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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 08:37
Ben Hur - 2015 (***1/2*)

Le pitch : Accusé d'un crime de lèse majesté envers l'occupant romain, Judas Ben Hur est envoyé aux galères par son ami d'enfance , Messala. Il parviendra à revenir à Jérusalem pour assouvir sa vengeance, même si sa rencontre avec un jeune charpentier va radicalement changer sa vie.

 

Disons le tout de suite, en admirateur du classique de William Wyler, j'attendais avec une très grande apréhension ce remake. Les très mauvais résultats US ne laissaient rien présager de bon non plus et on pouvait même craindre de se retrouver devant l'un des pires films de l'année.

 

Et pour être tout à fait honnête, étant coincé à Nancy durant une soirée, c'était le seul film qui rentrait dans mon créneau. Au pire, je n'aurai perdu que 2 heures et quelques.

 

Surprise ! Ce Ben Hur est loin d'être la catastrophe annoncée, bien au contraire. Bien entendu, il ne peut pas faire oublier la prestation de Charlton Heston ou le mysticisme de la version de 1959. Impossible non plus de faire la comparaison avec les incroyables scènes de foules et la course de char de l'original. Mais justement, Timur Bekamentov a choisi une direction différente et, même si la fameuse course (très bien filmée) apparait dès le départ du film avant que celui ci ne reparte dans un long flashback, il ne cherche pas à enterrer le classique (qui était lui même un remake d'un muet de 1925, visible sur l'édition collector Blu-ray sorti il y a quelques années) via une mise en scène "moderne" ou des effets visuels à gogo.

 

On peut même dire qu'il calme sa façon de filmer pour se mettre au service de l'histoire et non l'inverse. On a bien affaire à une nouvelle interprétation d'un roman (quelque peu indigeste) écrit il y a plus d'un siècle et pas seulement un remake de plus.

 

D'autant plus que Bekamentov adopte certains paris  audacieux comme  la bataille navale, quasiment entièrement filmée du point de vue de Ben Hur enchaîné à son banc de rameurs. A la place de majesteux plans larges numériques, on vit donc la confrontation comme le vivait l'esclave ou les sans grades de la marine romaine. Il fallait oser, mais ainsi, la bataille n'en devient que plus brutale.

 

Evidemment, comme tout peplum récent, Ben Hur se fonde sur un gros travail de reconstitution historique, bien éloigné des images d'Epinal de la grande époque hollywoodienne. Evidemment, les extensions numériques permettent de montrer Jerusalem comme on ne l'a jamais vu, d'éviter le côté "carton pâte" et de donner un côté bien plus réaliste à une vie qui ne devait pas être si facile. Les acteurs font également bien plus "couleur locale" que dans les années 60, où l'Empire romain ne semblait être peuplé que de WASP. Bref, Ben Hur s'ancre dans le cahier des charges mis au goût du jour par Ridley Scott avec Gladiator et devenu une obligation depuis.

 

Au jeu des différences, on pourra noter que ce n'est pas un patricien romain qui donne sa chance au héros après qu'il l'ait sauvé lors de la bataille navale, mais un riche nomade africain (Morgan Freeman, seul visage vraiment connu du film), que ce ne sont pas la soeur et la mère de Ben Hur qui provoque l'incident lors du passage de Ponce Pilate, que la rivalité entre les deux personnages monte graduellement (elle est quasi immédiate dans le film de 1959) et que le happy end, surprenant, modifie quelque peu la fin de l'histoire, sans aller jusqu'à lui faire prendre une autre direction, non plus.

 

Mais la plus grosse différence, hormis la modification du destin d'un personnage, est la façon de filmer le Christ. En effet, en 1959, Wyler avait fait le choix de le filmer systématiquement de  dos, mais aussi de commencer son film par sa naissance. Le réalisateur russe n'hésite pas à le montrer de face, à le faire parler. Pour la petite histoire, le roman de Lew Wallace était sous titré "Une histoire du Christ". Avoir lu dans une chronique que "rajouter" le Christ était ridicule et ne pouvait que viser le public fondamentaliste m'a montré que certains chroniqueurs devraient se documenter un minimum.

 

Les destins de Ben Hur et de Jésus sont donc étroitement mêlés. Benkamentov va jusqu'à reprendre l'un des thèmes du film muet. En 1925, Ben Hur réunit une armée pour sauver le Christ lors de sa montée vers le Golgotha, mais ce dernier refuse toute aide, préférant aller vers la mort. Ici, point d'armée, mais une pierre dans la main de Ben Hur, prêt à la lancer sur les tortionnaires romains de Jésus. Celui-ci refusera l'aide et ira vers son destin.

 

Personnellement, j'ai beaucoup aimé les scènes où le Christ apparaît. Elles sont tournées avec beaucoup de tact et rendent vraiment hommage à l'homme. Les origines russes du réalisateur y sont sans doute pour quelque chose, d'autant plus que le film n'élude pas les miracles réalisés après la mort sur la croix, notamment la guérison de la mère et de la soeur de Ben Hur de la lèpre.

 

Bien évidemment, la scène la plus attendue est la course de char. Là aussi, surprise, alors qu'on s'attendait à un déferlement numérique, on a droit à une course bien plus "mécanique" qu'attendu. Les différents protagonistes s'expriment dans leur langue et les rebondissements de l'original sont bien là. Il est d'ailleurs assez amusant de voir que cette séquence s'apparente parfois à la course de module de La menace fantôme, ce qui est tout à fait logique vu que Lucas n'a jamais caché son inspiration envers la scène mythique. Bien filmée, bien rythmée, reprenant la dramaturgie classique et la symbolique - dont le sous-titre du film, défier un empire, souligne bien la portée, la course de char est à l'image du film : réussie et spectaculaire, sans jamais tomber dans l'esbrouffe.

 

On pourra trouver quelques défauts à cette nouvelle version. Le souffle épique est parfois absent et l'histoire peine à démarrer. Les combats de Messala sont trop calqués sur la façon de filmer de ceux de Gladiator, certains dialogues sonnent un peu trop "contemporains" et Messala manque parfois de charisme.

 

Mais globalement, on a affaire à un bon peplum qui aurait mérité meilleur sort. Il est dommage qu'il ait été surtout jugé à l'aune de son insurpassable aîné, ne pouvant supporter la comparaison. Pour ceux qui n'ont pas vu le classique et qui se seront laissés tenter, peut-être que cet opus deviendra leur version. Mais pour cela, il aurait fallu que le public se déplace un peu plus nombreux.

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 11:28

Le pitch : Pour faire passer sa loi interdisant l’esclavage, le président Républicain était prêt à tout, y compris à acheter des voix démocrates.

 

Lincoln commence par une impressionnante scène de tuerie lors de la guerre de sécession, ce conflit sanglant qui faillit briser l’Amérique entre 1861 et 1865 (et « popularisée » en France par la BD Les tuniques bleues). Et cette première scène est finalement trompeuse car Lincoln n’est en rien un biopic du président ni une histoire de cette guerre.

