuvre sur leur tablette !!

 

 

Les Misérables (*****)
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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 12:49

legend.jpgLe pitch : parce qu'elle a osé touché une licorne, la princesse Lili plonge son monde enchanté dans les ténèbres...

 

Après avoir exploré le passé lointain (Duellistes) et notre futur (Alien, Blade Runner) Ridley Scott se tournait donc vers un monde totalement fantasmé et s’inspirant des diverses légendes européennes.

 

D’une beauté plastique hallucinante, tourné dans des décors dantesques et cadré à la manière des plus grands peintres de la Renaissance, Legend est bien plus qu’un superbe livre d’image. Et même s’il n’était que cela, il en remonterait à des dizaines de films de fantasy. Mais au-delà d’un scénario ultra-linéaire et simple, voire simpliste, c’est surtout la vision que Scott a du conte de fée qui écrase le spectateur sur son siège. De l’apparition des licornes à la traversée du miroir par Darkness, de la transformation de Lili en princesse idéale en une femme semblant dévorée par le mal par le simple biais d’un changement de coiffure et de robe, ou de la découverte des armes par Jack (Tom Cruise dans son rôle le plus sous-estimé), Legend est en fait une relecture totale des contes. Ici, c’est bel et bien la tentation du mal et une vision très crue qui est mise en scène. Ainsi, Lili va bouleverser l’équilibre du monde en touchant la licorne, malgré les mises en garde de Jack. Or, la licorne, avec sa corne sur le front, symbolise la masculinité. Il suffit de se remémorer les splendides tapisseries visibles au musée de Cluny pour voir que cet animal représente bien plus, aux yeux des gens du Moyen Age, qu’une simple créature imaginaire. C’est d’ailleurs le mâle que Lili va caresser. À partir de là, le monde plonge dans les ténèbres, le froid, la destruction, le meurtre.

 

Avec Legend, Ridley Scott achevait la première partie de sa carrière, celle où il se tournait entièrement vers le visuel. Ici, il n’hésite pas à se citer. Ainsi, certains aspects de la cité de Darkness rappellent furieusement le Nostromo, les maquillages luisants des trolls évoquent sans ambiguïté la créature d’Alien. La vision idyllique du monde de Jack et Lili plonge lui directement dans les plus belles scènes de duellistes, avec notamment ces milliers de particules végétales s’envolant au gré du vent. Il est clair que l’histoire importe peu à Scott. Ce qu’il veut, c’est peindre avec sa caméra, sculpter avec sa lumière et donner un sens au mot « beauté ».

 

Car Legend est un superbe film. Il est bien plus pensé qu’on ne l’a dit. Sa progression dramatique, même entachée par des effets visuels qui ont quelque peu vieillis, ne s’embarrasse pas de fioritures. Les personnages vont d’un point A à un point B et s’ils sont écrasés par la mise en scène ne se mettent pas moins au service de l’histoire. On a gaussé sur le sourire éclatant de Tom Cruise, mais c’est justement cette candeur qui en fait le charme, une sorte de Peter Pan qui aurait grandi et qui s’apprête à affronter les ténèbres.

 

Mais la plus grande réussite est bien entendu Darkness, magnifié par Tim Curry et dont le maquillage d’anthologie représente sans aucun doute un sommet de cette technologie ! Scott le révèle par petite touche avant de le mettre enfin en pleine lumière, dans le dernier tiers du film. Tenant à la fois du Lucifer de Faust et du diable médiéval présent dans les Danses Macabres, Darkness est le tentateur, le menteur, le séducteur, le meurtrier. Ridley Scott le film comme on filme une icône sportive, un mannequin ou une diva ! On a tellement reproché au réalisateur anglais sa propension à clipper ses films qu’on ne s’étonne pas, presque 30 ans après, de voir une telle approche.

 

Legend est un film sous-estimé, maudit même. Son échec US (à peine 15 millions de dollars de recettes), ses multiples montages, ses deux bandes originales en font une œuvre totalement à part dans la filmographie monstrueuse de Scott ! Mais il est clair qu’il a influencé toute l’héroïc fantasy. Et même s’il ne l’a jamais avoué, Peter Jackson a clairement puisé dans l’univers de Legend pour construire celui du seigneur des anneaux. Il suffit de comparer le maquillage du troll de Scott avec les gobelins de Jackson pour s’en convaincre.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:27

edwood.jpgLe pitch : une évocation des début dans le cinéma d’Edgard Wood Jr, sacré « Plus mauvais cinéaste de l’histoire », mais pourtant habité par un feu sacré que seuls les vrais créateurs connaissent !

 

Ed Wood est l’un des sommets de la carrière de Tim Burton et c’est à mes yeux son plus beau film, un hommage extraordinaire à un lointain ancêtre interprété de manière magistrale par un Johnny Depp au sommet de son art ! Sublimé par un noir et blanc extraordinaire, le film décrit un Hollywood de l’âge d’or, mais via le regard de ses marginaux : un acteur sur le déclin, un extralucide excentrique, une présentatrice black listée, des apprentis comédiens dont le talent est inversement proportionnel à leur dévouement à Wood, un catcheur pas très futé… Tout ce petit monde gravite autour d’un homme persuadé d’être que ses films sont de grands films et qui ne voit pas leurs nombreux défauts.

 

La force de Ed Wood est de dépasser le simple biopic et de décrire une amitié entre un très vieil homme et un jeune réalisateur. Alors que tout pourrait les opposer, leur amour du cinéma les réunit. Et même si le film ne fait pas l’impasse sur l’aspect « financier » de cette collaboration, rapidement il est clair que Bela Lugosi et Ed Wood vont devenir de véritables amis et que les derniers films que l’acteur hongrois tournera, toute série Z qu’ils soient, seront ses dernières joies sur Terre. La scène de l’enterrement le montre bien : à la fin, il n’y aura plus que la bande à Ed pour l’accompagner.

