Le pitch : un
gamin, Nicolas, écolier moyen, croit savoir que sa maman attend un heureux événement et redoute que ses parents ne l’abandonnent alors dans la forêt.
À l’origine, il y a bien sûr les livres de Sempé et Gosciny, une série de petits recueils composés d’historiettes d’une dizaine de
pages. Chaque histoire présente une aventure de Nicolas et ses copains, une aventure qui paraît banale à un adulte, mais qui est forcément extraordinaire pour de petits yeux.
Le petit Nicolas permettait à la fois de dépeindre la société des années 60 et son microcosme scolaire. Certes, les histoires peuvent
avoir l’air vieillottes pour des gamins des années 2000 habitués au Playstation ou au MP3, mais cela a peu d’importance, car finalement les préoccupations de Nicolas et ses copains sont assez
proches de ceux des enfants modernes. En croquant une galerie de portraits incomparables (le gros mangeur, le chouchou, le cancre, le fils de riche…), Sempé et Gosciny offrent alors un terreau
fertile pour toute adaptation future.
Qu’en est-il au cinéma ? allait-on respecter le caractère posé des histoires ou allait-on moderniser le thème ? En s’ancrant
dans les années 50-60, le script rend un premier hommage au travail des créateurs. Certes, j’ai pu lire quelques critiques reprochant au film d’être trop policé, mais qu’aurait-on pensé si
Nicolas et ses copains avaient parlé verlan ou auraient balancé des insanités du début à la fin ?
Effectivement, le film est une adaptation dite « sage » du livre. Pouvait-il en être autrement ? Les livres aussi sont
sages, si on les compare aux standards de notre époque. Ce n’était pas le cas dans les années 60 débutantes !! Il aurait été facile de faire un Petit Nicolas moderne, mais quel en aurait été
l’intérêt ? Un film comme Moi, César l’a déjà fait (l’analogie est criante, même si la galerie de personnages est bien moins grande). En restant aux sources de l’histoire et à sa base, le
réalisateur fait plus que respecter son matériel. Il respecte également le public. Après tout, ils sont devenus rares les films français où l’on peut emmener sa progéniture sans craindre de
devoir lui fermer les yeux ou lui boucher les oreilles. Ici rien de tout cela : c’est bon enfant, bien filmé, bien joué et bien rythmé. J’émettrais juste une grosse réserve pour Valérie
Lemercier, qui n’a pas grand-chose à voir la maman de Nicolas dans les romans. Elle joue ici à la limite de l’hystérie et prouve, encore une fois à mon humble avis, que son « talent »
est très largement surestimé. Au moins nous évite-elle ces sempiternelles plaisanteries scatologiques.
Si le reste du casting adulte est bien mené (Kad Merhad trouvant ici un nouveau succès populaire, François-Xavier Demaison rend bien
la bêtise du Bouillon, Sandrine Kimberlain est merveilleuse en maîtresse légèrement dépassée) et si on apprécie le petit clin d’œil de Gérard Jugnot, les vraies vedettes du film sont bien les
enfants. Et là, pas de problèmes : ils sont criants de vérités, frais et l’on sent une vraie bon humeur derrière et devant la caméra. L’alchimie fonctionne parfaitement, les gags bien
amenés sont décuplés par le jeu des gamins. Nicolas, présent quasiment tout le temps à l’écran, obtient des dialogues franchement hilarants, et ses réflexions s’accompagnent souvent de séquences
oniriques très bien venues (ses hésitations devant Marie-Edwige). Les autres enfants ne sont pas en reste, Agnan hérite même de deux séquences oniriques très réussies.
Bon casting, univers respecté, mais qu’en est-il de l’histoire ? Les romans étant composés d’historiettes, il a donc fallu
trouver un liant pour en faire un long-métrage. Le pitch de la grossesse supposée de la maman permet donc de relier les différents sketches du film. Ainsi, catastrophé, Nicolas veut reconquérir
l’amour de ses parents, puis faire disparaître le futur bébé. Autre piste, la volonté du papa d’obtenir une promotion à son travail apparaît finalement comme secondaire, même si la scène du repas
avec Daniel Prévost est plutôt réussie. Mais cette intrigue éloigne les enfants de l’histoire. C’est un petit point faible du film qu’il faudrait corriger si une séquelle est tournée : quand
l’histoire s’éloigne des enfants, elle devient moins intéressante.
Mais pour le reste, le rythme est suffisamment soutenu et les lecteurs des romans auront reconnu la visite du ministre, la remplaçante
de la maîtresse, la potion magique ou les mésaventures de Clotaire. Après tout, les histoires sont dans les livres. Pourquoi s’en priver ?
Sans être un monument du film enfantin, Le Petit Nicolas dispose de suffisamment d’atouts pour séduire un large public. Jamais
hystérique, jamais vulgaire, il peut donc être vu par tous et mérite amplement son succès populaire. Quant aux critiques qui le trouvent trop « sage », qu’ils aillent donc voir
ailleurs.