 

C’est au contraire, un film politique, où les combats sont verbaux, parfois feutrés lorsqu’ils déroulent dans une petite pièce, parfois outrés quand ils prennent place dans la chambre des représentantes des Etats Unis d’Amérique.

 

Et c’est sans doute cet aspect qui explique son échec en France. Car notre pays se contrefout de l’histoire américaine, pourtant passionnante. Alors passer deux heures et quelques à analyser les discussions politiques autour de l’esclavage, passer en revue les réticences y compris chez les Républicains, voir comment Lincoln achetait les voix nécessaires et voir comment le Congrès adopta finalement cette loi historique, à part les fanas d’histoire comme moi, personne en France ne s’y intéressa. D’ailleurs, le film fut tellement peu longtemps à l’affiche que je n’eus même pas le temps d’y aller. Je me suis donc rattrapé avec le Blu-Ray (superbe).

 

Ce qui est amusant, c’est que notre arrogance anti-américaine passe son temps à nous dire que les concitoyens d’Obama sont des ânes incultes. Sauf que ces « ânes » ont fait un triomphe à Lincoln. Pourtant, vous n’y trouverez ni bataille filmée en plan large, ni suspens insoutenable autour d’un affrontement guerrier, ni même  l’assassinat de Lincoln. Vous n’apprendrez rien sur la jeunesse du président, sur ses échecs, sur sa raison qui l’a poussé à déclarer l’esclavage illégal, provoquant la guerre la plus sanglante qui ait jamais eu lieu sur le sol américain (et qui présageait par bien des aspects le suicide européen de 1914). Le public américain si ignare n’en a pas besoin car tout cela il le connaît. Il connaît l’histoire de son président, il connaît les échecs de jeunesse de Lincoln, il sait le déroulement de la guerre, des retournements de situation, de la grandeur d’un soldat comme le général Lee.

 

Le public américain a donc fait un triomphe au film de Steven Spielberg. Car qui d’autre que le wonder boy du cinéma US pouvait rendre justice au génie de Lincoln. D’ailleurs on peut diviser l’œuvre de Spielberg en deux parties : l’entertainement (Jurassic Park, Minority Report, ET….) et l’histoire (Amistad, Ryan, Empire du Soleil…). Lincoln fait donc partie de cette deuxième veine, sans doute la plus riche au final. Et il trône forcément tout en haut de ce versant.

 

Car Spielberg sait comme personne filmer des joutes verbales, il sait pénétrer dans les pensées de ses personnages, il n’hésite pas à prendre son temps quand il le faut pour exposer chaque protagoniste. Mieux encore, et c’est ce qui a sans doute déstabilisé en France, il compte sur l’intelligence du public. Il n’explique donc pas tout, se permet des ellipses et amène doucement son histoire vers le vote de la loi. Incroyablement pédagogique pour celui qui sait écouter, Lincoln met donc tout en œuvre pour rendre hommage au président, sans cacher ses zones d’ombres. Alors, oui, on n’a pas droit à un biopic. À la limite, Abraham Lincoln chasseur de vampires vous en apprendra plus sur lui. Mais là n’est pas le propos.

 

Ce qui intéresse Spielberg, c’est bien ce moment où la constitution va changer, où la loi va faire un premier pas timide vers la liberté des Afro-américains. Alors, il filme calmement, presque sans lumière parfois. Les dialogues sont souvent murmurés, les personnages s’affrontent du regard, mais aucun ne peut soutenir la volonté du président. Le film est une énorme leçon politique, mais aussi une leçon magistrale de cinéma ! Et tant pis pour ceux qui voulaient du spectaculaire, de la bataille de Gettysburg en 3D ou de la charge de cavalerie.

 

Ces considérations politiciennes n’empêchent pas le réalisateur de donner son avis sur cette guerre. Une scène extraordinaire voit Lincoln tenter d’empêcher son fils d’aller se battre avec l’armée nordiste. Il l’emmène à l’hôpital où l’on ampute les soldats. Et c’est en voyant un monticule de jambes coupées qu’il va commencer à réfléchir. Par ce biais, Spielberg condamne sans ambiguïtés sanglantes du conflit : la lutte pour l’esclavage passait par une boucherie sans nom.

 

Il n’élude pas non plus les états d’âmes des soldats noirs qui certes se battaient mais qui n’avaient pas le droit de vote. Enfin, les considérations racistes de l’époque ne sont pas du tout sous-estimées, mais Spielberg ose les filmer comme « normales », reflets de la pensée du XIXe siècle. Point d’anachronisme donc, mais une réflexion très poussée sur ce qui est « juste », y compris dans la façon dont on l’exprime.

 

Après un Cheval de guerre dantesque, Steven Spielberg a donc rendu l’hommage qu’il recherchait depuis des années à Abraham Lincoln. Aidé par  un Daniel Day Lewis absolument incroyable et récompensé par l’Oscar le plus mérité depuis des années, Lincoln est véritablement le film  à redécouvrir en cette fin d’année. C’est une porte ouverte vers un univers bien plus vaste : l’histoire d’un pays vieux de seulement 500 ans, mais qui aura donc été toujours en avance sur le reste du monde libre !!

 

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 08:10

Le ptich : un jeune garçon, fan du héros d’action Jack Slater incarné par Arnold Schwarzenegger, se retrouve propulsé dans l’opus cinématographique n°4 de son idole !

 

John Mc Tierman est sans doute l’un des plus grand réalisateur d’action de tous les temps. Predator, Piège de Cristal, Une journée en Enfer, Le 13e guerrier, A la poursuite d’Octobre rouge… Excusez du peu. Même ses films « mineurs » comme Thomas Crowne, Rollerball ou Basic sont des films monstrueux ! C’est simple, à part Cameron et Bay, personne, je dis bien personne, ne lui arrive à la cheville.

 

Last action Hero est à la fois son meilleur film et sa plus grande malédiction. Son meilleur film parce qu’il brasse et met à terre tous les thèmes qu’il a contribué à créer, s’autorisant même deux autocitations, une visuelle (la chute de Jack Slater dans le vide), l’autre orale (quand Danny dit « A la fin de Piège de Cristal… »). Sa plus grande malédiction parce que son échec aux USA (à peine 50 millions de dollars, pour un budget frôlant les 90, somme énorme en 93) face aux dinosaures de Spielberg a condamné Mc Tierman  à prendre moins de risque. Et même si Die Hard 3 constituera un autre sommet, les années qui suivront ne lui permettront pas de rester au premier plan.

