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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 07:21
Inferno (****)

Le pitch : Alors qu’il se réveille à Florence, sans aucun souvenir des dernières 48 heures, Robert Langdon se retrouve mêlé à une menace de pandémie mondiale et doit fuir avec une mystérieuse jeune femme.

 

Après la réussite d’Anges et démons et le très bon Da Vinci Code, on attendait avec un interêt certain la 3e adaptation des aventures du héros créé par Dan Brown. Mais si le très complexe Le Symbole perdu (qui se déroule sur le sol américain et prend comme décor la franc-maçonnerie) est passé à la trappe, l’excellent Inferno se voit donc adapté pour le cinéma avec le même équipe devant et derrière la caméra.

 

Cependant, malgré le soin apporté à cette adaptation, l’ajout de quelques guest stars de prestige (comme notre Omar Sy national), force est de constater que Inferno - le film se révèle inférieur à Inferno - le roman. La faute à une intrigue qui cherche à condenser trop de choses (le livre fourmille de détails érudits, de lieux magiques à explorer et de pistes secondaires) et ajoute une romance entre Langdon et la directrice de l’OMS qui ne sert pas à grand chose.

 

De ce fait, on a parfois l’impression d’assister à un défilé dans des cartes postales alors que dans le livre, les lieux évoqués font tous avancer l’histoire. Il est clair qu’adapter en film un roman aussi foisonnant et complexe, s’adressant tout autant à l’amateur de thriller qu’à l’amateur d’histoire de l’art est une gageure. Peut être qu’une mini-série aurait été plus judicieuse.

 

Cela étant dit, les critiques qui se sont abattues sur le film ont quelque chose de très exagéré. Car d’une part, le rythme ne faiblit pas et l’intrigue remplit parfaitement son but : divertir. Et d’autre part, le film a tout de même gardé une bonne partie des sites visitées (à Florence surtout, Venise et Istanbul voyant leur « présence » à l’écran nettement réduite) ainsi que ce qui tourne autour de Dante. Car Inferno traite autant d’une pandémie à venir, même si, ici, elle n’aura pas l’impact dramatique du roman, que de l’oeuvre géniale de l’auteur de La divine comédie.

 

La mise en scène de Ron Howard se veut également très différente de celles de Da Vinci Code ou Anges et démons. Elle est plus expérimentale, notamment dans les visions de Langdon, ces tentatives de retrouver la mémoire et l’évocation de la pandémie, plutôt effrayante. Les scènes d’actions sont également très bien emballées, le bagage technique du cinéaste permettant une lisibilité parfaite et un suspens constant, même pour qui a lu le livre.

 

Au niveau forme donc, rien à dire ! Tom Hanks est toujours aussi convaincant dans le rôle de ce professeur d’Harvard plongé malgré lui dans des aventures qui le dépassent et le reste du casting est au diapason. Mais, on regrettera que les modifications et les simplifications de l’intrigue réduisent certains personnages à l’état de silhouette. Omar Sy voit son personnage sacrifié sans que cela ne fasse avancer l’histoire.

 

A l’inverse, Sienna, interprétée par Félicity Jones (Rogue One) est extrêmement bien cerné. En fait, on sent que le script s’est focalisé sur l’essentiel du roman, mais a laissé un peu trop dans l’ombre les arrières plans, ce qui est bien dommage car on perd en profondeur, ce que Anges et Démons avait parfaitement réussi. C’est d’ailleurs étonnant car David Koep qui a rédigé le scénario nous a habitué à plus de rigueur.

 

Adapter un livre de Dan Brown n’est pas chose facile. L’écrivain se fait fort de divertir son lecteur tout en le faisant voyager et en l’instruisant. Les références culturelles sont nombreuses et Inferno  n’en reprend qu’une partie, ce qui ne peut que décevoir les lecteurs. 

 

Mais en l’état, en faisant abstraction du livre, Inferno est un bon thriller, élégant, érudit et très bien mis en scène. Et si son score US est extrêmement décevant (34 millions seulement), son score mondial de 220 millions a largement permis de rembourser les 75 de budget. L’avenir de Langdon au cinéma est sans doute compromis, mais la « trilogie » offerte par Tom Hanks et Ron Howard n’a pas à rougir et les critiques reçues sont, à mes yeux, illégitimes.

 
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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:39
X-Men Apocalypse (****)

X-Men Apocalypse : 5000 ans avant notre ère, le premier mutant de l’histoire, En’Sabha Nur, se prépare à transférer son corps âgé dans celui d’un jeune homme. Mais ses opposants parviennent à empêcher cela et l’enterre sous sa pyramide.

1983  : Alors que l’existence des mutants est reconnue et que ceux-ci cherchent à s’intégrer dans la société, Apocalypse revient à la vie.

 

3e volet du reboot initié par X-Men First Class, 4e film « X » réalisé par Bryan Singer, X-Men Apocalypse n’a pas connu le succès escompté en Amérique du Nord, surtout après le triomphe de Days of future past. Pourtant, il ne démérite absolument pas vis à vis de ses aînés, continuant la saga de manière spectaculaire, introduisant de nouveaux personnages (ou en ré-inventant des anciens) et cherchant toujours à rendre le meilleur hommage au plus culte des Comics.

 

Alors que chez Marvel Comics, les séries tournant autour des Avengers cartonnent, celles tournant autour des X-Men ont connu un net fléchissement depuis une dizaine d’années . Le dernier grand crossover House of M date de 2006. Depuis, tous les autres crossover de Marvel font surtout intervenir les Avengers et Iron Man, même si les X-Men n’en sont pas absents. De plus, les droits des personnages X sont à la Fox, ce qui explique pourquoi Marvel délaisse quelque peu les adaptations cinématographiques. Pourtant, la Fox gère plutôt bien ce patrimoine comme on a pu le voir avec le récent Deadpool ou les 3 films tournant autour de Wolverine. Mais force est de reconnaître que les « trahisons » envers le Comics sont plus importantes avec les X-Men qu’avec les autres personnages restés dans le giron du MCU. Je vais y revenir.

 

Apocalypse a la qualité de ses défauts. Son côté très spectaculaire (et forcément couteux) entraîne une surenchère de scènes de destructions massives, mais on ne sent pas une implication émotionnelle énorme. Et c’est là que le bât blesse quelque peu. Engagée dans une course avec Marvel Studio et Disney, la Fox répond à chaque film par toujours plus de combats, de destructions, de personnages. Or, si les deux premiers films du reboot prenaient leur temps pour présenter les personnages et les situations, Apocalypse va très vite. Trop vite. Pourtant les scènes d’exposition étaient là, comme le montre tous les passages coupés sur le Blu-ray. Mais, comme le dit Bryan Singer, il fallait aller plus vite pour aborder le 2e et le 3e acte. D’où un sentiment frustrant d’assister à un résumé en accéléré tant que la thématique (Apocalypse voulant diriger un monde purgé des faibles) n’est pas en place.