 

En tournant en noir&blanc, Tim Burton veut rendre hommage aux films du vrai Ed Wood vu que c’est dans ce médium qu’il les tourna. De même, les nombreuses scènes télévisuelles, en noir&blanc dans les années 50, auraient été détonantes si le film avait été tourné en couleur. Enfin, Bela Lugosi n’a jamais été filmé en couleur. Cela permet aussi de prendre la mesure du décalage temporel avec une époque proche, mais très éloignée de nos sociétés actuelles. Après tout, Steven Spielberg avait fait le même constat pour La liste de Schindler, ces souvenirs des années 40 étant en noir&blanc. Et comme le travail sur les contrastes est magnifique, le film s’en trouve sublimé.

 

Mais pour réussir un film, au-delà de la technique, il faut des acteurs. Et des bons ! Johnny Depp retrouve ici son réalisateur d’Edward aux mains d’argents et il est merveilleux dans ce rôle décalé, forcément un peu paumé et convaincu de son talent. Burton lui offre d’ailleurs une merveilleuse scène, inventée, où, furieux que le tournage de Plan 9 from Outer Space ne se déroule pas ses vœux, il se rend dans un bar et y rencontre son idole de toujours Orson Wells ! Le cinéaste n’occulte pas ses rapports complexes avec les femmes, son goût pour le travestissement ou les innombrables défauts de ses films, mais jamais il ne se moque de son personnage. Ce qui aurait pu tourner à la grosse farce avec un réalisateur moins sensible aux marginaux que Burton devient ici une vraie leçon d’amitié à travers les années, Burton se permettant même d’enjoliver le récit en offrant à Wood une première triomphale pour Plan 9 et en « améliorant » les effets visuels des films originaux.

 

Mais si grande soit la performance de Depp et des autres acteurs, Lisa Marie en tête dans un rôle plutôt ingrat finalement, c’est bien entendu Martin Landau qui éblouit le film. Maquillage aidant, il est véritablement Bela Lugosi, un être qui sait qu’il fut un grand acteur et qui ne comprend pas l’injustice dont il fut victime à l’arrivée du parlant. Vouant une haine féroce à Boris Karloff, Lugosi va donc revivre à partir de sa rencontre avec Ed Wood. Et l’osmose entre les deux acteurs est fantastique à voir, sans doute aussi fantastique que ce que vécurent les vrais personnages.Mention aussi à Patricia Arquette, à la fois fragile et compréhensive...

 

Tim Burton signe ici un film très personnel, touchant, drôle et pose la question du talent et de la passion. Est-ce que les deux sont vraiment indissociables ? Un cinéaste plein de talent est-il meilleur qu’un passionné ? Et si Ed Wood avait rencontré d’autres personnes, ne serait-il pas devenu un autre réalisateur. Nul autre que Burton sait que la chance est aussi une partie intégrante de ce métier. C’est le comique Pee-Wee qui lui a mis le pied à l’étrier. C’est le choix de la Warner pour qu’il fasse le premier Batman qui l’a rendu célèbre.

 

Après tout, Ed Wood ne raconte qu’une histoire simple, celle d’un homme qui voulait juste faire du cinéma. En signant cette « petite » histoire, Tim Burton nous offre un vrai chef d’œuvre.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 19:55

Mars.jpgLe pitch : Les Martiens débarquent sur Terre! Petits, méchants, verdâtres et drôles, les Martiens veulent juste nous prendre notre planète !

 

En 1996 sort le dernier film du premier cycle de Tim Burton, un cycle entamé dix ans plus tôt avec Pee-Wee et qui connut son point culminant commercialement avec les deux Batman, mais dont Mars Attacks est sans doute le projet le plus personnel, peut-être plus que Bettlejuice ou Edward aux mains d’argent, en tout cas le plus engagé !

 

Suite à l’échec au box-office, laminé par Independence day, Tim Burton petit à petit va mettre de l’eau dans son vin. Il se rattrapera avec le très gothique Sleepy Hollow, puis entrera à nouveau dans la cour des Blockbusters avec La planète des singes, version 2001.

 

Mais revenons à Mars Attacks. L’idée de base du film est une série de carte à jouer où les ignobles martiens sont représentés dans des situations cocasses, horrifiques et décalés. Hollywood étant capable de faire des films à partir d’une ligne de jouets, pondre une histoire à partir de cartes n’est pas un soucis. Mais pour mettre en scène un univers aussi délirant, il faut un réalisateur qui n’a pas froid aux yeux et qui n’hésite pas à user de son image « différente » pour arriver à ses fins.

 

Burton commence par engager un casting de stars : Jack Nicholson, Danny de Vito, Glen Close, Annette Benning, Pierce Brosnan, Sarah Jessica Parker, Michael J.Fox, Jack Black et une star en devenir Natalie Portman. Il ressort aussi des placards Jim Brown et Pam Grier, deux idoles de la Blaxploitation des années 70. Certains des acteurs cités ont déjà travaillé avec le réalisateur. Rien à voir avec le casting de seconds couteaux d’ID4, où tout l’argent passera dans les effets visuels.