 

Mais revenons à Last Action Hero. L’objectif premier du film est bel et bien de tordre le cou au genre, de le confronter à ses propres clichés. Et pour cela, Arnold prendra aussi un risque insensé ! Alors qu’il trônait au sommet du monde avec Terminator 2, il choisit de revenir à l’écran avec une comédie d’action. Bruce Willis (Le dernier Samaritain) et Sylvester Stallone (le remake d’Oscar, Arrête ou ma mère va tirer) s’y étaient cassé les dents. Mais Schwarzenegger avait réussi à imposer des films comme Jumeaux ou Un flic à la maternelle. Associé à celui qui a conforté à crédibiliser son image avec Predator, le film ne pouvait qu’être réussi : il propose une histoire à la fois complexe et simple, des scènes d’actions bigger than life où tout est exagéré, et ce dès les premiers moments du film, une succession délirante de guest stars et des plans typiques du cinéma de McTierman. Enfin, l’humour n’y est jamais bébête et Arnold prend un malin plaisir à se moquer de lui, faisant preuve d’une très grande dérision et d’une vision lucide sur son cinéma, son image à l’écran et les films qui l’ont rendu célèbre.

 

Mais le public américain ne l’a hélas pas compris. Vendu comme un film d’action de plus, ce qu’il n’est nullement, Last Action Hero n’a pas su capitaliser ses atouts. Et face à des productions plus directes, comme Cliffhanger, La firme ou Le fugitif, il a rapidement coulé. Heureusement, l’Europe a permis de sauver les meubles avec un accueil plus favorable.

 

Pourtant, cette Rose pourpre du Caire puissance 10 tient du prodige ! Miracle d’écriture, avec une succession de scènes à la fois parodiques (Hamlet version Arnold, démentiel !!) et culturellement bien ancrées cinématographiquement. Les références abondent et ne se contentent pas de plagier les derniers films en date. Ainsi, on peut saisir des moments volés au Parrain, au Septième sceau, à Amadeus, ET, Basic Instinct, T2… La liste est incroyablement longue et témoigne de la volonté acharnée de McTierman de tordre le cou au genre qui l’a rendu célèbre. Même Will le coyote est invité à ce festin esthétique et culturel !! Et c’est là qu’on se rend compte que le créateur de Piège de Cristal a été fortement influencé par le cinéma européen.

 

Bien évidemment, le film déménage et les scènes tournées à Los Angeles, sous une lumière magnifique, témoignent du sens époustouflant du cadrage de McT ! On est clairement dans le film hollywoodien typique des 80’s avec des dialogues improbables, des situations délirantes et plus qu’exagérées, des personnages taillés à la serpe et un environnement artificiel au possible. Ainsi quand Danny compare le commissariat où officie Jack Slater avec celui , réel, où il a dû faire sa déposition, le film met astucieusement en concurrence les deux univers. Cette dualité est renforcée par le travail sur l’ambiance : festive, colorée, chaude dans celui de Jack Slater, blafarde, pluvieuse et triste dans celui de Danny.

 

Mais c’est dans sa dernière partie que Last Action Hero atteint des sommets, quand Jack rencontre Arnold, quand la créature rencontre son créateur et tente de comprendre pourquoi les scénaristes lui font autant de mal. La grande scène d’action lors de la première et le combat final où s’entrechoquent les deux mondes constitue sans doute le travail le plus imposant du réalisateur. Tout y est parfait, que cela soit la dramaturgie, les effets visuels, l’ambiance sous la pluie ! Mc Tierman tient ici une pierre angulaire, la clé de voûte d’un film qui se refuse à toute médiocrité.

 

Analyser Last Action Hero prendrait des pages. Je l’avais d’ailleurs fait dans les années 90 dans un fanzine papier qui eut une brève existence (et dont je ne possède hélas plus un seul exemplaire). Je m’étais même amusé à rependre certains dialogues fabuleux comme la scène où Danny explique au commissaire que Jack est son meilleur ami, surtout depuis que « votre femme vous a quitté pour le nain unijambiste ». Ce passage, somme toute anodin, témoigne de la volonté de ne rien laisser au hasard, de n’avoir aucun plan, aucune scène sans une idée, sans une référence. Rien n’est gratuit dans Last Action Hero, y compris les nombreux faux raccords qui jalonnent le film, le plus facile à déceler étant le moment où Slater rentre dans son appartement sous un soleil éclatant et que la baie vitrée révèle alors une pluie battante.

 

Alors même si le film n’a récolté « que » 49 millions de dollars aux USA,   même si on attend depuis 20 ans une version vidéo digne de ce nom, avec au minimum un making of, même si McTierman semble avoir renié le film, Last Action Hero demeure au panthéon du cinéma ! Un divertissement d’une intelligence rare, trop intelligent peut être, et sans aucun doute le rôle le plus complet d’Arnold avec True Lies !

 

Un jour peut être, le film débarquera dans une version digne de ce nom. En attendant, il nous reste toujours cette version basique pour nous émerveiller et se dire qu’Hollywood peut réserver de sacrées surprises, même si le public ne s’en aperçoit pas toujours.

 

Last Action Hero (*****)
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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 10:57

Strange Days

Le pitch : Ancien policier, Néro est un petit trafiquant de squid, des disques qui permettent d’enregistrer et de revivre les sensations d’un autre. Mais un jour, un disque d’une rare brutalité va le mettre devant ses responsabilités.

 

Kathryn Bigelow a été reconnue par ses paires avec Démineurs et a connu un succès mondial avec Zero dark Thirty. Mais avant cette doublette d’exception, il y avait eu Aux frontières de l’aube, Point Break et ….Strange Days !! Un film fleuve, produit et écrit par un James Cameron en état de grâce et dont l’impact fut d’une puissance incroyable. Problème : personne n’alla le voir (ou presque !! Votre serviteur eut la chance de le voir en salle et se rua sur le Laserdisc dès sa sortie).

 

Tout était fait pour que le film soit un triomphe. Ralph Fiennes venait de tourner La liste de Schindler, Cameron avait triomphé avec True Lies et Katryn était à l’apogée de la première phase de sa carrière. Ajoutez à cela un thème puissant et totalement dans l’ère du temps, une mise en scène implacable et un scénario bourré de rebondissement. Bref, le blockbusters calibré pour le succès. Mais rien ne se passa comme prévu.Strange Days s’écrasa dès son premier week-end (3,7 millions seulement) et finit sa carrière à 7,9 ! Il en avait coûté 42 ! La grande Katryn mit 7 ans pour revenir à la mise en scène (la doublette K19 – Le poids de l’eau) et il est clair que cet échec a retardé l’éclatement de son talent sur la scène mondiale.

 

Mais foin de chiffre ! Strange Days n’est pas seulement le meilleur film d’anticipation de ces 20 dernières années ! C’est surtout une leçon de cinéma qui vous prend à la gorge dès sa première scène (un braquage vécu en temps réel). À partir de là, le film vous aspire et ne vous lâche plus. Construit comme une poupée gigogne avec retour dans le passé, scènes hallucinantes en point de vue subjectif (dont une très éprouvante scène de viol) et atterrissage brutal dans le présent, Strange Days ne cherche jamais à faciliter la tâche du spectateur, l’estimant suffisamment intelligent pour remettre toutes les pièces du puzzle dans l’ordre.