 

Dans les moments où Singer a pris le temps, comme par exemple la nouvelle vie de Magnéto et les raisons qui le feront replonger dans la violence, on assiste à un métrage de la qualité de Days of Future past. Mais clairement, la réintroduction d’Angel ou de Tornade est trop rapide. Et si dans le Comics, Angel a effectivement été un des cavaliers, cela n’a jamais été le cas pour Tornade ou Psylocke. Et encore moins pour Magnéto qui, dans le fabuleux crossover L’âge d’Apocalypse prenait justement le relais de Xavier pour combattre En’sabah Nur !! Il est d’ailleurs dommage que le studio n’ait pas voulu exploiter cette direction - Le fils de Xavier remontait le temps pour tuer Magnéto, mais il tuait son père. Celui-ci ne formait donc jamais les X-Men et Apocalypse s’emparait de l’Amérique du Nord. Une partie des mutants (Cyclope, Havok, Le Fauve) se rangeait derrière lui, d’autres dirigés par Magnéto s’opposait frontalement . En fait , le scénario tente plutôt adroitement de relier tous les fils mis en place depuis 2000, tout en rajeunissant le casting (Cyclope, Phénix, Tornade). Ainsi la scène surprenante où apparait Logan est le parfait prologue du film de 2000. Mention très bien au retour de Moira Mc Taggert qui manquait quelque peu eu 2e film.

 

Mais au-delà de ses réflexions, et de ses trahisons, il faut bien avouer qu’on est face à un sacré bon film de super héros. La mise en place d’Apocalypse, son combat avec Xavier sur le plan psychique, la montée en puissance de Jean Grey (excellente Sophie Turner, la souffre douleur de la série Games of Throne) sont menés de main de maître par Singer. L’intégration de Mystique au sein de cette nouvelle équipe X peut aussi surprendre, mais là aussi, elle est logique vis à vis des épisodes 4 et 5 de la saga. 

 

Singer n’a pas sacrifié toute la psychologie de ses personnages au profit d’un spectacle destructeur et immédiat. Et même s’il n’est pas parfait, à aucun moment ce 6e épisode ne fait honte à la saga, bien au contraire. 

 

Bien sûr, ceux qui ont apprécié le second degré (quelque peu pénible) de Deadpool ne le retrouveront pas ici. Singer  a bien trop de respect pour ses personnages pour les transformer en comiques. De toutes façons, ce qui marche avec Deadpool, du fait du personnage, ne peut pas marcher avec les équipes X. La critique a pourtant reproché à Apocalypse de ne pas marcher sur les traces du hit surprise en matière super héros de 2016. Ce qui est ridicule. C’est au contraire tout à l’honneur de Singer d’être resté fidèles à ses idées. Sa mise en scène est toujours aussi élégante, son montage est toujours aussi lisible et le côté épique transparait de manière évidente dans le 3e acte.

 

Il fallait évidemment un acteur solide pour incarner Apocalypse. Oscar Isaac (qui a tiré le gros lot en incarnant Cameron Poe) est parfait, bien aidé par un excellent maquillage qui respecte bien le personnage et son fameux rictus. Le travail d'ailleurs sur l'aspect physique de chaque mutants est toujours aussi bon et on sent que l'équipe technique connait ses comics sur le bout des ongles !

 

Reste à savoir quel sera l’avenir des X-Men ! L’épilogue - désormais obligatoire - envisage évidemment une suite. Mais les studios étant ce qu’ils sont, ne regardant que les dollars encaissés, la Fox ne sera-t-elle pas tenté de faire l’impasse sur les X-Men et de se concentrer sur Deadpool, dont le 2e épisode pourtant introduire Cable et X-Force ?

 

Rappelons que le mauvais accueil critique du 3e épisode avait amené le reboot 5 ans plus tard. Rappelons aussi que les résultats mitigés de Amazing Spiderman 2 ont amené Sony à abandonner tous les films prévus (ASM 3, Sinister Six). Quand on sait qu’Apocalypse a coûté une fortune et que les résultats financiers n’ont pas été au rendez vous, on peut hélas craindre que le 7e épisode ne voit jamais le jour.

 

En l’attente, on peut donc savourer d’une traite les épisodes 4,5,6. Sans atteindre le sommet de Days of Future Past, Apocalypse reste, je le répète, un excellent film de super héros, un excellent film tout court.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 09:56
Boulevard de  la Mort (***)

Le pitch : un homme se prétendant cascadeur attire des jeunes filles pour les tuer dans des accidents spectaculaires. Mais il va tomber sur plus retors que lui.

 

Dit comme cela, le 6e film de Quentin Tarantino a l'air d'une bêtise sans nom. Pourtant, sous ses atours de film potache et bardé de clichés, Boulevard de la mort (Death Proof en VO) permet aux admirateurs du cinéaste de se régaler de tous les aspects de sa mise en scène : dialogues aux petits oignons, scènes totalement WTF, plans gores souvent gratuits et un amour authentique pour les séries B de tous poils !!

 

A l'inverse, les détracteurs de Tarantino (et ils sont aussi nombreux) ne pourront que critiquer des tunnels de dialogue parfois trop longs, des scènes parfois sorties de nulle part, une certaine propension à glorifier la médiocrité (les personnages sont loin d'avoir des attitudes de prix Nobel) et des cassures de rythme parfois surprenante.

 

Par contre, ils ne pourront rien dire sur les faux raccords, accidents de pellicules, bande-son défaillante ou saute d'images !! Initié dans le projet Grindhouse avec Robert Rodriguez, qui réalisait dans le même temps Planète de la terreur, les deux films (qui ont quand même coûté 67 millions de dollars), Death Proof était une tentative de faire revivre ces fameux double-programmes bis qui fleurissaient dans les drive in américains. 

 

Et comme ces films étaient tout, sauf des chef d'oeuvres ni des métrages techniquement parfaits, les deux cinéastes se sont fait plaisir en accentuant tous les défauts des double-programmes. On n'aime ou on n'aime pas ! Certaines critiques ont même estimé que les deux lascars profitaient de ce gimmick pour cacher leur propre médiocrité, ce qui est quelque peu ridicule car la parodie (on peut voir les deux films ainsi) n'est pas si simple à faire.

 

Death Proof ne se distingue donc pas par son script (qui tient sur 3 lignes) et qui se contente de meubler une histoire simplette par des scènes de bars où l'on picole et raconte des blagues idiotes. Le film est de plus clairement divisé en deux partie, la première où Kurt Russel (excellent) attire ses proies dans son piège, sans que l'on ne parvienne à savoir où est le loup et qui se conclut par un accident très spectaculaire, délicieusement gore (pour ne rien louper, l'action nous est montré sous plusieurs angles afin que chaque personne tuée bénéficie de "sa" scène) et qui montre qu'à ce moment, Tarantino met de côté l'aspect amateur pour privilégier le choc ! C'est gratuit, très frime, mais ça récompense de l'attente.

 

Puis dans une deuxième partie, c'est Russel lui même qui va être pris à son propre piège, poursuivie par trois jeunes femmes encore plus dingues que lui ! Le film se termine par une mémorable raclée de la part des membres du sexe faible enfer le macho de service !! Russel achève Death Proof dans une posture que peu d'acteurs accepteraient : humilié, battu, grimaçant. Sa mort dans Les 8 salopards était hautement plus classe, ce qui vous donne tout de suite une idée de cette scène finale.

 

Comme souvent , Tarantino truffe son film de références à des films quelque peu oubliés. Ici, les 3 filles veulent faire un tour dans une voiture similaire à celle du héros de Point Limite Zéro, excellent métrage où un conducteur doit faire un trajet jusqu'à Los Angeles en un temps record. Durant son voyage (trip ?), il sera aidé par un DJ noir et aveugle, rencontrera une fille qui fait de la moto complètement nue, se frottera à toutes les polices des états qu'il traverse avant de finir dans la tôle broyée. Dit, comme cela, cela a l'air encore plus stupide que Death Proof, mais croyez-moi, Point Limite Zéro est vachement bien, un  parfait exemple de la contre-culture hollywoodienne des 70's !

