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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 18:27
Mon voisin Totoro

Le pitch : deux soeurs et leur père s'installe  dans une vieille maison en bordure de forêt. Leur mère est hospitalisée depuis un long moment. Rapidement, la plus jeune des soeurs va rencontrer d'étranges créatures dans la forêt.

 

Le monde de l'animation ne serait pas le même sans le génie d'Hayao Miyazaki. Malgré des préjugés tenaces sur les animés japonais dans notre pays (trop violent ! mal dessiné ! grossier ! animé à la serpe !!), les films d'animation venant du Soleil levant se révèlent souvent être, au pire, de très beaux ouvrages !

 

Mais Miyazaki est encore au dessus de cette fantastique mêlée ! Et Mon voisin Totoro, qui fêtera ses 30 ans l'année prochaine, est sans aucun doute l'un de ses plus beaux fleurons ! Un jalon dans une filmographie qui, excusez du peu, contient Porco Rosso, Le château dans le ciel, Nausicaa, Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro !! Et même ses oeuvres "mineures" comme Kiki la petite sorcière ou Ponyo sont au-dessus de pas mal d'animations occidentales !

 

Totoro est cependant un film particulier. Tout d'abord, le personnage principal a donné le logo du studio Ghibli. Ensuite, la coloration naïve (en apparence) de l'histoire fait qu'il s'adresse à absolument tout le monde, du bambin de 3 ans à l'adulte qui a su garder une âme enfantine. Mais derrière ce monde coloré et fantasmagorique (Totoro et ses émules, le chat-bus, les arbres géants) se cache une très belle réflexion écologique. Ainsi, la scène où les deux soeurs aidées de Totoro vont pousser des graines à une vitesse stupéfiante est une très belle métaphore de ce que la nature offre si on la respecte et si on l'aime. On est  bien loin du prêchi-précha à la truelle de certains, sur l'obligation de garder un réel contact avec la nature.

 

C'est parce que Mei et Satsuki vont découvrir la vie à la campagne qu'elles vont ouvrir leur coeur à Totoro. Rêvent-elles ? Est-ce la réalité ? Le film brouille quelque peu les pistes, même si la première hypothèse est sans doute la bonne.

 

Et au delà de ce message écolo, le deuxième sous-titre de Totoro est bien évidemment la famille. Les deux soeurs sont séparées de leur mère et malgré la présence d'un père aimant, elles en souffrent. La maladie qui touche leur mère peut être vu comme un obstacle supplémentaire au développement de leur vie. Il leur manque clairement quelque chose, et c'est cette absence qui va faire que Mei se réfugie dans un monde onirique puis qu'elle va y entraîner sa soeur. Et même leur père comme on peut l'entrevoir dans quelques petites scènes fugaces.

 

Chez Miyazaki, le fantastique apparaît au détour d'une rue, d'un bosquet, d'une baie. Rien n'est expliqué formellement (ce qui gêne certains spectateurs adeptes du rationnel) et tout est laissé à l'imagination de celui qui voit le film. Ainsi, on ne saura rien des origines de Totoro et c'est tant mieux. Libéré de toutes explications superflues, le cinéma du maître nippon en devient intemporel !!

 

Techniquement, le film a beau avoir 29 ans, il reste très abouti. Les merveilleux décors à l'aquarelle voisinent avec des personnages animés à la perfection ! Un travail énorme sur les ombres donnent tout le relief nécessaire. Enfin, les mimiques de Mei et sa soeur révèlent là aussi des trésors de détails, drôles et tendres. Totoro est un film sur les merveilles de l'enfance, malgré ses difficultés.

 

Le Blu-ray, récemment édité propose une copie fabuleuse et un bonus qui ne l'est pas moins : le storyboard animé du film. Pour le son, préférez bien sûr la version japonaise, très pure, même si le doublage français est très fidèle.

 

J'envie celui qui découvrira Totoro pour la première fois car il plongera immanquablement dans des souvenirs qu'il avait sans doute refoulés. Quand à l'enfant qui le verra aussi pour la première fois, nul doute que le bon gros Totoro le marquera à jamais !

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 07:10
Quand la VF change le sens d'un film

Cela faisait un bon bout de temps que je désirais vérifier si la fin de L'homme des hautes plaines était modifiée par sa version française. En effet, comme beaucoup, avant l'apparition du DVD, je n'avais vu le western de Clint Eastwood qu'en français. Et la dernière phrase, dans la scène où le nain Mordecaï inscrit le nom du shérif tué à coup de fouet durant les flash backs sur sa pierre tombale, laissait entendre que toute les machinations du héros n'étaient motivées que par la vengeance. Cette phrase est "Prends en bien soin, c'est la tombe de mon frère". Et Mordecaï de regarder Eastwood d'un air ébahi voire effrayé.

 

Revenons un peu au début de l'histoire. Eastwood, désigné sous le nom de "L'étranger" dans le générique arrive à Lago, petite ville située au bord d'un lac. Cette ville a été le théâtre d'un lynchage quelques années auparavant : le représentant de la loi a été tué sans que les habitants de la ville ne lève le petit doigt. Au contraire, cette mort les arrange car le shérif menaçait leurs intérêts. Mais cela, le spectateur ne l'apprendra qu'au cours du film.

 

Eastwood montre vite son habileté aux armes et accepte de défendre les villageois, malgré tout le mépris qu'il semble leur porter, contre les trois truands qui ont assassiné le shérif et qui, après un an en prison, ont juré de se venger de la ville. Rapidement, Eastwood va imposer tous ses caprices à Lago, nommant le nain maire et shérif, formant une milice, humiliant les habitants. Sa demande la plus étrange consiste à faire repeindre toute la ville en rouge, ville qu'il rebaptise du nom de Hell (l'enfer).