 

On suit alors les mésaventures de Néro, on le voit s’enfoncer de plus en plus loin dans l’échec et chercher vainement la lumière au bout d’un tunnel cauchemardesque. Car ce qui commence comme un film de Geek va rapidement se transformer en un thriller implacable et une réflexion incroyablement poussée sur le pouvoir de l’image. Un thème gonflé dans un film de cinéma. Car ici, le squid n’est qu’un prétexte pour parler d’amour perdu, de pouvoir et de manipulation. En faisant de son héros, un looser profiteur et paresseux, Cameron brisait le moule classique qu’il avait pourtant édifié durant des années. Mais en faisant d’une femme (magnifique Angela Basset) le personnage fort du film, il renoue avec la tradition des 2 Terminators, d’Abyss ou d’Aliens. Bref, Cameron reprend ses thèmes favoris, notamment la méfiance envers l’autorité, et les entremêle avec des nouveaux. Mais cette opposition entre un homme faible et une femme forte explique sans doute l’échec du film, sans compter le choix du héros : Ralph Fiennes ne sortira de l’image du salaud ultime qu’avec Le patient anglais, un an plus tard.

 

Côté distribution, Strange Days bénéficie de l’interprétation très ambiguë de Juliette Lewis, à la fois Sainte Nitouche et très sexuée. Très courte vêtue, manipulatrice tout en cachant mal ses sentiments, l’actrice interprète également deux superbes chansons dans le film, parfait mélange entre mélodie tordue et son métallique brutal !! Lewis se donne à fond et est donc l’antithèse d’Angela Basset, cette dernière restant d’une fidélité sans faille à Néro. Michael Wincott joue dans son registre habituel du méchant que l’on aimera détester (même s’il se révèle au final une victime) et parvient sans souci à égaler ses performances de 1492 et The Crow. Il est amusant que les cheveux de l’acteur seront de plus en plus court au fur et à mesure que ses personnages deviennent moins « 100 % Evil » et il finira avec une coupe très courte dans Alien 4. Mais là, il est encore à fond dans le trip heavy, surtout dans cette scène où il joue de la guitare dans son immense loft !

 

Tom Sizemore interprète également un personnage à la moralité douteuse et lui donne une aura parfois vénéneuse.

 

Scénario dantesque, personnages extraordinaires, mise en scène au cordeau… À toutes ces qualités, Kathryn Bigelow ajoute un aspect très heavy metal : bande son travaillée très métal, cheveux longs et tatouages en pagailles, culture underground omniprésente… La réalisatrice prolonge son travail entamé dans Point Break en s’intéressant à ce que la société appelle des « marginaux ». Il est clair qu’elle aime cette frange parallèle et remuante de la musique. Et sa façon de filmer lui rend totalement hommage.

 

Bien sûr, Strange Days n’est pas seulement un film heavy metal ! C’est aussi  un sacré long-métrage d’action, avec des scènes où le talent de sa réalisatrice éclate à l’écran. Le point culminant est, bien entendu, la fiesta de l’an 2000, avec ses milliers de figurants, ses concerts à tous les coins de rue et son émeute qui s’inspire de l’affaire Rodney King. Bigelow et Cameron n’ont pas fait les choses à moitié et la tension, palpable, est le moteur final du film.

 

Strange Days se finit sur un plan magnifique, où Néro se décide enfin à tourner la page et avouer son amour à son « garde du corps ». Le couple s’embrasse alors que la caméra s’envole et que la foule tout entière autour d’eux danse au son de la nouvelle année. Du début à la fin, le film a tenu toutes ses promesses. Dommage que le spectateur n’ait pas eu envie de tenter l’aventure…

 

Strange Days (*****)
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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 18:04

 

Le pitch : La vie d’une légende de l’ouest, tour à tour écorcheur, conducteur de diligence mais surtout shérif….

 

Bénies soit les années 90 : elles permirent la résurrection d’un genre qui fit la gloire du cinéma d’Hollywood à savoir le western. Et offrirent 3 chefs d’œuvre. Si Danse avec les loups et Impitoyable sont reconnus comme tel, Wyatt Earp du grand Lawrence Kasdan ne l’a jamais été. Pourtant, il se hisse sans souci à la hauteur de ses deux illustres prédécesseurs.

 

À la base du film, on retrouve Kevin Costner. L’homme sortait de deux années triomphales marquées par Danse avec les Loups, Robin des bois et Bodygard. Et même si l’excellent Un monde parfait, qui marquait sa rencontre avec Clint Eastwood, n’eut pas le succès escompté aux USA (31 millions de recettes, mais 104 tout de même dans le reste du monde), l’annonce de Wyatt Earp ne pouvait que réjouir le cinéphile.

 

Hélas, à l’arrivée, ce film extraordinaire de 3H00 fut démonté par une grosse partie de la critique et quasiment personne ne se déplaça (25 millions de recettes US pour 63 de budget). En France, il ne resta que 3 semaines à l’affiche et je ne le découvris qu’en Laserdisc un an plus tard. Et pourtant…

 

Et pourtant, Kasdan et Costner prouvent par A+B que l’on peut faire un biopic en l’articulant sur une scène centrale (le fameux règlement de compte à OK Coral) et en suivant un personnage finalement pas si sympathique que cela. Car le Wyatt Earp décrit dans le film n’est pas vraiment le cow-boy idéalisé dans l’imaginaire collectif. Cela a sans doute desservi sa carrière d’ailleurs, car le public n’aime pas trop les personnages gris.

 

En fait, le scénario fait le pari risqué de ne pas cacher les failles du personnage et de le suivre depuis l’enfance. Et à travers une succession de scènes (magnifiquement cadrées et filmées), l’histoire de cet homme meurtri à l’aube de sa vie d’adulte se déroule pour atteindre le climax promis au tout début.

 

Car si Earp est fidèle en amitié et droit, la rigidité de ses principes va petit à petit écarter de sa route une partie de sa famille, sa 2e femme et certains de ses amis. Il n’admet pas que l’on puisse penser autrement et fait passer ses idées avant tout. Et cela, le scénario ne l’élude à aucun moment. Et même si la scène de la mort de sa première femme « excuse » un peu cette attitude, Costner ne cherche à aucun moment à rendre son personnage sympathique ou faussement héroïque. Il aurait été facile de la jouer à la John Wayne. Mais il est clair que le pessimisme du film en aurait pâti.

 

À grand film, grand casting. Les acteurs, Costner en tête, sont absolument époustouflants. Dennis Quaid n’a sans doute jamais eu un tel rôle (et Doc Holliday n’a jamais été crédible dans un western), Bill Pullman montrait déjà les qualités qui exploseront dans ID4 et Gene Hackman est parfait dans son rôle de patriarche inflexible, mais qui donnera sa chance à son fils après que ce dernier ait volé un cheval (un crime énorme dans l’ouest). Les seconds rôles sont également au diapason et chacun apporte sa pierre à l’édifice.