 

On sent qu'il s'est fait plaisir, le bougre. Il filme ses actrices dans des tenues très courtes, aligne des dialogues bien corsés, d'autant plus fun quand ils sont déclamés par des cruches en mini-jupe, se donne un rôle de barman sympa et n'hésite pas à faire de ploucs des personnages de haute volée ! En fait, tout ce que les films américaines comptent comme clichés, Tarantino en use et en abuse ! 

 

Bien entendu, tout n'est pas parfait et on sent que ce qui aurait pu faire un excellent sketch d'un film à plusieurs mains tire sur la corde. Les scènes de bar permettent d'aller faire chauffer son thé ou de passer quelques niveaux à Candy Crush. Mais l'accident et la poursuite finale rattrapent à elles seules un film conçu pour le plaisir des fans.

 

Sorte de récréation entre les 2 Kill Bill et Unglorious Basterds, Death Proof remplit tout à fait son rôle : faire passer un moment quelque peu honteux  à son spectateur tout en le laissant écouter des dialogues toujours aussi bien écrit. Le plus drôle, à mon sens, est que le film fut sélectionné à Cannes en 2007, comme s'il était du calibre de Pulp Fiction ou Jackie Brown !!

 

Evidemment, Boulevard de la mort est à voir en VO ! 

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 06:43
The Revenant (****)

Le pitch : blessé par un grizzly, un trappeur américain est laissé pour mort par ses compagnons. Ivre de vengeance après la mort de son fils, assassiné par l’un de ceux qui l’ont abandonné, il va tout faire pour repartir vers la « civilisation ».

 

Disons le tout de suite, en regardant The Revenant, je me suis rappelé d’un vieux western dont l’intrigue est quasiment la même. Attaque de grizzly, victime abandonnée par ses compagnons, retour difficile à la civilisation et désir de vengeance, on y retrouvait les mêmes éléments. Sans doute ce vieux western a puisé aux mêmes sources puisque le personnage central de l’histoire a réellement existé. 

 

De plus, j’ai trouvé le film quelque peu surestimé. Certains effets de mise en scène me semblent gratuits et le décalage entre le monde réel et le monde onirique est parfois très incongru. Si l’Oscar de Di Caprio ne souffre d’aucune polémique (même si je pense que sa performance dans Inception ou Shutter Island fut supérieure), celui du meilleur réalisateur est quelque peu exagéré. Car si Alejandro Inarritu maîtrise bien son sujet, il abuse parfois de tics (la caméra qui tourne on ne sait pourquoi autour d’un arbre ou qui commence à plonger dans une cascade gelée) de mise en scène. De même, je trouve qu’il n’utilise pas ses magnifiques plans larges de la meilleure façon qu’il soit. Enfin, on ne pourra pas lui reprocher de rechercher la facilité bien au contraire, car à aucun moment, il ne cherche à rendre son métrage accessible à tous. Cela peut être un atout (après tout, doit-on vraiment tout expliquer), mais ici le procédé est parfois agaçant, notamment dans l’usage de flashbacks pas toujours bien clairs.

 

Maintenant, il est évident que The Revenant est un grand film. Grandement aidé par la beauté froide des paysages et par une violence sans concession, The Revenant ne tombe jamais dans la facilité, bien au contraire. Sa longueur en devient son principal atout, car elle permet de vivre le calvaire de Di Caprio quasiment en temps réel, de le voir revenir petit à petit dans le monde des hommes, passant de l’animal qui se jette sur de la nourriture crue à l’humain qui va réussir à piéger celui qui l’a trahi. Mais pour quelle récompense ? les dernières images ne laissent pas de doute : la vengeance donne des fruits amers et ne permet pas aux êtres aimés de revenir. Et si on peut trouver que le combat final abuse un peu de ce côté « sauvage », c’est justement parce qu’il oblige le héros à redevenir un animal brutal qu’il va prendre conscience de la valeur de la vie.

 

Evacuant toute idée de glamour ou d’héroïsme glorieux, le script semble plutôt vouloir dévoiler ce qu’il y a de pire chez l’homme. Grande et petite lâchetés rivalisent avec une violence souvent gratuite. Pour les protagonistes du film, la vie humaine n’a que peu de valeur. On tue pour se débarrasser d’un problème, on viole pour assouvir ses plus bas instinct, on massacre pour des peaux. Dans une nature sauvage et hostile, les éléments naturels semblent finalement plus « humains » que les hommes. Car eux ne trichent pas. L’ours ne cherche qu’à défendre ses petits, le froid intense ne se déclenche pas tuer…Et si dans le making of, les protagonistes disent, à mi-voix, avoir voulu rendre justice aux indiens , qui n’auraient jamais été bien présentés au cinéma hollywoodien (j’en déduis donc que Little Big Man ou Danse avec les Loups ne sont pas des films hollywoodiens) , l’attaque initiale du camp de trappeurs donneraient plutôt une image brutale de ces peuples. Il faut d’ailleurs lire entre les lignes pour comprendre les raisons de ce massacre qui apparait comme purement gratuit au premier abord. Trappeurs et indiens sont égaux effectivement, mais dans la sauvagerie.

 

Il faut bien entendu louer la reconstitution d’une période que l’on voit rarement au cinéma. Car si les codes du western sont bien là, on est très loin de Monument Valley, des cactus ou des villes champignons de l’ouest. Ici le continent américain est tout aussi sauvage, mais bien plus froid. On se demande même comment les hommes peuvent y survivre. Il n’y a pas de place pour eux. Et si les décors créés par l’homme ne sont pas énormes (un fort, un village indien, un campement), leur réalisme montre bien que nous somme dans une époque qui ne supporte plus le carton pâte.

 

The revenant est donc un western moderne, mais si on pousse notre raisonnement à son extrême, il emprunte également les codes du film de fantômes. Après tout son titre est à double sens, et la mort, symbolique, de Di Caprio puis son retour à la vie, suivie d’un périple quasi-miraculeux (peut-on vraiment survivre dans un tel environnement avec de telles blessures) laissent à penser que c’est bien un spectre qui revient se venger, comme tout bonne histoire d’horreur qui se respecte.

 

Si on suit cette logique, les scènes oniriques où le héros revoit sa famille morte n’en sont plus. Mais cette explication ne plaira sans doute pas aux plus carthésiens d’entre vous. Et puis, il ne faut pas oublier que Hugh Glass a véritablement existé, qu’il a vraiment été laissé pour mort  et est parvenu à revenir à la civilisation.

 

On a beaucoup écrit sur la performance de Léonardo di Caprio, acteur surdoué, mais qui, comme Tom Cruise, a eu le malheur de voir trop de fées se pencher sur berceau. Trop beau, connaissant un méga-succès trop tôt (Titanic), enchaînant les triomphes au cinéma dans les genres les plus divers (le thriller, le fantastique, la comédie, l’aventure), tournant avec les plus grands (Cameron, Spielberg, Scorcesse, Nolan), Di Caprio a entraîné un sentiment de jalousie incroyable. Il avait beau transformer n’importe quel script en or, éclabousser de son talent n’importe quelle histoire, la récompense suprême, l’Oscar, lui avait toujours échappé.

 

Il aura donc fallu qu’il s’enlaidisse, qu’il souffre, qu’il casse encore et encore son image pour que ses pairs lui donnent enfin la fameuse statuette. On mesure ici la futilité d’un métier où, quelque soit ce que vous ayez fait, vous devez toujours tout prouver.