 

Nanti d’un script totalement délirant et très politiquement incorrect, Burton se penche sur les Martiens. Si leur apparence est dictée par les cartes à jouer, il envisage au départ de les filmer en animation image par image. Mais Jurassic Park est passé par là et le studio fait une « amicale » pression pour que la 3D soit utilisée.Décision qui va peut-être jouer contre le film car ces images hyper travaillées (les gros plans sur les Martiens sont bluffant) s’accordent mal avec le parti pris du réalisateur : des maquettes qui ne cachent pas leur origine (et qui ne dépareilleraient pas dans un Ed Wood), des images tirées d’autres films (on y verra même Godzilla !!) et des décors très carton-pâte ! Tim Burton voulait faire un film artisanal avec ses amis, mais l’intrusion de la 3D gêne un peu et le décalage entre les deux techniques n’est pas toujours assumé.

 

Au-delà de ce défaut, somme toute mineur, même si sur un plan visuel, ce genre de détail n’est pas à négliger, Mars Attacks vaut surtout pour son délirant jeu de massacre !! Le réalisateur n’hésite pas à ridiculiser toutes les institutions à commencer par la Maison-Blanche. Le couple présidentiel est un couple de beaufs, tout juste sauvé par la candeur et la gentillesse de leur fille, les militaires sont soit des abrutis bellicistes soit des planqués à côté de la plaque, les gens de médias sont arrivistes, superficiels, incultes et imbus d’eux-mêmes. Quant aux scientifiques, on a le choix entre l’imbécile heureux persuadé qu’une civilisation avancée ne peut être que pacifique (incroyable Pierce Brosnan !!) ou le savant allemand à côté de la plaque et dont les inventions prêtent vraiment à rire ! Avec une telle brochette d’incapable, les Martiens n’ont aucun mal à dévaster notre planète, avec un cynisme confondant ! Ainsi, alors que ses collègues désintègrent à qui mieux mieux, un Martien se trimballe avec un haut-parleur disant « Nous sommes vos amis ».

 

En s’acharnant ainsi sur les travers de son pays, Burton donne évidemment d’énormes bâtons pour se faire battre. Le côté caricatural totalement assumé par le script, mais aussi les acteurs en rajoutent encore. Et si tous les gags ne font pas mouche, la volonté de faire rire le public est là et bien là !! Burton a voulu faire un film de sale gosse et ne rien respecter. Sur le moment, cela a dû sembler une bonne idée à la Warner.

 

Comme souvent chez le réalisateur, ce sont donc les petits, les sans-grade qui sortiront grandis de cette histoire. Un vendeur de beignet écrasé par le machisme de son frère, une grand-mère méprisée par ses enfants, un boxeur en fin de course ou deux jeunes gamins noirs qui vont jusqu’à s’improviser gardes du corps du président, ce sont bel et bien ceux que l’Amérique triomphante méprise qui vont sauver le pays ! Et Burton enfonce le clou en faisant jouer la musique patriotique de mise par un orchestre mexicain !! Rien n’est respecté, mais c’est pour le rire.

 

Pour le rire ? Peut-être pas après tout ! On sait que Burton aime les loosers magnifiques, qu’il ne supporte pas les héros sans faille. Avoir fait un film sur celui que l’on a considéré comme le pire réalisateur de tous les temps montre qu’il a une vision bien particulière de la réussite, qualité ô combien glorifiée dans l’Amérique de Clinton. Son film reflète sans aucun doute ses idées ! Mars Attacks est un film très politique, un véritable pamphlet camouflé dans une comédie SF. Et c’est sans doute là, la plus grande injustice. Car si le film avait été un drame urbain décrivant une Amérique à la dérive, la réaction du public aurait sans doute été meilleure. En marchant sur les traces d’un John Carpenter qui, coïncidence, connaîtra un échec cinglant la même année avec Escape from LA(et qui n’était pas tendre non plus pour l’Amérique), Burton a peut-être présumé de ses forces. Malgré le casting, malgré le sujet, malgré la SF, le public ne suivra pas.

 

On sait que le film fut mis en concurrence avec ID4dès sa mise en chantier. Et c’est sans doute ce qui a perdu Mars Attacks. Au traitement « sérieux » de l’Allemand s’opposait un traitement potache d’un sale gosse d’Hollywood. Or, l’Amérique des années 90, même si elle est dirigée par un démocrate, Bill Clinton, reste un pays où l’on ne badine pas avec les valeurs patriotiques, valeurs que Burton prend un malin plaisir à dézinguer ! Le constat sera sans appel : à peine 37 millions de dollars de recette, quasiment 10 fois moins que ID4. Et le reste du monde, contrairement à une légende tenace, ne suivra pas vraiment plus. Si l’on excepte 2 millions d’entrées en France, Mars Attacks ne rapportera que 63 millions supplémentaires. De quoi rembourser certes le budget, mais on est loin du triomphe qu’espérait la Warner. Décidément, en cette année 96, mieux valait casser de l’Alien de manière militaire que d’y résister avec de la musique…

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 17:30

dis.jpgLe pitch : un installateur du câble va s’introduire dans la vie d’un jeune homme bien sous tout rapport.

 

En 1996, Jim Carrey est le nouveau roi de la comédie américaine. Les deux Ace Ventura et The Mask en ont fait une star, et il va toucher 10 millions de dollars pour incarner l’homme-mystère dans Batman Forever. Son style cartoon et son débit de parole ultra-rapide séduisent le public, et son humour, parfois outrancier, font hurler de rire les foules. L’acteur, jamais avare de défi, est à la recherche d’un rôle qui permettrait de sortir un peu du comique pur et dur et de montrer sa face noire. Car Carrey est un homme tourmenté comme le montre les interviews de l’époque. Disjoncté sera le véhicule qu’il voulait. Et même si le film ne sera pas le triomphe espéré, il reste sans doute l’un de ses meilleurs films à ce jour.