 

En fait, c’est plus une fresque qu’un film. Kasdan balaye toute une histoire de l’Ouest, le montre tour à tour sauvage et envoûtant, tenté par la civilisation (la mise en place du chemin de fer) mais regardant vers un monde sans loi. Et Earp est le témoin de cette évolution. Sauf que cette évolution se fera avec lui. Ou plutôt grâce à lui : protecteur inflexible de la loi (sa loi ?), Wyatt Earp entraîne tout son monde avec lui, façonne l’Ouest sauvage et atteint finalement son crépuscule en devenant une légende, même si l’on comprend que certaines histoires ont été exagérées. Et pour cela, il fallait embrasser l’histoire, ne pas se contenter d’anecdotes, laisser le souffle de l’épopée se dérouler sur 3 heures. Cela, Kasdan l’a totalement compris ! Et implacablement appliqué ! Ses références sont ultra classiques (John Ford aurait tourné ce film sans doute de la même façon) et à aucun moment, il ne cherche à se faire plus grand que son film. Il choisit au contraire de le servir. Et entraîne Costner avec lui. Costner qui avait déjà tourné pour lui Silverado (encore un western à redécouvrir). Costner qu’il avait retrouvé sur Bodyguard (il en a écrit le scénario). Il était donc inévitable que les deux hommes rendent ensemble hommage à une Amérique mythique, celle des pionniers, celle de la conquête parfois violente et de la marche vers la modernité.

 

A cette perfection de l’histoire (aucun temps morts !!) s’ajoute une reconstitution maniaque de l’Ouest américain avec une débauche de décors, de costumes, de lieux que l’on voit rarement au cinéma (les cours de justice, l’intérieur des maisons, les maisons de jeu) et d’autres ultra-connus comme le saloon ou la fameuse Main Street. Le film joue également sur le cassage en règle de certains clichés : les duels sont imprécis, les blessures sont sales et font mal, on n’hésite pas à tirer dans le dos et dans cet océan de lâcheté surnage la figure de Wyatt Earp, un homme qui ira au bout de son idéal de justice, quitte à tout perdre en route.

 

Et que dire de la musique, extraordinaire et qui porte le film, qui accentue les scènes sans jamais les surcharger. Non décidément, Wyatt Earp est une réussite de  A à Z !

 

Que Wyatt Earp n’ait pas été compris (je n’ai lu qu’une seule bonne critique à sa sortie dans Impact) et qu’il ait aujourd’hui oublié n’a aucune importance. Le cinéma se nourrit aussi de ces films maudits, rejetés, mais qui en sont l’essence. Car Wyatt Earp est un film fait pour le grand, le très grand écran. La scène d’ouverture où un tout jeune Wyatt tente d’échapper à son père a été créée pour le cinémascope et Kasdan l’a sublimé.

 

Si par hasard vous tombez sur ce film, achetez le, regardez le, enregistrez le. Vous vous demanderez ensuite pourquoi vous ne l’avez pas fait plus tôt.

Wyatt Earp (*****)
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Published by Dave - dans Beaux Echecs
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 06:37

Le pitch : l'histoire de Jean Valjean, Fantine, Cosette, Javert, Marius en chansons.

 

Dit comme cela, cela fait très kitch, mais force est de constater que résumer Les misérables n'est pas si aisé que cela. Est-ce l'histoire d'une rédemption, celle de Jean Valjean ? Une histoire d'acharnement policier, celle de Javert ? Une vie qui tourne au cauchemar, celle de Fantine, tandis que celle de sa fille Cosette va se transformer en conte de fée ? Ou bien est-ce une réflexion sur la liberté à travers le combat de Marius ?

 

Les Misérables, c'est tout cela à la fois et c'est sans aucun doute le roman le plus foisonnant, le plus touffu, le plus beau aussi jamais écrit. Dans ce maelström où les destins se croisent, où la narration change de héros en court de route, où le moindre personnage a droit à sa quasi-biographie (Monseigneur Myriel a droit à près d'une cinquantaine de pages racontant son histoire par exemple), le récit prend son temps et met en scène tout un panel de sentiments humains : le courage, l'obstination, l'aveuglement, la lâcheté, la bassesse, l'amour, la haine...

 

Il était logique que les pages de Victor Hugo rencontrent un jour la musique. Après tout, un tel drame ne pouvait que déboucher sur un opéra. Et c'est dans les années 80, en France, que Robert mit en scène le double album écrit par Claude-Michel Schonberg et Jean-Marc Natel (le parolier). Le succès fut immédiat et le producteur Cameron Mackinosh, en l'adaptant en anglais en 1985 en fit un succès mondial. Mine de rien l'album de 1980 était porté par des artistes comme Michel Sardou ou Rose Laurens (qui reprit sur scène son rôle de Fantine).

 

Mais c'est bel et bien la version anglaise, appelée familièrement Les Miz et qui a été vue par plus de 65 milions de gens dans le monde que nous offre Tom Hooper. Et disons le tout de suite, après cette très longue introduction, c'est une très belle offrande.

 

Le film démarre sur une scène colossale qui introduit Valjean et Javert. Valjean et les autres forçats tirent un énorme bateau pour le ramener au port tandis que Javert observe les prisonniers. Le décor est planté : les deux personnages s'observent, se jaugent et sont ennemis. Le film aussi est planté : les moyens sont énormes et il en ira ainsi jusqu'à la fin des 2H30 de métrage. Quand au casting, le moindre rôle est interprété par une star :  Hugh Jackman, Russel Crowe, Anne Hataway, Helena Boham Carter, Amanda Seyfreid (déjà présente dans un autre musical, Mamma Mia) ou Sacha Baron Cohen... On a vu pire.

 

Et chaque star chante. Avec son coeur, avec ses moyens. Anne Hataway est fabuleuse, boulversante. Tout son être crie la condition misérables des ouvrières et des filles mères de l'époque. Son interprétation est non seulement magnifique, elle tutoie le sublime. Et si le reste du casting vocal n'est pas en reste, elle le dépasse de la tête et des épaules. Sa dernière scène, quand elle accueille Jean Valjean dans un monde meilleur, est sans aucun doute l'une des plus belles jamais filmées ces dernières années. Elle équivaut aux retrouvailles de Jack et Rose à la toute fin de Titanic.

 

Ceux qui connaissent le musical savent combien les chansons sont belles. Ici, elles sont sublimées par la mise en scène qui ose le grandiose et accentue tous les aspects du spectacle. Ainsi, les Thénardiers sont à la fois grotesques et inquiétants. Helena Boham Carter et Sacha Baron Cohen surjouent leur rôle mais restent dans l'esprit du roman et du musical. Et tout le film est à l'avenant : les passages tragiques sont d'une grande sobriété, les passages héroïques, comme les scènes de barricades, sont traités comme dans un peplum et les scènes d'amour sont empreinte d'une sensibilité rare.

 

La caméra virevolte donc ou se fait sage, les décors sont successivement grandioses ou minimalistes, les chansons sont formées de chorus énormes ou sont chuchotées. Mais jamais la mise en scène n'est gratuite et reste totalement au service de l'histoire.