 

Qu’importe ! La performance est là et bien là. The Revenant est un écran parfait pour un acteur aussi exigeant, au point qu’il en éclipse ses partenaires, notamment Tom Hardy, pourtant excellent dans un rôle très difficile. Tom Hardy se plonge dans l’immoralité de son personnage, laissant planer un malaise certain au spectateur qui se demande si lui aussi n’aurait pas agi ainsi.

 

Quelque peu surestimé ai-je écrit. Certes, mais ce ne sont pas les quelques défauts du film qui doivent être retenus, mais tout le reste. The Revenant n’est peut être pas LE film , comme ont pu l’être Titanic, Star Wars,Lawrence d’Arabie ou Blanche Neige. Mais il n’en reste pas moins un très grand film, avec un très grand acteur qui libéré de ce poids « oscarisable » va sans doute pouvoir connaître une carrière encore plus riche, car sans pression.

 

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 12:32
Fantastic Four (2015) (***)

Le pitch : Reed Richards, Johnny et Suzan Storm, et Victor Von doom , 4 jeunes brillants étudiants travaillent depuis des années sur la téléportation. Le jour où ils réussissent enfin à envoyer un être vivant dans une autre dimension, ils décident de faire eux même le voyage, entraînant avec eux un ami d'enfance de Reed, Ben Grimm. Mais tout ne va pas se passer comme prévu.

 

Une précision : si j'ai pu voir le film, c'est parce qu'il était offert dans le menu d'une célèbre chaine de restauration rapide. Et surprise, malgré les trahisons délirantes du comics, on est loin de la catastrophe décrite par certains, si on passe, évidemement, sur les défauts du film.

 

Les différences entre le comics de Lee et Kirby et cette nouvelle version cinéma sont tellement nombreuses que l'on a parfois l'impression de regarder quelque chose de totalement différent. Passons sur la jeunesse des personnages, sur le fait que Suzan ait été adoptée par un scientifique noir et que son demi-frère soit (logique) noir aussi. Passons aussi sur la famille très "cassos" de Reed, sur ses déboires scolaires. En fait, dans les 20 premières minutes, la seule ressemblance avec le comics réside dans le fait que Ben et Reed sont amis depuis longtemps. Ca fait peu.

 

L'arrivée de Victor Von Doom dans l'histoire reprend quelques éléments, non pas du comics, mais du film de 2005. Si il est, comme à l'origine, un étudiant brillant, le scénario laisse entendre qu'il a eu une aventure avec Suzan. Or, dans le film de 2005 (qui était finalement plus proche de l'histoire originale) Doom et Suzan étaient carrément en couple. Pour le reste, on s'éloigne à nouveau avec une équipe de teenagers tentant de téléporter de la matière organique dans une autre dimension. Exit donc la course aux étoiles, les rayons cosmiques, l'accident de Fatalis et la naissance de la super équipe, la première du Marvel Universe de 1961.

 

A la place, on a donc une machine qui va téléporter Ben, Reed, Johnny et Victor sur une planète inconnue et où ils vont acquérir leur pouvoir, même si Victor en restera prisonnier. Suzan aura les siens lors du retour en catastrophe du trio. La suite s'éloigne encore plus du comics : Reed s'enfuit, Ben et Johnny se mettent au service de l'armée tandis que Suzan travaille ses pouvoirs dans la même base secrète que ses 2 compagnons. En fait, à ce niveau de l'histoire, le seul point commun avec le comics est le pouvoir des 4 fantastiques. Vouloir ré-écrire l'histoire des FF n'était pas une mauvaise chose, mais modifier à ce point la structure d'une histoire universelle ne pouvait que faire hurler les fans. L'amateur éclairé aime qu'on le surprenne, mais que l'on casse son jouet. Marvel Studios a merveilleusement compris ce principe : les origines de ses personnages sont proches de ceux des comics, mais elles se permettent une modernisation discrète. Ainsi, Tony Stark devient Iron Man en Afghanistan et non plus au Viet-Nam. Par contre, l'introduction de Captain America est très proche de la version originale.

 

Une fois ces couleuvres avalées et cette ré-écriture acceptée (et dont les éléments n'ont absolument aucun point commun avec les 55 ans d'histoire des FF), on assiste cependant à un film plutôt agréable, mais très lent. Il est clair que Josh Trank a cherché à moderniser le récit originel et à l'ancrer dans la réalité. Il est évident aussi qu'il a voulu prendre son temps pour présenter les personnages et le concept (la première scène d'action intervient au bout de 45 minutes). Enfin, je ne pense pas qu'il ait cédé aux sirènes du politiquement correct en modifiant ainsi certains personnages, mais plutôt qu'il s'est laissé séduire par l'idée de donner une nouvelle impulsion à une équipe que tout le monde connait. Le souci est que la mayonnaise prend moyennement et que le côté artificiel des relations est trop apparent. Enfin, le charisme des acteurs laissent un peu à désirer. Si Michael B.Jordan est plutôt convaincant, Kate Mara n'a pas le côté espiègle et innocent de la Suzan que l'on connait. Jamie Bell disparait très vite sous un costume de Motion Capture pour devenir la chose (très réussie d'ailleurs) et Miles Teller ne donne pas non plus une image fidèle du Reed Richards dessiné.

 

Mais le défaut principal du film réside en fait dans son manque d'ambition et il devient clair que le conflit entre le studio et Josh Trank a laissé des traces. On sait que la Fox a mis en chantier ce film pour ne pas perdre les droits, mais le limogeage du réalisateur a montré que tout ne tournait pas rond. La durée déjà : à peine 1H30. Sachant qu'il faut une bonne heure pour que les éléments entre les FF et Fatalis se mettent en place, il reste très peu de temps pour l'affrontement final. Le film a coûté 120 millions de dollars, mais très honnêtement, on ne les voit pas à l'écran. Il y a peu de décors en durs (le petit making of du DVD montre énormément d'écrans verts), la bataille finale est expédiée en un coup de poing de la chose et on ne peut pas dire qu'il y ait des milliers de figurants à gérer. Les coupes ont dû être drastiques pour arriver à uné longueur aussi courte et la mauvaise communication de la Fox , qui ne croyait plus au film, ont fait le reste : Les 4 fantastiques est un projet vidé d'une partie de son contenu, pas assez emballant pour concurrencer les films Marvel ou DC.

 

Maintenant, malgré les défauts cités, on ne peut pas dire que l'on soit en face d'un mauvais film. on peut être déçu par les trahisons multiples, le rythme pépère, les raccourcis scénaristiques ou la sobritété de l'action, mais il faut admettre que cette relecture tient plutôt bien la route si on met de côté les 55 ans de Comics. La mise en scène est excellente, prenant le temps de bien présenter ses plans (le montage est à l'image du film : lent, mais très pro) et les personnages secondaires sont plutôt attachants.

 

L'échec commercial du film (167 millions de recette en tout et pour tout contre 330 et 289 pour les films de Tim Story - qui avait coûté 100 et 130 millions) s'explique aisément et montre qu'il n'est pas si simple de faire un long métrage de super héros, qu'il faut mettre un minimum d'atout de son côté. Paradoxalement, cette version rehausse le souvenir des 2 films de 2005 et 2007 qui n'étaient pas trop mal, plus proche du matériel d'origine, mais plombé par un second degré parfois pesant. Mais dans l'état, ce FF 2015 reste un métrage sympathique, prompt à passer une bonne soirée. Reste que l'échec a condamné définitivement les personnages (et poussé Marvel a supprimé le comics après le crossover Secret Wars, même si l'éditeur s'en défend) et qu'on n'est pas prêt de revoir la famille Storm à l'écran. A moins que, comme pour Spider-Man, Marvel Studios réussit à récupérer les personnages.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 06:49
The Walk (*****)

Le pitch : Philipe Petit, un funambule français décide de tendre et de marcher sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center, alors en construction.