 

Armé d’un script en béton, Carrey va aller chercher Ben Stiller, jeune réalisateur qui n’est pas encore connu comme acteur, et Matthew Brodderick, la star de Wargames, Ferris Bueller, Family Business ou Glory mais qu’on a un peu perdu de vue. Son jeu totalement à l’opposé de Carrey fera merveille. Tout est prêt pour le trio qui, doté d’un budget confortable de 47 millions de dollars (dont 20 iront dans la poche de Carrey) va se lancer dans un film destiné à être un des hits de 1996 !

 

Disons le tout de suite, si je considère Disjoncté comme l’un des meilleurs films de Carrey, c’est parce qu’il a su à merveille concilier tous les aspects du comédien : tel un Louis de Funès moderne, il grimace à merveille, se grime et ne recule devant aucun gag, y compris les plus salaces (la scène du jeu du mot de passe porno !!) . Mais en même temps, il développe des aspects bien inquiétants, plus proche d’un Norman Bates que du Stanely Ipkiss qu’adorent les enfants ! Il manipule, ment, fait chanter ses clients et peut passer de l’expression la plus charmante à celle d’un tueur prêt à fondre sur sa proie ! A côté, Matthew Brodderick est formidable en monsieur tout le monde totalement dépassé et qui n’ose dire non, dans un premier temps, à cet envahisseur gonflé.

 

Carrey et Stiller viennent de la télévision. Ils l’aiment et la détestent. Du coup, le film est construit comme une suite de petits sketches qui pris individuellement pourraient faire des courts-métrages hilarants. Mais en les liant entre eux par cette étrange amitié, le scénario les conduit à une conclusion implacable. La mise en scène respecte d’ailleurs les codes de la télé, tout en s’autorisant plusieurs mouvements de grande ampleur.

 

Disjoncté aligne les scènes cultes, comme celle du Karaoké, celle du basket ou, ma préférée, celle où les deux héros vont manger dans un restaurant moyenâgeux ! Le combat qui s’ensuit est le sommet du film, celui où Carrey devient littéralement un autre et où Stiller s’en donne à cœur joie. En voyant ce type de scène, on peut comprendre pourquoi la comédie américaine est tellement supérieure à la française, n’hésitant pas à mélanger les genres, à aller très loin.

 

Mais au delà d’une comédie, c’est surtout la formidable construction du film qui interpelle. Le revoir plusieurs fois permet de constater que, par exemple, les membres de la soirée karaoké sont tous présents à un autre moment du film, dans la prison, dans le restaurant où Carrey « corrige » un soupirant de la fiancée de Steven ou parmi les policiers qui viennent arrêter Steven pour recel. Sans compter cet extraordinaire fil rouge que constitue le procès d’un frère ayant assassiné son jumeau et qui sera le point d’orgue final, quand Carrey détruira la grande antenne parabolique !

 

Disjoncté fut mal accueilli en son temps, même s’il récolta un peu plus de 100 millions dans le monde entier. Je me rappelle l’avoir vu dans une salle quasi vide la semaine de sa sortie et avoir cherché le Laserdisc pendant des semaines. On ne le trouva pas assez drôle ou pas assez effrayant. Il n’était que trop en avance sur son temps. Carrey le compris et redressa rapidement la barre avec Menteur, Menteur puis The Truman Show ! Mais que ce « faux-pas » soit désormais regardé comme un film majeur n’en est que la plus belle revanche.

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 13:01

ordre.jpgLe pitch : alors que la France s'apprête à ré-élire François Mitterrand, la Nouvelle Calédonie est le théâtre d'une prise d'otage dont l'issue tragique aurait largement pu être évitée.

 

Telle est donc la théorie de Mathieu Kassovitz, enfant terrible du cinéma français (et dont je n'approuve pas les prises de positions politiques - son "Virez les fils de pute de l'UMP" n'en fait pas un démocrate) dans ce film boudé par le public mais largement supérieur à toute la production tricolore de 2011 (et au delà !).

 

En prenant comme sujet un fait divers oublié aujourd'hui mais qui reste quand même dans la mémoire de ceux qui l'ont vécu (et j'en fait partie , même si je n'avais que 19 ans à l'époque), Kassovitz a pris un risque considérable. Celui de faire ressurgir des blessures mal cicatrisées. Mais aussi celui de faire un film polémique en pleine pré-campagne électorale. Le camouflet infligé par le public et la critique, ainsi que les professionnels (rien aux Césars, si ce n'est une nomination tecnhnique) montre le fossé qui s'est brusquement creusé entre l'acteur-réalisateur et son pays. Il est vrai que sa volonté de réussir aussi aux USA (Gothika, Babylon AD) a brouillé son image. Celui qui passait pour un réalisateur social avec Métisse et la Haine avait déjà frappé un grand coup avec le prodigieux Assassin(s), sans doute son meilleur film. Il avait enfoncé le clou avec Les rivières pourpres qui, malgré ces défauts, montraient qu'en France aussi, on pouvait faire des thrillers sombres et bien burnés. Du coup, l'establishment ne savait plus où le situer : cinéaste engagé ? cinéaste pop corn ? cinéaste touche à tout...

 

Après l'échec de Babylon A.D. (qui est tout de même rentré dans ses frais avec 72 millions de recettes contre 70 de budget), Kassovitz a voulu revenir à ce projet qu'il portait depuis 10 ans ! Il a donc dû batailler pour imposer le film et se démarquer d'une production française qui fait plus dans le projet consensuel que dans le coup de poing "in your face" ! Il est d'ailleurs amusant de voir que seul un magazine brut de décoffrage comme Impact est fait un véritable article sur L'ordre et la morale !