 

En prenant un risque énorme , même si le budget n'était que de 61 millions, Tom Hooper a offert au monde la version ultime du musical, un film magnifique que l'on rangera au côté de la version de Robert Hossein, celle de 82 avec Lino Ventura, pour moi la plus belle version de cette histoire. Il est bien dommage que la France ait boudé le film (à peine 1,5 millions de dollars de recette. Il y a eu 4 fois plus d'entrées en Allemagne ou en Italie) parce qu'il était sous-titré ! Quand on oublie, pire qu'on méprise à point son patrimoine, c'est qu'il y a un énorme soucis.

 

Mais la vidéo peut rattraper cette injustice. Le Blu-Ray est magnifique ! Dommage qu'Universal ne réserve sa copie numérique qu'aux possesseurs de PC et que ceux qui n'ont que des Macintosh à la maison, comme moi, ne pourront pas profiter de ce chef d'oeuvre sur leur tablette !!

 

 

Les Misérables (*****)
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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 12:49

legend.jpgLe pitch : parce qu'elle a osé touché une licorne, la princesse Lili plonge son monde enchanté dans les ténèbres...

 

Après avoir exploré le passé lointain (Duellistes) et notre futur (Alien, Blade Runner) Ridley Scott se tournait donc vers un monde totalement fantasmé et s’inspirant des diverses légendes européennes.

 

D’une beauté plastique hallucinante, tourné dans des décors dantesques et cadré à la manière des plus grands peintres de la Renaissance, Legend est bien plus qu’un superbe livre d’image. Et même s’il n’était que cela, il en remonterait à des dizaines de films de fantasy. Mais au-delà d’un scénario ultra-linéaire et simple, voire simpliste, c’est surtout la vision que Scott a du conte de fée qui écrase le spectateur sur son siège. De l’apparition des licornes à la traversée du miroir par Darkness, de la transformation de Lili en princesse idéale en une femme semblant dévorée par le mal par le simple biais d’un changement de coiffure et de robe, ou de la découverte des armes par Jack (Tom Cruise dans son rôle le plus sous-estimé), Legend est en fait une relecture totale des contes. Ici, c’est bel et bien la tentation du mal et une vision très crue qui est mise en scène. Ainsi, Lili va bouleverser l’équilibre du monde en touchant la licorne, malgré les mises en garde de Jack. Or, la licorne, avec sa corne sur le front, symbolise la masculinité. Il suffit de se remémorer les splendides tapisseries visibles au musée de Cluny pour voir que cet animal représente bien plus, aux yeux des gens du Moyen Age, qu’une simple créature imaginaire. C’est d’ailleurs le mâle que Lili va caresser. À partir de là, le monde plonge dans les ténèbres, le froid, la destruction, le meurtre.

 

Avec Legend, Ridley Scott achevait la première partie de sa carrière, celle où il se tournait entièrement vers le visuel. Ici, il n’hésite pas à se citer. Ainsi, certains aspects de la cité de Darkness rappellent furieusement le Nostromo, les maquillages luisants des trolls évoquent sans ambiguïté la créature d’Alien. La vision idyllique du monde de Jack et Lili plonge lui directement dans les plus belles scènes de duellistes, avec notamment ces milliers de particules végétales s’envolant au gré du vent. Il est clair que l’histoire importe peu à Scott. Ce qu’il veut, c’est peindre avec sa caméra, sculpter avec sa lumière et donner un sens au mot « beauté ».

 

Car Legend est un superbe film. Il est bien plus pensé qu’on ne l’a dit. Sa progression dramatique, même entachée par des effets visuels qui ont quelque peu vieillis, ne s’embarrasse pas de fioritures. Les personnages vont d’un point A à un point B et s’ils sont écrasés par la mise en scène ne se mettent pas moins au service de l’histoire. On a gaussé sur le sourire éclatant de Tom Cruise, mais c’est justement cette candeur qui en fait le charme, une sorte de Peter Pan qui aurait grandi et qui s’apprête à affronter les ténèbres.

 

Mais la plus grande réussite est bien entendu Darkness, magnifié par Tim Curry et dont le maquillage d’anthologie représente sans aucun doute un sommet de cette technologie ! Scott le révèle par petite touche avant de le mettre enfin en pleine lumière, dans le dernier tiers du film. Tenant à la fois du Lucifer de Faust et du diable médiéval présent dans les Danses Macabres, Darkness est le tentateur, le menteur, le séducteur, le meurtrier. Ridley Scott le film comme on filme une icône sportive, un mannequin ou une diva ! On a tellement reproché au réalisateur anglais sa propension à clipper ses films qu’on ne s’étonne pas, presque 30 ans après, de voir une telle approche.

 

Legend est un film sous-estimé, maudit même. Son échec US (à peine 15 millions de dollars de recettes), ses multiples montages, ses deux bandes originales en font une œuvre totalement à part dans la filmographie monstrueuse de Scott ! Mais il est clair qu’il a influencé toute l’héroïc fantasy. Et même s’il ne l’a jamais avoué, Peter Jackson a clairement puisé dans l’univers de Legend pour construire celui du seigneur des anneaux. Il suffit de comparer le maquillage du troll de Scott avec les gobelins de Jackson pour s’en convaincre.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:27

edwood.jpgLe pitch : une évocation des début dans le cinéma d’Edgard Wood Jr, sacré « Plus mauvais cinéaste de l’histoire », mais pourtant habité par un feu sacré que seuls les vrais créateurs connaissent !

 

Ed Wood est l’un des sommets de la carrière de Tim Burton et c’est à mes yeux son plus beau film, un hommage extraordinaire à un lointain ancêtre interprété de manière magistrale par un Johnny Depp au sommet de son art ! Sublimé par un noir et blanc extraordinaire, le film décrit un Hollywood de l’âge d’or, mais via le regard de ses marginaux : un acteur sur le déclin, un extralucide excentrique, une présentatrice black listée, des apprentis comédiens dont le talent est inversement proportionnel à leur dévouement à Wood, un catcheur pas très futé… Tout ce petit monde gravite autour d’un homme persuadé d’être que ses films sont de grands films et qui ne voit pas leurs nombreux défauts.

 

La force de Ed Wood est de dépasser le simple biopic et de décrire une amitié entre un très vieil homme et un jeune réalisateur. Alors que tout pourrait les opposer, leur amour du cinéma les réunit. Et même si le film ne fait pas l’impasse sur l’aspect « financier » de cette collaboration, rapidement il est clair que Bela Lugosi et Ed Wood vont devenir de véritables amis et que les derniers films que l’acteur hongrois tournera, toute série Z qu’ils soient, seront ses dernières joies sur Terre. La scène de l’enterrement le montre bien : à la fin, il n’y aura plus que la bande à Ed pour l’accompagner.