 

Il semble que Robert Zemeckis ait laissé derrière lui son travail expérimental des années 2000 autour des films en images de synthèse créées par motion capture. Et après l’excellent Flight qui avait vu le retour de l’auteur de Forrest Gump au long métrage traditionnel, il retrouve avec The Walk le niveau d’excellence qu’il n’a jamais abandonné.

 

Petit budget, The Walk n’est en rien un petit film. D’une part la perfection des effets visuels (une constante chez Zemeckis) montre que l’ambition est là, notamment dans la reconstitution d’un New York qui n’existe plus - difficile de voir le film sans éprouver un pincement au coeur en raison du souvenir des tours jumelles - et d’autre part, l’exigence de l’interprétation des acteurs poussent forcément le métrage vers le haut.

 

Car Joseph Gordon-Levitt porte le film sur ses épaules de la scène d’introduction à la conclusion. S’adressant directement à la caméra pour raconter son histoire, le jeune acteur , par son long monologue, rend un hommage sincère au véritable Philippe Petit. Les bonus du Blu-ray montre bien cette implication totale à recréer non seulement l’aventure, mais aussi (et surtout) l’état d’esprit du funambule français. De ses débuts à Paris à son exploit new yorkais, de sa rencontre avec Papa Rudy, un artiste de cirque venant de l’est à celle avec Annie, qui sera son inspiration en passant par le recrutement de ses « complices », l’histoire se déroule sans accroc, passant du classique film de casse (la préparation du coup) aux longues minutes où, sur son fil, Philippe Petit atteint l’apogée de sa vie.

 

Ayant du apprendre la jonglerie, les arts du cirque et le funambulisme, Gordon-Levitt s’est fondu physiquement dans le personnage et lui a donné une épaisseur sans égal. La mise en scène toujours aussi élégante de Robert Zemeckis a fait le reste.

 

Car, disons le tout net, malgré des films d’anthologie, qui se sont souvent transformés en triomphes commerciaux (ce n’est hélas pas le cas de The Walk), Zemeckis n’a pas vraiment le statut dont il devrait bénéficier. Dans un monde où la critique glorifie des cinéastes qui enchaînent des films souvent banals voire médiocres (je pense à Aldomovar, Nolan, Alllen même et tant d’autres), il est quand même incroyable de voir qu’un metteur en scène qui a révolutionné le cinéma à plusieurs reprises, qui sait à se point allier défis techniques et aventures humaines soit toujours considéré comme un vulgaire faiseur. 

 

Pourtant on retrouve dans The Walk l’essence évanescente de Forest Gump (pour le monologue notamment), la comédie de La mort vous va si bien (la loufoquerie des complices permet un ton léger dans une entreprise où le personnage principal risque quand même la mort) et bien entendu la perfection visuel de tous ses films. Refaire les tours jumelles était devenu une véritable obsession pour lui et on à peine à croire que ce monde a disparu le 11 septembre. Mais Zemeckis ne joue même jamais sur cette fibre nostalgique et finalement facile. Le New York décrit dans le film est bien celui de 1974 et la traversée a bien lieu dans le Manhattan de cette époque. Pour être allé à Ground Zero, j’ai ressenti un sentiment confus en voyant recréer sur un écran ce qui fut l’une des perles de Big Apple et dont la destruction par des fanatiques reste un drame humain mais aussi une atteinte contre notre civilisation.

 

Le cinéaste rend hommage aux 2 tours, toujours avec l’envers du décor  : on y verra les travaux, les sous-sols, les ascenseurs de service, le toit, mais jamais les bureaux ou les luxueux intérieurs. On est vraiment plongé au coeur du squelette des bâtiments, que l’on visite non pas en touriste mais bel et bien en spectateurs privilégiés. Nul doute que la somme de travail pour recréer ce monde a été énorme. Il est d’ailleurs dommage que les bonus n’insistent pas assez sur ce point. Mais c’est sans doute parce que Zemeckis s’intéressait avant tout à l’homme et non à la technique.

 

Un plan cependant résume toute la poésie du fil. Quand le brouillard présent en haut de la tour s’estompe au moment où Philippe met son 2e pied sur le fil et entame sa traversée. La plénitude est alors atteinte et, même si l’on sait que l’histoire se terminera bien, on commence alors à trembler.

 

L’autre idée géniale est d’avoir fait de The Walk un film de casse à la Ocean’s Eleven. Tous les ingrédients y sont : le recrutement d’une équipe de bras cassé (avec en prime des acteurs français et américains vraiment fendants), le cerveau qui organise, le mentor qui regarde cela de loin, les aléas de l’histoire avec ses solutions à trouver à la dernière minute. Cela ne serait pas une histoire vraie, on pourrait même penser que les scénaristes ont exagéré. 

 

The Walk est donc un nouveau sommet dans la très riche carrière de Robert Zemeckis qui s’est affranchi depuis des années déjà de l’étiquette d’un disciple doué de Spielberg. Il a atteint il y a 22 ans l’autonomie avec Forrest Gump et depuis n’a eu de cesse que de creuser son propre sillon. Après Contact et Flight, ses deux derniers films « live », il ajoute donc une pierre magnifique à son édifice.

 

Peut-être qu’un jour la critique se rendra compte qu’elle a affaire à un cinéaste exceptionnel. En attendant, il faut impérativement se rattraper en vidéo. Car même sans 3D, le film est d’une beauté sans pareille, une ode à la persévérance, l’amour et l’amitié, le dépassement de soi, bref un résumé parfait de la carrière d’un homme qui a dédié sa vie au cinéma.

 

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 09:26
Cloud Atlas (**** 1/2*)

Le ptich : A travers 6 périodes séparées de plusieurs siècles, le destin de personnages dont chaque action influe sur leur alter égo passé ou futur.

 

Tiré d’un roman de SF peu connu en France (Cartographie du ciel), le film des désormais soeurs Wachowski contient, en creux, toutes leurs idées, qu’elles soient cinématographiques, sociétales ou philosophiques.

 

Depuis leur début, les deux cinéastes n’ont eu de cesse de montrer un monde où le faux-semblant est la règle. Que la Terre soit en fait sous la domination de machines et l’humanité vivant dans une réalité virtuelle (Matrix) ou que la forme cinématographique fasse l’objet de trucage sur chaque plan (Speed Racer, Jupiter Ascending), la réalité n’est jamais ce qu’elle doit être chez les Wachowski. Dans Cloud Atlas, le mélange des époques, mais surtout l’utilisation des mêmes acteurs, maquillés selon le moment de l’histoire (un point qui fut très critiqué, mais qui est l’essence même de l’histoire, permettant de relier justement chaque personnage à ses alter-égo) donne l’impression que ce que l’on voit ne correspond pas vraiment à ce que l’on pense être. L’utilisation d’effets visuels grandioses (la marque de fabrique du duo), notamment dans la reconstitution de New Séoul ou de la Terre dévastée du dernier segment temporel participe également de cette impression. Dans Cloud Atlas, que l’on soit au 19eme siècle, dans les années 70 , 2010 ou le futur, c’est bien une réalité fantasmée qui est dépeinte. Paradoxalement, le souci de réalisme du duo est forcément entamée par la réalité. Il suffit de comparer le San Francisco des années 70 tel que recréer par le film et les long-métrages tournées durant cette décennie aux USA et dans cette ville pour s’apercevoir que les images présentent une vision « idéale » de la ville. Le choix de San Francisco n’est d’ailleurs pas innocent tant cette ville est le berceau du combat des homosexuels américains, mais aussi du mouvement hippie.