 

Car au delà de la théorie développée (qui repose sur le livre du captaine Legorjus), Kassovitz a déjà réalisé un film à l'action totalement maîtrisée, dans la lignée des grands films d'Yves Boisset des 70's ou des films politiques à la I comme Icare (dont j'espère toujours une réédition Blu-Ray !). Sa maîtrise technique est toujours sans défaut, une qualité de plus en plus rare en France. L'ordre et la morale n'est pas un téléfilm mais bel et bien un objet cinématographique !! Le réalisateur se paye même le luxe de citer Apocalypse Now dans deux plans o ù le capitaine du GIGN est dans sa chambre et qui renvoie directement au tout début du chef d'oeuvre de Coppola.

 

Mais ce qui rend le film passionnant, en dehors des deux morceaux de bravoures qui ouvrent et ferment le film, ainsi que le flashback sur l'enlèvement des gendarmes, c'est bien entendu la précision infernale de la tragédie à venir, la façon dont Legorjus se trouve piégé par raison d'état, mais piégé aussi entre sa volonté de faire son travail (libérer les otages par la négociations) et l'admiration croissante qu'il porte à Alphonse, leader des Kanaks qui ont perpétué l'enlèvement et dépassé par la situation. Ce dernier est coincé entre son code d'honneur, sa volonté indépendantiste et son désir que ces hommes, tous pères de familles, ne subissent pas le coût de ses erreurs.

 

Contrairement à ce que j'ai pu lire, il n'y a pas de manichéisme dans ce film. Les militaires entendent faire leur travail et ne se considèrent que comme des rouages d'une institution. Comme le disait Chevènement "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne", cette maxime s'avère parfaite pour les protagonistes de l'affaire. Et même Legorjus, quand il se rend compte qu'il ne pourra pas éviter l'assaut, qu'il est même lâché par Prouteau, créateur du GIGN et homme de l'ombre de l'Elysée (il sera partie prenante dans la "protection" de famille adultérine de Mitterrand), doit lui aussi se résoudre à obéir. La démission, ce sera pour plus tard.

 

On se doute bien que les sympathies de Kassovitz va aux indépendantistes, dépeints ici comme des hommes normaux, mais dépassés par les évènements. Cependant le réalisateur n'en égratine pas moins les leaders du FLNKS qui ne se mouillèrent pas vraiment à l'époque pour sauver leurs "frères d'armes" . Djibaou en paiera d'ailleurs le prix un an plus tard. S'il est critique envers les politiciens de l'époque, il évite également la caricature. Même Pons apparaît moins froid que l'image qu'on a de lui. Ce dernier n'a d'ailleurs pas été tendre avec le film. il est vrai qu'il a vécu les évènements de l'intérieur et que son sentiment est fort différent de celui de Legorjus. C'est d'ailleurs cette volonté de ne pas prendre partie de manière manichéenne qui rend le film passionnant. Kassovitz déroule un film chronologique, met en scène tous les protagonistes de la scène et inscrit la tragédie dans un cadre plus vaste, celui d'une cohabitation où la haine était à fleur de peau. 

 

On peut bien entendu critiquer la position du film qui ne se base, finalement, que sur un seul point de vue. En histoire, on prend toujours plusieurs témoignages. Mais Kassovtiz ayant réalisé un film politique, il ne s'agissait pas de faire de l'eau tiède. Il a des idées, qui ne sont pas les miennes, et il les expose sur grand écran.

 

C'est sans doute cela qui a dérangé. Qu'on ose faire un film politique, un vrai. Pas un pseudo pamphlet comme La conquête ou un truc vaguement hagiographique comme Le promeneur du Champ de mars, honteux révisionisme visant à réhabiliter Mitterrand ! L'ordre et la morale contient tout dans son titre et fait comprendre que, selon le réalisateur, il n'est pas sûr que les deux termes soient vraiment synonymes.

 

Le film s'est planté en salle et je gage qu'il ne sera pas un succès en vidéo non plus. Dommage ! Car le public va passer à côté d'un long métrage extraordinaire de maîtrise et dont la portée politique ouvre la porte à de fabuleuses polémiques ! 

 

A l'heure où la France va (peut-être) changer de président, il n'est pas inutile de se dire que parfois le destin d'une nation se joue loin de ses bases !

 

 

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 11:34

Pahtfinfer.jpgLe pitch  : 500 ans avant l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique du Nord, une horde de Vikings aborde le nouveau monde et ravage tout sur son passage avant de se faire massacrer par les indiens. Seul un petit garçon survit au carnage. 15 ans plus tard, alors qu'une nouvelle tribu normande fait son apparition, il choisit de défendre le peuple qui l'a adopté contre celui qui l'a vu naître.

Auteur d'un excellent remake de Massacre à la tronçonneuse (que je trouve supérieur à l'original), Marcus Nispel trouve ici un sujet à la mesure de son talent, un pan sauvage et oublié d'une histoire qui aurait pu se réaliser, car, après tout, il est désormais établi que les Vikings ont bel et bien établi des colonies en Terre Neuve et au Groenland, alors pourquoi ne pas imaginer des échanges vifs avec des indiens ?

 

Dès les premières images (un long travelling dans un drakkar jonché de cadavre), on sait que l'on va assister à du rarement vu et que Nispel a fait le film pour tous les grands gamins qui fantasment sur ce genre de crossover !! En clair, et pour faire simple, Pathfinder est non seulement un superbe film épique mais aussi un long métrage jouissif de par sa brutalité. On n'est pas ici dans du cinéma aseptisé, mais bel et bien dans de la péloche pour amateurs de bandes dessinés déjantées !!