 

En tournant en noir&blanc, Tim Burton veut rendre hommage aux films du vrai Ed Wood vu que c’est dans ce médium qu’il les tourna. De même, les nombreuses scènes télévisuelles, en noir&blanc dans les années 50, auraient été détonantes si le film avait été tourné en couleur. Enfin, Bela Lugosi n’a jamais été filmé en couleur. Cela permet aussi de prendre la mesure du décalage temporel avec une époque proche, mais très éloignée de nos sociétés actuelles. Après tout, Steven Spielberg avait fait le même constat pour La liste de Schindler, ces souvenirs des années 40 étant en noir&blanc. Et comme le travail sur les contrastes est magnifique, le film s’en trouve sublimé.

 

Mais pour réussir un film, au-delà de la technique, il faut des acteurs. Et des bons ! Johnny Depp retrouve ici son réalisateur d’Edward aux mains d’argents et il est merveilleux dans ce rôle décalé, forcément un peu paumé et convaincu de son talent. Burton lui offre d’ailleurs une merveilleuse scène, inventée, où, furieux que le tournage de Plan 9 from Outer Space ne se déroule pas ses vœux, il se rend dans un bar et y rencontre son idole de toujours Orson Wells ! Le cinéaste n’occulte pas ses rapports complexes avec les femmes, son goût pour le travestissement ou les innombrables défauts de ses films, mais jamais il ne se moque de son personnage. Ce qui aurait pu tourner à la grosse farce avec un réalisateur moins sensible aux marginaux que Burton devient ici une vraie leçon d’amitié à travers les années, Burton se permettant même d’enjoliver le récit en offrant à Wood une première triomphale pour Plan 9 et en « améliorant » les effets visuels des films originaux.

 

Mais si grande soit la performance de Depp et des autres acteurs, Lisa Marie en tête dans un rôle plutôt ingrat finalement, c’est bien entendu Martin Landau qui éblouit le film. Maquillage aidant, il est véritablement Bela Lugosi, un être qui sait qu’il fut un grand acteur et qui ne comprend pas l’injustice dont il fut victime à l’arrivée du parlant. Vouant une haine féroce à Boris Karloff, Lugosi va donc revivre à partir de sa rencontre avec Ed Wood. Et l’osmose entre les deux acteurs est fantastique à voir, sans doute aussi fantastique que ce que vécurent les vrais personnages.Mention aussi à Patricia Arquette, à la fois fragile et compréhensive...

 

Tim Burton signe ici un film très personnel, touchant, drôle et pose la question du talent et de la passion. Est-ce que les deux sont vraiment indissociables ? Un cinéaste plein de talent est-il meilleur qu’un passionné ? Et si Ed Wood avait rencontré d’autres personnes, ne serait-il pas devenu un autre réalisateur. Nul autre que Burton sait que la chance est aussi une partie intégrante de ce métier. C’est le comique Pee-Wee qui lui a mis le pied à l’étrier. C’est le choix de la Warner pour qu’il fasse le premier Batman qui l’a rendu célèbre.

 

Après tout, Ed Wood ne raconte qu’une histoire simple, celle d’un homme qui voulait juste faire du cinéma. En signant cette « petite » histoire, Tim Burton nous offre un vrai chef d’œuvre.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 19:55

Mars.jpgLe pitch : Les Martiens débarquent sur Terre! Petits, méchants, verdâtres et drôles, les Martiens veulent juste nous prendre notre planète !

 

En 1996 sort le dernier film du premier cycle de Tim Burton, un cycle entamé dix ans plus tôt avec Pee-Wee et qui connut son point culminant commercialement avec les deux Batman, mais dont Mars Attacks est sans doute le projet le plus personnel, peut-être plus que Bettlejuice ou Edward aux mains d’argent, en tout cas le plus engagé !

 

Suite à l’échec au box-office, laminé par Independence day, Tim Burton petit à petit va mettre de l’eau dans son vin. Il se rattrapera avec le très gothique Sleepy Hollow, puis entrera à nouveau dans la cour des Blockbusters avec La planète des singes, version 2001.

 

Mais revenons à Mars Attacks. L’idée de base du film est une série de carte à jouer où les ignobles martiens sont représentés dans des situations cocasses, horrifiques et décalés. Hollywood étant capable de faire des films à partir d’une ligne de jouets, pondre une histoire à partir de cartes n’est pas un soucis. Mais pour mettre en scène un univers aussi délirant, il faut un réalisateur qui n’a pas froid aux yeux et qui n’hésite pas à user de son image « différente » pour arriver à ses fins.

 

Burton commence par engager un casting de stars : Jack Nicholson, Danny de Vito, Glen Close, Annette Benning, Pierce Brosnan, Sarah Jessica Parker, Michael J.Fox, Jack Black et une star en devenir Natalie Portman. Il ressort aussi des placards Jim Brown et Pam Grier, deux idoles de la Blaxploitation des années 70. Certains des acteurs cités ont déjà travaillé avec le réalisateur. Rien à voir avec le casting de seconds couteaux d’ID4, où tout l’argent passera dans les effets visuels.

 

Nanti d’un script totalement délirant et très politiquement incorrect, Burton se penche sur les Martiens. Si leur apparence est dictée par les cartes à jouer, il envisage au départ de les filmer en animation image par image. Mais Jurassic Park est passé par là et le studio fait une « amicale » pression pour que la 3D soit utilisée.Décision qui va peut-être jouer contre le film car ces images hyper travaillées (les gros plans sur les Martiens sont bluffant) s’accordent mal avec le parti pris du réalisateur : des maquettes qui ne cachent pas leur origine (et qui ne dépareilleraient pas dans un Ed Wood), des images tirées d’autres films (on y verra même Godzilla !!) et des décors très carton-pâte ! Tim Burton voulait faire un film artisanal avec ses amis, mais l’intrusion de la 3D gêne un peu et le décalage entre les deux techniques n’est pas toujours assumé.

 

Au-delà de ce défaut, somme toute mineur, même si sur un plan visuel, ce genre de détail n’est pas à négliger, Mars Attacks vaut surtout pour son délirant jeu de massacre !! Le réalisateur n’hésite pas à ridiculiser toutes les institutions à commencer par la Maison-Blanche. Le couple présidentiel est un couple de beaufs, tout juste sauvé par la candeur et la gentillesse de leur fille, les militaires sont soit des abrutis bellicistes soit des planqués à côté de la plaque, les gens de médias sont arrivistes, superficiels, incultes et imbus d’eux-mêmes. Quant aux scientifiques, on a le choix entre l’imbécile heureux persuadé qu’une civilisation avancée ne peut être que pacifique (incroyable Pierce Brosnan !!) ou le savant allemand à côté de la plaque et dont les inventions prêtent vraiment à rire ! Avec une telle brochette d’incapable, les Martiens n’ont aucun mal à dévaster notre planète, avec un cynisme confondant ! Ainsi, alors que ses collègues désintègrent à qui mieux mieux, un Martien se trimballe avec un haut-parleur disant « Nous sommes vos amis ».

 

En s’acharnant ainsi sur les travers de son pays, Burton donne évidemment d’énormes bâtons pour se faire battre. Le côté caricatural totalement assumé par le script, mais aussi les acteurs en rajoutent encore. Et si tous les gags ne font pas mouche, la volonté de faire rire le public est là et bien là !! Burton a voulu faire un film de sale gosse et ne rien respecter. Sur le moment, cela a dû sembler une bonne idée à la Warner.