 

L’autre grand thème du duo est la lutte contre un ennemi implacable, invisible et omniprésent. Le choix d’Hugo Weaving qui symbolise dans toutes les époques du film le danger et l’oppression est évidemment dicté par son rôle de l’agent Smith dans Matrix. Ici, il sera tour à tour un tueur à gage, une infirmière sadique, le visage de l’oppression en Corée ou la conscience maléfique de Tom Hanks dans le futur le plus lointain. Et chaque époque verra ses combattants qui luttent contre cette menace. A petite échelle (l’esclave noir du segment du XIXe siècle, le duo journaliste-homme d’action des années 70) ou grande échelle (la résistance de New Séoul), ceux qui s’opposent à la « matrice » découvrent peu à peu une autre réalité. On leur ôte leurs illusions , on enlève le mensonge devant leurs yeux (le segment de New Séoul reprend une grande partie de Matrix, citant même la trilogie dans le discours que tient le symbole nouveau de la résistance) et si échec il y a, il ne peut être que provisoire.

 

Ce qui est sûr, c’est que chaque époque a ses héros et ses vilains. Hugh Grant est d’ailleurs étonnant dans un double rôle de crapule

 

Mais Cloud Atlas ne se limite pas à des interprétations toutes simples. Ainsi, Tom Hanks partagera ses rôles entre les « méchants » (le XIXe siècle, les années 30, les années 2010) et les « gentils » (les années 70, le futur). Halle Berry, elle, est la version lumineuse d’Hugo Weaving : elle est du bon côté, mais elle va soit diriger l’action (les années 70) soit la subir quelque peu (le futur). Tous les autres personnages, parfois totalement méconnaissables sous leur maquillage (le travail à ce sujet est incroyable) naviguent entre les tourments, les qualités, les défauts de leur personnage selon les époque. Cloud Atlas aligne donc un compositeur vénal exploitant sans vergogne le talent d’un jeune homme dont il ruinera la carrière, un médecin pour qui la quête d’aventure lui fera ouvrir les yeux sur la réalité de l’esclavage, une journaliste qui va comprendre que les lobbys dirigent l’Amérique, un éditeur pas très courageux qui va devoir prendre son destin en main après qu’on l’ait enfermé dans une maison de retraite, une jeune femme créé génétiquement qui, tel Néo, prendra conscience que sa vie n’est qu’une farce et enfin un homme survivant sur une Terre revenue à la barbarie.

 

Tous ces destins s’emmêlent, chaque segment répond à l’autre grâce à un montage proprement prodigieux, souvent lié par la lecture d’une lettre ou les réflexions d’un personnage. Si l’on a parfois l’impression d’être perdu (le film est clairement à voir plusieurs fois pour en saisir toutes les nuances), la dernière partie donnera une bonne partie des clés. Pas toute évidemment, les Wachovski estimant que le public est assez intelligent pour combler les trous de leur narration.

 

Enfin, Cloud Atlas est un manifeste clair des orientations sexuelles du duo. On se rappelle que leur premier film , Bound, traitait de deux lesbiennes. Ici, c’est la passion amoureuse de deux hommes qui va être le film conducteur d’une partie de l’histoire. L’usage de travestissement (Hugo Weaving en femme, mais aussi Halle Berry en jeune garçon) fait finalement partie du destin des frères devenues soeurs par la chirurgie. Les Wachovski filment cependant des scènes d’amour hétérosexuels (c’était déjà le cas dans Matrix) et ne portent aucun jugement sur les différentes orientations de chacun. Leur vie se confond avec leurs films mais ce ne sont pas des brûlots politiques. Les idées du duo y sont présentes, mais jamais assénées. 

 

Que l’on soit d’accord ou pas avec le fait que des personnes changent de sexe (personnellement, j’estime que chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps et que si un homme se sent plus vivant étant femme, et vice-versa, nul ne peut s’opposer à ce qu’il aille au bout de son destin), la transformation physique des 2 frères va de paire avec leur cinéma. Car le thème de la renaissance était présent dès Matrix. Le succès mondial de la trilogie leur a donné les moyens de faire des films encore plus personnels, que certains jugeront hermétiques, d’une richesse visuelle incroyable (peut être trop car, comme dans Jupiter Ascending, il faut plusieurs visions pour en apprécier tous les détails, d’autant que Cloud Atlas est très long) et où le duo n’hésite pas à briser les tabous. Mais sans jamais se poser en dictateur. Après tout, chacune de leur histoire traite de la lutte contre l’oppression et il serait malvenue qu’ils (elles) deviennent à leur tour des censeurs !!

 

Il est évident qu’entrer dans un tel film demande un gros effort. La première demie-heure qui présente toutes les époques donne le tournis. Puis petit à petit, le puzzle se met en place, d’autant plus que le script a l’audace supplémentaire d’utiliser des flashbacks. Exigeant du spectateur une concentration de tous les instants, il est remarquable de voir que le film a été en fait tourné par 3 réalisateurs, Lana et Andy Wachowski bien sûr, mais aussi Tom Tykwer (qui réalise les segments des années 30, 70 et 2012) sans que l’on voie une différence de style. Le soin apporté aux images, aux effets visuels, au montage, à la musique et aux détails (énormément d’objets, de phrases ou la fameuse marque en forme d’étoile sont communs à tous les segments) permettent de donner une unité de ton formidable. Tykwer s’est aussi occupé de la musique, élément essentiel du segment des années 30 et qui donne d’ailleurs son titre au film.

 

Les 130 millions récoltés de par le monde (pour un budget de 100, dont 7 qui furent apportés directement par les Wachowski)) ne rendent évidemment pas justice à Cloud Atlas. En France, ce ne sont que 439 000 personnes qui se sont déplacés. Le montage financier complexe(plusieurs investisseurs ont mis la main à la poche, rassurés d’ailleurs par la présence de Tom Hanks), en dehors des studios (la Warner ne fera que le distribuer) et la sortie vidéo a sans doute limité la casse, mais il est clair que l’échec en salle du film, qui précédait les résultats mitigés de Jupiter Ascending ont écorné la stature du duo.

 

Mais qu’importe. Quand on regarde la filmographie de Wachowski, on ne peut qu’être étourdi par leur volonté de proposer autre chose que des blockbusters « classiques » ! Leur amour du cinéma et de l’image, leur jusqu’au boutisme et leur refus de se soumettre, comme leurs héros, à la dictature des studios, des exécutifs, du public même leur permet de construire une oeuvre riche, incroyable, intelligente. 

On peut détester Cloud Atlas, mais on ne peut pas lui dénier son ambition. Or, je serai toujours du côté des ambitieux dans le domaine du cinéma.

 

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 22:44
12 years a slave (****)

Le pitch : Salomon est un afro-américain libre du nord des USA. Mais dupé par deux escroc, il va se retrouver vendu comme esclave. Passant de propriétaires en propriétaires, il va découvrir de l’esclavage avant de retrouver la liberté au bout de 12 ans.

