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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 18:04

 

Le pitch : La vie d’une légende de l’ouest, tour à tour écorcheur, conducteur de diligence mais surtout shérif….

 

Bénies soit les années 90 : elles permirent la résurrection d’un genre qui fit la gloire du cinéma d’Hollywood à savoir le western. Et offrirent 3 chefs d’œuvre. Si Danse avec les loups et Impitoyable sont reconnus comme tel, Wyatt Earp du grand Lawrence Kasdan ne l’a jamais été. Pourtant, il se hisse sans souci à la hauteur de ses deux illustres prédécesseurs.

 

À la base du film, on retrouve Kevin Costner. L’homme sortait de deux années triomphales marquées par Danse avec les Loups, Robin des bois et Bodygard. Et même si l’excellent Un monde parfait, qui marquait sa rencontre avec Clint Eastwood, n’eut pas le succès escompté aux USA (31 millions de recettes, mais 104 tout de même dans le reste du monde), l’annonce de Wyatt Earp ne pouvait que réjouir le cinéphile.

 

Hélas, à l’arrivée, ce film extraordinaire de 3H00 fut démonté par une grosse partie de la critique et quasiment personne ne se déplaça (25 millions de recettes US pour 63 de budget). En France, il ne resta que 3 semaines à l’affiche et je ne le découvris qu’en Laserdisc un an plus tard. Et pourtant…

 

Et pourtant, Kasdan et Costner prouvent par A+B que l’on peut faire un biopic en l’articulant sur une scène centrale (le fameux règlement de compte à OK Coral) et en suivant un personnage finalement pas si sympathique que cela. Car le Wyatt Earp décrit dans le film n’est pas vraiment le cow-boy idéalisé dans l’imaginaire collectif. Cela a sans doute desservi sa carrière d’ailleurs, car le public n’aime pas trop les personnages gris.

 

En fait, le scénario fait le pari risqué de ne pas cacher les failles du personnage et de le suivre depuis l’enfance. Et à travers une succession de scènes (magnifiquement cadrées et filmées), l’histoire de cet homme meurtri à l’aube de sa vie d’adulte se déroule pour atteindre le climax promis au tout début.

 

Car si Earp est fidèle en amitié et droit, la rigidité de ses principes va petit à petit écarter de sa route une partie de sa famille, sa 2e femme et certains de ses amis. Il n’admet pas que l’on puisse penser autrement et fait passer ses idées avant tout. Et cela, le scénario ne l’élude à aucun moment. Et même si la scène de la mort de sa première femme « excuse » un peu cette attitude, Costner ne cherche à aucun moment à rendre son personnage sympathique ou faussement héroïque. Il aurait été facile de la jouer à la John Wayne. Mais il est clair que le pessimisme du film en aurait pâti.

 

À grand film, grand casting. Les acteurs, Costner en tête, sont absolument époustouflants. Dennis Quaid n’a sans doute jamais eu un tel rôle (et Doc Holliday n’a jamais été crédible dans un western), Bill Pullman montrait déjà les qualités qui exploseront dans ID4 et Gene Hackman est parfait dans son rôle de patriarche inflexible, mais qui donnera sa chance à son fils après que ce dernier ait volé un cheval (un crime énorme dans l’ouest). Les seconds rôles sont également au diapason et chacun apporte sa pierre à l’édifice.

 

En fait, c’est plus une fresque qu’un film. Kasdan balaye toute une histoire de l’Ouest, le montre tour à tour sauvage et envoûtant, tenté par la civilisation (la mise en place du chemin de fer) mais regardant vers un monde sans loi. Et Earp est le témoin de cette évolution. Sauf que cette évolution se fera avec lui. Ou plutôt grâce à lui : protecteur inflexible de la loi (sa loi ?), Wyatt Earp entraîne tout son monde avec lui, façonne l’Ouest sauvage et atteint finalement son crépuscule en devenant une légende, même si l’on comprend que certaines histoires ont été exagérées. Et pour cela, il fallait embrasser l’histoire, ne pas se contenter d’anecdotes, laisser le souffle de l’épopée se dérouler sur 3 heures. Cela, Kasdan l’a totalement compris ! Et implacablement appliqué ! Ses références sont ultra classiques (John Ford aurait tourné ce film sans doute de la même façon) et à aucun moment, il ne cherche à se faire plus grand que son film. Il choisit au contraire de le servir. Et entraîne Costner avec lui. Costner qui avait déjà tourné pour lui Silverado (encore un western à redécouvrir). Costner qu’il avait retrouvé sur Bodyguard (il en a écrit le scénario). Il était donc inévitable que les deux hommes rendent ensemble hommage à une Amérique mythique, celle des pionniers, celle de la conquête parfois violente et de la marche vers la modernité.

 

A cette perfection de l’histoire (aucun temps morts !!) s’ajoute une reconstitution maniaque de l’Ouest américain avec une débauche de décors, de costumes, de lieux que l’on voit rarement au cinéma (les cours de justice, l’intérieur des maisons, les maisons de jeu) et d’autres ultra-connus comme le saloon ou la fameuse Main Street. Le film joue également sur le cassage en règle de certains clichés : les duels sont imprécis, les blessures sont sales et font mal, on n’hésite pas à tirer dans le dos et dans cet océan de lâcheté surnage la figure de Wyatt Earp, un homme qui ira au bout de son idéal de justice, quitte à tout perdre en route.

 

Et que dire de la musique, extraordinaire et qui porte le film, qui accentue les scènes sans jamais les surcharger. Non décidément, Wyatt Earp est une réussite de  A à Z !

 

Que Wyatt Earp n’ait pas été compris (je n’ai lu qu’une seule bonne critique à sa sortie dans Impact) et qu’il ait aujourd’hui oublié n’a aucune importance. Le cinéma se nourrit aussi de ces films maudits, rejetés, mais qui en sont l’essence. Car Wyatt Earp est un film fait pour le grand, le très grand écran. La scène d’ouverture où un tout jeune Wyatt tente d’échapper à son père a été créée pour le cinémascope et Kasdan l’a sublimé.

 

Si par hasard vous tombez sur ce film, achetez le, regardez le, enregistrez le. Vous vous demanderez ensuite pourquoi vous ne l’avez pas fait plus tôt.

Wyatt Earp (*****)

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Published by Dave - dans Beaux Echecs
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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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