Pathfinder fonctionne comme un survival des années 70 (pour le côté jungle), emprunte à Rambo (le guerrier seul contre tous) et, chose plus surprenante, n'hésite pas à citer Die Hard pour sa progression dramatique et ce côté "grain de sable" propre aux aventures de John McClane. Et bien sûr, il prend comme modèle Le 13e guerrier, le chef d'oeuvre guerrier de McTierman en en inversant la problématique : ici, les brutes sont bel et bien les Vikings et Nispel les montre comme des barbares sans foi ni loi, au grand dam des historiens qui tentent de les réhabiliter depuis quelques années !

Les acteurs ont surtout été choisis pour leurs qualités physiques et leur plastique et tous les cadres ne sont pensés que pour être le plus efficace possible. Ce qui convient tout à fait à l'ambiance du film. Nispel clame haut et fort son amour du B de luxe, et renvoie à leurs études tous les opportunistes qui édulcore régulièrement le genre. Pas de chichis, pas de chemin de traverse, un script simple, limpide, linéaire, prévisible mais mis en image avec un tel brio que les incohérences passent comme une lettre à la poste.

Si le film doit aligner au grand maximum 50 lignes de dialogues, c'est surtout sa mise en scène qui en fait un film vraiment jouissif. Totalement décomplexé , Nispel aligne d'une part une violence barbare digne du premier Conan ou de La chair et le sang (le Moyen Age vu par Veroheven !!) avec moults décapitations et d'autre part ne se refuse aucun artifice de mise en scène. En fait de film, on a plutôt l'impression de regarder un long clip brutal !!

Mais, preuve que la série B s'est considérablement tirée vers le haut, Pathfinder bénéficie de décors soignés, d'effets visuels plus que réussis, de costumes  et d'accessoires dignes du Seigneur des anneaux et tout cela pour un budget moindre (45 millions de dollars). Ici, on est vraiment dans un cadre luxueux, impeccablement filmé (la lumière poisseuse des sous bois y est pour beaucoup) et où rien ne respire l'amateurisme. on sent que Marcus Nispel a vraiment voulu ce film, qu'il l'a pensé comme un trip totalement incontrôlable et qu'il ne s'est pas donné de limites. De bonne augure pour le Conan qu'il prépare actuellement et qui pourrait bien redonner à l'héroïc fantasy ses lettres de noblesse.

Au final, Pathfinder gagne vraiment à être connu. Certes, il ne pourra intéresser qu'un public limité, mais franchement, si vous voulez vous évader 1H30 tout en regardant des Vikings et des Indiens se mettre sur la tronche, n'hésitez pas !!

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 13:38

zodiac.jpgLe pitch : la recherche, sur plus de 20 ans, d’un criminel, jamais formellement identifié, se faisant appeler Zodiac et sévissant dans la région de San Francisco par un duo de journaliste et un inspecteur de police.

 

4 ans après le très bon score de Panic Room , un thriller sophistiqué avec Jodie Foster, David Finsher décida de se tourner vers un registre totalement différent. Certes le thème du Serial Killer y est présent, mais à la différence de Seven, Zodiac parle d’un individu bien moins compliqué et bien plus réel, qui ne fut jamais démasqué. À l’instar de son homologue italien, le monstre de Florence, le tueur californien nargua la police pendant des années, envoyant des lettres au San Francisco Chronicle afin de se vanter de ses exploits. Revendiquant plus de 30 meurtres, Zodiac terrorisa la région de la Bay Aera durant des années avant de s’évanouir mystérieusement.

 

Finsher s’est logiquement inspiré du livre de Robert Gray Smith, un ouvrage passionnant même si pas vraiment bien écrit,, et dont le personnage devient petit à petit le vrai héros du film. Mais si le métrage suit chronologiquement les méfaits du tueur à travers une reconstitution quasi maniaque de l’époque, de ses codes vestimentaires, musicaux, de son architecture et de toutes ses caractéristiques, Finsher perd parfois le spectateur , la faute à un scénario qui oublie de temps en temps que le spectateur non américain ne connaît pas toute l’affaire voire la découvre via le film.

 

Cette réserve faite, Zodiac est une plongée impressionnante dans les 70’s : le cinéaste ne néglige rien, y compris le fait que le tueur inspira les scénaristes du premier Dirty Harry (le nom fut remplacé par Scorpio, mais ses méthodes restaient les mêmes, y compris dans l’envoi des lettres) et fait preuve d’une rare pédagogie. On sent que le sujet le passionne et, même si le nombre très important de protagonistes noie là aussi le spectateur, il n’est pas question pour lui de romancer mais de coller à la réalité.

 

Ainsi, comme dans le roman, le film désigne très clairement Arthur Leigh comme coupable, même si des analyses ADN effectuées en 2004 ne confirmèrent pas les soupçons des enquêteurs. Le scénario montre dans une première partie comment les policiers vont être amené à le considérer comme le tueur, puis, ayant été mis en échec, le film bifurque sur Gray Smith, personnage effacé jusque-là qui arrivera aux mêmes conclusions sans savoir que la police l’avait déjà précédée.