 

Passé quelque peu inaperçu en France, 12 years a slave a connu un succès public mondial plutôt important. Il est vrai que le roman dont il est tiré fut un best seller dans le monde anglo-saxon et que son sujet, l’esclavage, même s’il a touché (et touche encore parfois) toute les parties du monde, est ici plus axé sur celui des Noirs dans une Amérique qui n’avait pas encore connue la guerre de Sécession.

 

Mais il n’est pas nécessaire de connaître l’histoire américaine pour apprécier ce film de Steve McQueen (non, cela n’a rien à voir avec l’acteur vedette de La tour infernale, Bullit ou Les 7 mercenaires), brillamment interprété (impeccables Chiwettel Ejiofo et Michael Fassbender), brillamment mis en scène et dont l’histoire, un brin académique, se révèle passionnante.

 

D’un point de vue historique 12 years a slave permet de lever une voile sur un aspect peu connu de l’Amérique, à savoir l’existence d’une petite bourgeoisie noiredans le nord du pays au XIXe siècle. Roland Emmerich avait déjà montré l’existence de petite communauté noire indépendant dans l’Amérique anglaise précédent la guerre d’indépendance. Ce point montre comment l’histoire américaine est mal connue en France et que beaucoup d’aspects nous échappe. C’est également une occasion de voir que cette société est bien complexe que ceux que l’on veut bien nous faire croire. 

 

Ainsi, Salomon est instruit, lettré et vit comme n’importe quel Américain, bien loin de l’image « classique » connue en Europe et qui fut véhiculée durant des décennies par le cinéma américain. Le contraste avec le sort qu’il va subir dans le Sud sera le leitmotiv du film. Sa descente aux enfers de l’esclavage (notamment quand il reçoit le fouet), la rapide dégradation de sa condition vont vite accompagner son existence désormais misérable. Trimballé pendant 12 ans d’un propriétaire à l’autre, connaissant si peu de mansuétude, méprisé par tous, y compris parfois par ses « frères », Salomon n’abdiquera cependant jamais, même si la prudence va le conduire à cacher les qualités et connaissances qu’il avait acquises quand il était libre.

 

Pour originale que soit l’histoire, elle n’en contient pas moins quelques clichés, notamment dans sa construction, un peu alambiquée au départ (des flashbacks inutiles là où un déroulement linéaire aurait donné plus de force). Mais ce ne sont que détails tant la force de l’histoire prend aux tripes et engendre un légitime dégoût des pratiques esclavagistes. 

 

La reconstitution d’une Amérique finalement peu connue, tellement nous sommes habitués aux grands paysages des western, est évidemment une des forces du film. Ce Sud besogneux, pauvre (par rapport à un Nord industrialisé et bien plus riche) apparaît paradoxalement baigné d’une lumière superbe et d’une grande beauté. La verrue esclavagiste ne parvient pas à l’enlaidir totalement et le travail sur les cadrages et les décors contraste donc avec la dureté de l’histoire. Qui plus est, la mise en scène plutôt académique ne cherche jamais l’esbroufe ou le pathos simpliste. Au contraire, elle se met au service de son histoire : inutile d’en rajouter dans l’horreur.

 

Cerise sur le gâteau, 12 years a slave offre à Brad Pitt un excellent second rôle (mais essentiel) comme l’acteur semble désormais les affectionner. C’est lui qui offrira la chance à Salomon d’échapper à ce cauchemar. Il sera, finalement, le seul blanc à tendre la main à ce malheureux, fidèle à ses idées religieuses qui estiment que l’esclavage est une abomination et que personne ne doit être la propriété d’un autre.

 

Avec toutes ces qualités, 12 years a slave est donc un excellent film qui ravira tant celui qui s’intéresse à l’histoire américaine qu’à celui qui apprécie les bonnes histoires. Sans être un chef d’oeuvre du genre (je trouve personnellement qu’Amistad allait plus loin sur le sujet), le film trouvera sa place dans toute vidéothèque qui se respecte et sera le point de départ idéal pour creuser une période dont personne ne sort grandi.

 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 06:37
Taken 3 (*** 1/2*)

Le pitch : après avoir sauvé sa fille à Paris et échappé une terrible vengeance à Istambul, Bryan Mills va se trouver confronté à la mort de son ex-femme. Problème : tout le désigne comme coupable. Habitué à traquer ses proies, Mills va devenir le chassé.

 

Le danger qui guette toute franchise est la répétition. Dans les années 80, quand les séquelles sont devenues la norme, c’était d’ailleurs un des reproches que l’on pouvait faire. De nombreux succès voyaient leurs séquelles n’être qu’une simple redite, avec quelques aménagements, mais guère plus. Pour un Retour vers le Futur 2 qui proposait une histoire très différente, combien de Maman j’ai sauvé l’avion 2 qui se contentait de raconter la même histoire en changeant juste le lieu ?

 

L’arrivée en masse des films pensés comme des trilogies a changé la donne. Désormais, une histoire peut se raconter en plusieurs fois. Ce procédé peut parfois se retourner contre le film lui même, surtout si le succès n’est pas au rendez vous. Des années après leurs sorties, Jumper, Eragon ou La boussole d’or n’ont toujours pas connu leur conclusion, malgré des fins très ouvertes.

 

Pour Taken, Luc Besson a opté pour une solution médiane. On garde la même structure (un homme seul contre une organisation qui s’en prend à sa famille), mais on change le lieux, la personne en danger, la nature de la menace… Chaque film pourrait être vu de manière indépendante d’ailleurs. 

 

Ce troisième épisode ne déroge pas à cette règle, mais en y ajoutant un inspecteur de police dont l’intelligence est supérieure à celle de ces collègues, le scénario donne plus de corps à ce jeu de chat et de souris. Cependant, le procédé n’est pas nouveau : dans les années 60, cela a donné la série Le fugitif, brillamment remaké en 1993 avec Harrison Ford et dont la séquelle, US Marshall, parvenait aussi à prendre le concept à l’envers, le héros devenant le chasseur du premier film.

 

Ici, Brian Mills se trouve donc confronté à la police de son pays (alors que les autres films se passaient en France et en Turquie), mais il a toujours un coup d’avance sur elle. Dans Taken 1, il cherchait, dans Taken 2, il devait se sauver soi même. Dans celui-ci, il doit à la fois se justifier et trouver les coupables de la mort de sa femme. Il est d’ailleurs un peu dommage que le scénario dévoile trop vite le véritable instigateur de l’assassinat. 

 

Comme il aurait été surprenant qu’il doive à nouveau faire cavalier seul, Mills fait équipe à son équipe d’amis. Il reste bien évidemment le héros du film, mais subtilement, les tierces rôles prennent plus d’importance. Après tout, un 4e film basé sur l’équipe de Miles serait tout à fait possible. Cette astuce scénaristique permet de justifier qu’il dispose de moyens supplémentaires pour échapper à la police américaine.

 

Au delà de l’histoire, bien ficelée, nous pouvons analyser la mise en scène. Olivier Megaton a pris le relais de Pierre Morel et, même si certaines scènes sont sur-découpées (un exemple : l’explosion de la voiture de Mills est filmée sous tellement d’angles différents qu’on a l’impression que plusieurs sont détruites), le style est toujours aussi nerveux. Les bagarres à mains nues passent toujours aussi bien à l’écran et les voir se dérouler dans un milieu urbain différent des épisodes 1 et 2 permet à Megaton de tenter une autre approche. Ainsi, le gunfight dans le magasin d’alcool est sans cesse relancé par des jeux de miroir.