 

Comme souvent chez le réalisateur, ce sont donc les petits, les sans-grade qui sortiront grandis de cette histoire. Un vendeur de beignet écrasé par le machisme de son frère, une grand-mère méprisée par ses enfants, un boxeur en fin de course ou deux jeunes gamins noirs qui vont jusqu’à s’improviser gardes du corps du président, ce sont bel et bien ceux que l’Amérique triomphante méprise qui vont sauver le pays ! Et Burton enfonce le clou en faisant jouer la musique patriotique de mise par un orchestre mexicain !! Rien n’est respecté, mais c’est pour le rire.

 

Pour le rire ? Peut-être pas après tout ! On sait que Burton aime les loosers magnifiques, qu’il ne supporte pas les héros sans faille. Avoir fait un film sur celui que l’on a considéré comme le pire réalisateur de tous les temps montre qu’il a une vision bien particulière de la réussite, qualité ô combien glorifiée dans l’Amérique de Clinton. Son film reflète sans aucun doute ses idées ! Mars Attacks est un film très politique, un véritable pamphlet camouflé dans une comédie SF. Et c’est sans doute là, la plus grande injustice. Car si le film avait été un drame urbain décrivant une Amérique à la dérive, la réaction du public aurait sans doute été meilleure. En marchant sur les traces d’un John Carpenter qui, coïncidence, connaîtra un échec cinglant la même année avec Escape from LA(et qui n’était pas tendre non plus pour l’Amérique), Burton a peut-être présumé de ses forces. Malgré le casting, malgré le sujet, malgré la SF, le public ne suivra pas.

 

On sait que le film fut mis en concurrence avec ID4dès sa mise en chantier. Et c’est sans doute ce qui a perdu Mars Attacks. Au traitement « sérieux » de l’Allemand s’opposait un traitement potache d’un sale gosse d’Hollywood. Or, l’Amérique des années 90, même si elle est dirigée par un démocrate, Bill Clinton, reste un pays où l’on ne badine pas avec les valeurs patriotiques, valeurs que Burton prend un malin plaisir à dézinguer ! Le constat sera sans appel : à peine 37 millions de dollars de recette, quasiment 10 fois moins que ID4. Et le reste du monde, contrairement à une légende tenace, ne suivra pas vraiment plus. Si l’on excepte 2 millions d’entrées en France, Mars Attacks ne rapportera que 63 millions supplémentaires. De quoi rembourser certes le budget, mais on est loin du triomphe qu’espérait la Warner. Décidément, en cette année 96, mieux valait casser de l’Alien de manière militaire que d’y résister avec de la musique…

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 17:30

dis.jpgLe pitch : un installateur du câble va s’introduire dans la vie d’un jeune homme bien sous tout rapport.

 

En 1996, Jim Carrey est le nouveau roi de la comédie américaine. Les deux Ace Ventura et The Mask en ont fait une star, et il va toucher 10 millions de dollars pour incarner l’homme-mystère dans Batman Forever. Son style cartoon et son débit de parole ultra-rapide séduisent le public, et son humour, parfois outrancier, font hurler de rire les foules. L’acteur, jamais avare de défi, est à la recherche d’un rôle qui permettrait de sortir un peu du comique pur et dur et de montrer sa face noire. Car Carrey est un homme tourmenté comme le montre les interviews de l’époque. Disjoncté sera le véhicule qu’il voulait. Et même si le film ne sera pas le triomphe espéré, il reste sans doute l’un de ses meilleurs films à ce jour.

 

Armé d’un script en béton, Carrey va aller chercher Ben Stiller, jeune réalisateur qui n’est pas encore connu comme acteur, et Matthew Brodderick, la star de Wargames, Ferris Bueller, Family Business ou Glory mais qu’on a un peu perdu de vue. Son jeu totalement à l’opposé de Carrey fera merveille. Tout est prêt pour le trio qui, doté d’un budget confortable de 47 millions de dollars (dont 20 iront dans la poche de Carrey) va se lancer dans un film destiné à être un des hits de 1996 !

 

Disons le tout de suite, si je considère Disjoncté comme l’un des meilleurs films de Carrey, c’est parce qu’il a su à merveille concilier tous les aspects du comédien : tel un Louis de Funès moderne, il grimace à merveille, se grime et ne recule devant aucun gag, y compris les plus salaces (la scène du jeu du mot de passe porno !!) . Mais en même temps, il développe des aspects bien inquiétants, plus proche d’un Norman Bates que du Stanely Ipkiss qu’adorent les enfants ! Il manipule, ment, fait chanter ses clients et peut passer de l’expression la plus charmante à celle d’un tueur prêt à fondre sur sa proie ! A côté, Matthew Brodderick est formidable en monsieur tout le monde totalement dépassé et qui n’ose dire non, dans un premier temps, à cet envahisseur gonflé.

 

Carrey et Stiller viennent de la télévision. Ils l’aiment et la détestent. Du coup, le film est construit comme une suite de petits sketches qui pris individuellement pourraient faire des courts-métrages hilarants. Mais en les liant entre eux par cette étrange amitié, le scénario les conduit à une conclusion implacable. La mise en scène respecte d’ailleurs les codes de la télé, tout en s’autorisant plusieurs mouvements de grande ampleur.

 

Disjoncté aligne les scènes cultes, comme celle du Karaoké, celle du basket ou, ma préférée, celle où les deux héros vont manger dans un restaurant moyenâgeux ! Le combat qui s’ensuit est le sommet du film, celui où Carrey devient littéralement un autre et où Stiller s’en donne à cœur joie. En voyant ce type de scène, on peut comprendre pourquoi la comédie américaine est tellement supérieure à la française, n’hésitant pas à mélanger les genres, à aller très loin.

 

Mais au delà d’une comédie, c’est surtout la formidable construction du film qui interpelle. Le revoir plusieurs fois permet de constater que, par exemple, les membres de la soirée karaoké sont tous présents à un autre moment du film, dans la prison, dans le restaurant où Carrey « corrige » un soupirant de la fiancée de Steven ou parmi les policiers qui viennent arrêter Steven pour recel. Sans compter cet extraordinaire fil rouge que constitue le procès d’un frère ayant assassiné son jumeau et qui sera le point d’orgue final, quand Carrey détruira la grande antenne parabolique !

 

Disjoncté fut mal accueilli en son temps, même s’il récolta un peu plus de 100 millions dans le monde entier. Je me rappelle l’avoir vu dans une salle quasi vide la semaine de sa sortie et avoir cherché le Laserdisc pendant des semaines. On ne le trouva pas assez drôle ou pas assez effrayant. Il n’était que trop en avance sur son temps. Carrey le compris et redressa rapidement la barre avec Menteur, Menteur puis The Truman Show ! Mais que ce « faux-pas » soit désormais regardé comme un film majeur n’en est que la plus belle revanche.

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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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