 

Film miroir qui prend le point de vue de chacun des protagonistes (flic, journaliste, victime, tueur…) , Zodiac laisse quantité d’interrogations, n’exploite pas certaines pistes (tout comme la police de Frisco) et se refuse à donner une explication claire et précise. Aidé par un excellent casting, Finsher livre ici un quasi-reportage fictionnel d’une irréprochable tenue technique. Il évite également le voyeurisme et le sensationnalisme : les personnages sont de chair et de sang, pas des surhommes ni des génies du mal. Les meurtres sont filmés de manière froide voire clinique, sans musique (si ce n’est l’autoradio des premières victimes). Ainsi, quand les deux jeunes sont poignardés au bord du lac, on entend juste les coups mats et les hurlements des victimes. Rien à voir avec un meurtre de slasher où musique grandiloquente et effets de caméra amplifient encore l’horreur de la situation.

 

Zodiac est donc le long-métrage de David Finsher à redécouvrir, ne serait-ce que pour se faire une idée du talent du bonhomme et de voir qu’il s’est servi de ce tournage pour anticiper la reconstitution fastueuse de Benjamin Button. On complètera la vision du film par la lecture du très bon livre de Robert Graysmith, ce qui comblera les quelques trous de la narration.

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 05:49

australia.jpgLe pitch : Sarah Ashley, une belle anglaise vient prendre possession de son domaine australien. Elle va tomber sous le charme du pays et de ses habitants. Mais la seconde guerre mondiale s’approche, ainsi que des concurrents sans scrupule prêts à tout pour lui prendre son domaine.

 

Baz Luhrmann voulait rendre depuis longtemps hommage à son pays. Il s’est donc lancé dans une fresque ambitieuse à la Autant en Emporte le vent, tout en rappelant quelques vérités sur l’histoire de l’Australie.

 

Le résultat est à la fois une splendeur visuelle, dopée par des partis pris de mise en scène très ambitieux (notamment des zooms animés lors des déplacements des personnages) et une histoire particulièrement riche que certains ont décrit comme naïve, mais qui s’inscrit tout simplement dans la grande tradition des épopées hollywoodiennes.

 

Tout dans Australia respire les grands espaces et le bush : les personnages sont tous plus grands que nature, les vues d’hélicoptère magnifient des images déjà sublimes et la mise en scène ô combien inspirée de Burhman est une véritable claque pour tout apprenti réalisateur. Non seulement, il maîtrise son sujet de A à Z, se permettant de mêler la grande et la petite histoire comme dans un péplum qui aurait lieu dans les années 30, mais en plus il rend hommage à son pays, dépensant sans compter, poussant la technologie dans ses dernières limites (les effets visuels invisibles sont absolument partout).

 

Mais au-delà de l’hymne à son pays, Australia est surtout la rencontre de deux immenses acteurs. La sublime Nicole Kidman, qui retrouve ici sa terre natale, a rarement été aussi jolie, à part peut être dans Moulin-Rouge et Hugh Jackman obtient le rôle le plus abouti de sa carrière, dépassant même celui qui m’avait tellement impressionné dans Le prestige. Il fait oublier Wolverine en quelques minutes et on le voit plus que le drover.

 

L’alchimie fonctionnant parfaitement entre les deux personnages , l’histoire file à une vitesse folle, accumulant les péripéties, les questions, les remises en causes, notamment sur l’histoire récente de l’Australie et de son traitement des aborigènes. Ici, pas de sentimentalisme ou de culpabilisation bon marché, mais de vrais défis lancés à la société australienne par un trio totalement passionné par son histoire.

 

Le dernier grand film qui montrait l’Australie était, à mon sens, Razorback, sorti il y a plus de 25 ans.

 

Avec Australia, ce long délai est enfin comblé. Que les spectateurs et la critique ne s’en soient pas rendus compte n’a aucune importance : ce film est une splendeur et mérite totalement le superbe Blu-ray sorti l’an dernier.

 

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 07:01

Je remets en ligne la chronique de Rollerball, l'un des derniers films de McTierman, parue initialement sur l'ancien site. Je l'ai revu récemment et mon opinion n'a pas changé : même massacré par des producteurs stupides, Rollerball reste un sacré truc de malade entièrement tenu par la classe de McT !!

Enfin, il est là , après des mois d'attente. Le nouveau Mac Tierman , l'un des rares cinéastes pour qui le cinéphile passionné donnerait son bras pour voir un de ses films, nous offre un joyau de plus dans sa filmographie déjà parsemée de chef d'oeuvre. Car Mac Tierman, c'est Die Hard I et III, Predator, Last Action Hero, le 13eme guerrier, A la poursuite d'Octobre Rouge pour les réussites ultra majeurs. Même ses films plus calmes comme Medecine Man ou Thomas Crowe sont , au minimum, des leçons de mises en scènes qui refusent les effets faciles, et de toutes façons, des films d'entertainement sacrément bien troussés. Mais tout génie qu'il soit , Mac Tierman n'a , hélas , pas aux yeux des exécutifs d'hollywood l'aura d'un Spielberg ou d'un Allen. Pour imposer ses idées , il doit se battre bec et ongle . Parfois il gagne, parfois il perd. Pour Rollerball , il a perdu et la MGM a massacré son film. Mais on ne détruit pas aussi facilement un tel film. Car a moins de retourner totalement le film, la MGM a bien été obligé de se servir des plans de Mac Tierman. Et quels plans, quelle composition magistrale !! Malgré leur aspect clip évident (Mac T avait voulu exploser le record de L'enfer du dimanche question plan), l'action est tellement lisible que l'on sait toujours ce qui se passe. Vous pouvez dessiner des moustaches à la Joconde, vous ne pourrez jamais effacer le tableau.