 

Bien entendu, certains pourront s’agacer de quelques plans aériens superflus. Ils permettent cependant de donner à Los Angeles un cachet certain. La skyline de cette ville étant plutôt réduite (rien à voir avec celle de New York ou Chicago), les vues des différents building permet de savoir immédiatement où l’on se trouve. Cependant, il ne faudrait pas qu’Olivier Megaton abuse de ces plans « à l’esbrouffe » dans le futur. Ici, le sujet s’y prête, mais cela ne sera pas forcément tout le temps le cas.

 

En intégrant Forest Whitaker à ce jeu de cache-cache, la franchise gagne un autre grand acteur qui semble ravi de participer au film. Là aussi, on pose peut être des jalons pour une autre direction de la franchise. Liam Neeson a déclaré qu’il ne reprendrait pas le rôle, mais un film avec Whitaker traquant de véritables criminels pourrait être tout à fait possible.

 

Le gros défaut du film réside tout de même dans ses personnages féminins. Si la fille et la femme de Mills avaient réussi à gagner une certaine épaisseur et surtout dépasser leur rôle de victime dans Taken 2, ici, elles redeviennent de simples silhouette. Famke Janssen meurt dans les premières minutes, Maggie Grace, malgré une tentative du scénario à la faire participer à l’action, est somme toute très passive. Rien d’étonnant alors que sa meilleure scène soit celle où elle fait face à la police.

 

Bien rythmé (on ne s’ennuie pas une seule seconde), plutôt bien filmé, avec de bons rebondissements, ce 3e épisode ne décevra pas les fans de la série. Cependant, si on le compare avec Non Stop, toujours avec Neeson (un film où le suspens est bien plus présent), on peut quand même dire que la franchise marque le pas. Taken 3 n’a d’ailleurs pas passé la barre des 100 millions aux USA, preuve que le public a été quelque peu déçu.

 

Attention donc à Europacorps de ne pas faire l’épisode de trop.

 

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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 12:00
Ennemi d'état (****)

Le pitch : ayant récupéré par hasard un document impliquant un membre de la NSA dans le meurtre d’un sénateur, un avocat va se trouver plonger dans un monde où la surveillance est omniprésente.

 

Revoir l’un des meilleurs films de Tony Scott plus de 15 ans après sa sortie montre combien le cinéma peut anticiper sur notre futur là où ne l’attend pas. Car, si en 1999, le monde d’avant le 11 septembre n’était pas aussi paranoïaque que le notre, il n’en n’avait pas moins semé quelques graines concernant les menaces sur les libertés individuelles.

 

En effet, dans Ennemi d’Etat, les « méchants »  (excellent John Voight) travaillent sous pavillon gouvernemental et sont persuadés de leur droit, à savoir surveiller tout le monde au cas où un futur terroriste se trouverait dans cette nasse. C’est tout à fait la doctrine des années Clinton, avec la mise en place du programme Echelon, que l’on qualifia de Grandes oreilles de l’Amérique, à savoir une surveillance des télécommunications, des emails, des échanges entre particulier, société, nation. Malheureusement, cette débauche technologique ne permit pas d’éviter le 11 septembre. Ou plutôt, les renseignements trouvés qui auraient pu éviter ce drame ne furent pas mis en lien les uns avec les autres.  

 

Tony Scott filme donc, avec son efficacité habituelle, un monde où les agences gouvernementales espionnent ses con-concitoyens sans aucune vergogne. Mais ce n’est pas assez pour l’un des chefs de la NSA. Il lui en fait plus , un contrôle encore plus serré, une surveillance plus accrue. Et si le script ne prétend pas partir dans une direction style « Les dossiers de l’écran », il aborde tout de même les différents points de vue : Will Smith est au départ indifférent, ne voyant pas le mal à être écouté vu « qu’il n’a pas l’intention de poser des bombes », sa femme est totalement opposée et y voit un procédé fasciste, tout comme le sénateur assassiné au début du film (pour lui, c’est la liberté qui est menacée) alors que le patron de la NSA et ses employés y voient un rempart indispensable contre  tous les ennemis de l’Amérique.

Comme souvent, le héros va vite changer d’avis. Quand sa vie tournera au cauchemar, que ses secrets seront exposés en place publique et que le piège commencera à se reformer, il va comprendre que la vie privée vaut le coup d’être protégée et que rapidement, on peut devenir un coupable. Ironiquement, sa femme qui refusait tout contrôle acceptera très rapidement toutes les accusations de la presse.

 

La première partie du film met donc en place les différents évènements qui, mal interprétés par la NSA, vont fournir une base idéal pour accuser Smith. Ces éléments permettront également la conclusion du film, le scénario étant suffisamment diabolique pour prendre des faits entrevus au début de l’histoire et qui, à priori, n’ont pas de rapport avec, et les ressortir à la fin. Ainsi les rapports de Smith avec la mafia, sources de ses ennuis avec la NSA, seront sa planche de salut.

 

Mais c’est dans sa 2e partie que l’histoire devient encore plus passionnante avec l’arrivée de Gene Hackman. Il est d'ailleurs amusant de voir que dans l'un de ses premiers films, Conversations secrètes, il jouait un spécialiste des écoutes. Une référence qui n'a sans doute pas échappé à Tony Scott. Son arrivée dans le film est d’ailleurs très furtive, une brève apparition en voiture. Hakcman interprète la classique figure de l’initiateur qui va permettre à Smith de survivre dans un monde qu’il ne connait pas. Ancien espion, Hackman a quitté cet univers en en connaissant tous les secrets. L’action devient plus spectaculaire, les enjeux plus grands et la toile d’araignée tissée autour de Smith se desserre peu à peu, jusqu’à la conclusion finale.

 

Tony Scott a , comme son frère, un talent inné pour aborder efficacement ses sujets. Et même s’il n’a réalisé que des films contemporains, laissant à son aîné le loisir d’explorer le passé et le futur, il connait parfaitement sa grammaire cinématographique. Ici, il se sert de séquences très brèves , mais toujours lisibles et utilise à merveille toutes les possibilités d’images présentes dans  nos sociétés : caméras de surveillance, écrans informatiques et autres, les intégrant à sa narration et à sa façon de filmer. Le résultat ? couplé à un montage nerveux, les 120 minutes et quelques passent comme un éclair et cette plongée. Tony Scott aura été un réalisateur sous-estimé, mais si les critiques pouvaient se poser au moins sur ce film, il verrait qu’au delà du « faiseur de série B », on a un véritable auteur , un cinéaste majeur dont le seul « crime » fut peut être d’avoir eu un frère qui l’était encore plus.

 

Ironiquement, Ennemis d’Etat , film condamnant une certaine technologie, sera le dernier long métrage à sortir en Laserdisc Pal en France. Tué par le DVD, ce merveilleux support signait ici un chant du cygne exceptionnelle , avec une qualité d’image et de son époustouflante. C’est d’ailleurs à partir des 3 faces de mon LD que je rédige cette chronique.

 

En conclusion, Ennemis d’Etat est clairement un des sommets de la filmographie de Tony Scott, à ranger aux côtés des Prédateurs, du Dernier samaritain, USS Alabama ou de Déjà Vu. Il serait d’ailleurs temps que les historiens du cinéma se penche enfin et sérieusement sur son travail. Puisse cette modeste chronique être un point de départ !

 

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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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