Du Rollerball, Mac T a gardé la trame (en gros, un joueur de Rollerball voit sa popularité augmenter au point de gêner les dirigeants du jeu) dans le seul but de faire un film de "bourrin" . Forcément, les 4 parties de Rollerball du film constitue l'essentiel du métrage. Inutile de dire qu'elles enfoncent quasiment tout ce que le cinéma sportif nous a montré depuis des décennies. Là où l'original se contentait d'une piste circulaire , Mac T nous balance une piste en 8 , des règles incompréhensibles , des tunnels de plexiglass, des explosions lors des buts bref rien que du cinématographique. Il lâche ensuite son armée de cascadeurs là dedans au son d'une musique métal des plus excitante (supervisée par Eric Serra que l'on a connu beaucoup plus calme) et c'est parti pour de la folie pure , des cascades démentielles et surtout l'usage de toutes les techniques de la vidéo et de la télé : insert sur les joueurs, utilisation d'effets d'affichages durant le match, ralenti.... Mac T filme à la fois l'action réelle et ce que les téléspectateurs voient. Au final, un résultat détonnant, usant mais sacrément jouissif. L'idée de situer le film en Asie centrale permet en outre d'insister sur le côté crade du jeu : les stades sont vétustes, les spectateurs passablement portés sur la vodka, tout cela sent un parfum de fin du monde diablement enivrant. Mac T se permet évidement de faire parler les protagonistes en langues locales. Pourquoi faire des concessions ? De même, et pour la première fois depuis Predator, aucune star dans le film, sans doute parce Rollerball est un film politique et que rien ne doit distraire le spectateurs du propos. Chris Klein, LL Cool J sont donc des acteurs solides , pas des stars. Et ils illuminent les scènes d'actions par leurs seules performances physiques.

A ces scènes s'ajoutent l'ouverture du film (une course poursuite épatante en luge à roulette dans les rues de San Fransisco) et la tentative d'évasion des deux héros de Mongolie, entièrement tournée en vision de nuit : une folie expérimentale qui nous balance un avion cargo émerger d'une tempête de sable. De la démence pure et des moments jubilatoire en diable. Si les écoles de cinéma étaient bien faites, cette dernière scène devrait être décortiquée par les apprentis metteurs en scène.

Malheureusement, nous devons supporter les coupes brutales (30 minutes de métrage auraient dégagé) qui d'une part altèrent le discours nihilistes du film et d'autre part nuisent considérablement à la continuité du récit. On voit très clairement que les raccords sont brutaux et manquent de logique. Tailler dans le récit de cette manière pour édulcorer le propos n'a finalement aucun intérêt puisque le film perd toute direction et ne peut donc qu'être un échec. On se demande même pourquoi ne pas sortir le film dans sa forme première . L'histoire montre que tous les films massacrés de la sorte ont été des échecs publics : Chapeau Melon et bottes de cuir, Soldier, Hellraiser IV, Le 13eme guerrier... Qui arrêtera la folie des producteurs incompétents qui pullulent à Hollywood ?

De plus, la palette graphique et l'informatique se révèle ici des instruments diaboliques : effacées les litres de sang qui souillaient la piste, effacée la nudité de Rebecca Romijn-Stamos. Par contre, les poitrines dévêtues des joueuses dans les vestiaires ont survécu en Europe (mais pas aux USA semble-t-il) . Toujours dans le but d'édulcorer, toujours dans le but d'attirer le public "djeunes" . Mais à l'heure où les "djeunes" rêvent de participer à Loft Story 2 , y a-t-il une place pour des brûlots comme Rollerball ?

Car quittons le terrain du cinéma deux secondes et posons nous sur celui des médias. Que montre Rollerball ? Le dirigeant d'un sport violent qui utilise cette violence pour faire monter l'audimat mais détourne les yeux à la moindre goutte de sang . Un hypocrite de première (magnifique Jean Reno) qui ressemble trait pour trait à tous ces moguls d'Hollywood . Utilisons la violence comme outil marketing mais frustrons le public de ses mêmes images si bien vantées. A l'heure où le sport en général ne compte plus que pour ses images bien léchées , ses coups de gueule , ses actions brutales , à l'heure où le JT nous balance des images d'une violence insoutenable mais sans nous prévenir aucunement , voire en mettant en scène l'actualité (amusez vous à compter le nombre de coupe dans une interview et jugez ensuite de la crédibilité du propos de l'interviewé) , Rollerball remet les choses à leur place : les médias se nourrissent de notre frustration, de notre goût pour le sang , flattent nos instincts primaires et ne cherchent pas à nous élever, bien au contraire.

Mac Tierman (qui a démarré son travail de cinéaste en décortiquant La nuit américaine de Truffaut) ne fait que confirmer cette tendance. Les médias se déchaînent contre lui car il ne fait que montrer leur vraie nature. Les producteurs le détestent car il les renvoie à leurs propres contradictions. Le public l'ignore car Mac T n'est pas un m'as-tu vu qui étale ses rancoeurs sur la scène médiatique à l'image de tous nos tâcherons bien français qui hurlent avec la meute après le cinéma étranger forcément inférieur au leur et qui leur vole des parts de marché . Cette dialectique me rappelle furieusement les conneries de le pen sur "3 millions de chômeurs, c'est 3 millions d'immigrés".

Rollerball n'est pas le meilleur Mac T dans sa forme actuelle. On nous ferait l'aumône du director's cut et on pourrait se rendre compte que si le cinéaste avait réinventé l'action en 88 et 95 avec ses Die Hard, il vient sans doute de redonner le ton pour la nouvelle décence. Et cela , rien ni personne ne pourra lui enlever

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  • : Salla Obscursium Invocat
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  • Dave
  • Enseignant, fan de cinéma et de métal, chanteur dans différents groupe de métal, collectionneur de tout ce qui touche à Star Wars... what else ?
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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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