 

Et quand les trois truands arrivent, il laisse finalement les habitants à leur triste sort et la ville être ravagée. La lâcheté des villageois éclate à nouveau au grand jour, aucun ne voulant se dresser contre les tueurs. 

 

Finalement, Eastwood va régler son compte aux trois tueurs une fois la ville en flamme. Il sera cependant sauvé par le nain qui empêchera l'un des villageois de l'abattre dans le dos.

 

Fin de l'histoire donc : Eastwood a vengé son frère des tueurs, mais s'est également vengé de la ville qui n'a rien fait pour empêcher le lynchage.

 

Sauf que la VO donne une autre version. La phrase que prononce Eastwood quand le nain l'interroge est "Tu le sais" et non "C'est la tombe de mon frère". Ce qui amène fortement à penser que Eastwood est bel et bien le shérif lynché et que, revenu d'entre les morts, il a accompli sa propre vengeance. Du coup, le film prend une autre teneur, un virage fantastique à la Shyamalan. Et la phrase explique alors le visage de Mordecaï qui comprend qu'il a servi un fantôme durant toute l'histoire.

 

Il paraît incroyable qu'une telle modification ait eu lieu, que l'esprit cartésien du traducteur ait privé durant des années le public français d'une tout autre signification. A l'heure des sorties simultanées, de l'internet, de la VO démocratisée, cette traduction apparaît comme un aspect désuet d'une époque totalement révolue.

 

Pour le reste, L'homme des hautes plaines reste fidèle à mon souvenir : un western crépusculaire sans concession où le héros n'a que faire de la morale. Bref, un des nombreux chefs d'oeuvre d'Eastwood.

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 16:28
Nom de Zeus !!!

Il n'aura échappé à personne que nous sommes le 21 octobre 2015, date où Marty McFly arrive à notre époque, dans la voiture temporelle de Doc afin d'éviter à son fils d'aller en prison.

 

Comme tous les grands films de SF, Retour vers le futur 2 s'est planté sur pas mal de trucs : pas de skate board  ni de voitures volantes, pas de jeunes avec les poches retournées, pas de double cravate, Jaws n'en est resté qu'au n°4...

 

Mais où le film ne s'est pas trompé, c'est que, 30 ans après la sortie du premier volet, la trilogie de Robert Zemeckis est toujours aussi populaire ! Un nouveau coffret Blu-Ray est disponible et on peut de nouveau voir les 3 films dans les salles.

 

Et c'est bien cela l'essentiel !!

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 06:33
Le prince de New York (*****)

Le pitch : Un policier d’élite de la brigade anti-drogue de New York décide de dévoiler les combines dont usent certains de ces collègues vis à vis de la pègre à un procureur ambitieux.

 

Les années 70 ont vu passer sur nos écrans de grands films désabusés sur une Amérique en perdition, cherchant ses repères morales et dénonçant les dérives d’un système à bout de souffle. Serpico, la série des Dirty Harry, Les chiens de paille en furent sans aucun doute les meilleurs représentants. Dans ces films, la grande ville américaine était montré sous tous ses aspects, y compris les moins reluisants.

 

Puis, comme toute souvent, la « mode » est passée. L’avènement d’un cinéma plus positif et tourné vers le divertissement a changé la donne et le film urbain a décliné. On peut donc considérer Le prince de New York comme un magnifique chant du cygne.

 

A l’origine, comme souvent, on trouve un livre, celui écrit à 4 mains par un policier et un romancier. Dans ce dernier, Daniel Bello expliquait comment il avait été amené à fermer les yeux sur certaines pratiques de la brigade anti-drogue puis à y participer activement. Ayant eu un jour un déclic sur le fait que ces pratiques allaient contre le serment qu’il avait prêté en tant que policier, il décida de soulager sa conscience et de s’en ouvrir à un procureur enquêtant sur la corruption dans la fonction publique.

 

Mais rapidement, il se trouva dépassé par ses révélations. Désireux d’épargner ses collègues les plus proches, il se vit dans l’obligation de les dénoncer. Il fut obligé de vivre sous protection policière avec sa famille, de déménager, d’espionner à la fois truands et policiers. Et il eut le sentiment que l’on se servait de lui sans vraiment chercher à le ménager.

 

Le film de Sidney Lumet suit donc pas à pas l’histoire de Bello, le montrant tout d’abord dans son travail de tous les jours, ses relations complexes avec ses indics , qu’il fournit en drogue, allant jusqu’à agresser des dealers pour pouvoir alimenter ses propres junkies. On devine dans cette première partie que son train de vie ne cadre pas tout à fait avec son salaire et que l’argent soutiré aux trafiquants ne va pas forcément dans les caisses de l’Etat. Enfin, on comprend que sa brigade est une véritable famille, peut être plus que celle qu’il a formé avec sa femme et ses enfants.

 

Le film prend bien soin de montrer l’univers de Bello, une ville sordide où la drogue ronge la société, engendrant la violence (insoutenable scène où l’un des indics bat sauvagement sa compagne coupable de s’être injectée toute l’héroïne que Bello vient de trouver au couple) et où chacun essaye de tirer son épingle du jeu. Bello pense qu’il fait sérieusement son travail et il ferme les yeux sur les trafics dont lui même bénéficie. Les résultats de sa brigade étant exceptionnels, sans doute se croit-il intouchable.

 

Cette partie, la plus courte, est celle où la mise en scène va être la plus ample, la plus baroque. Comme Lumet l’explique bien dans le petit making of présent sur le DVD, il a ensuite resserré les cadrages sur les acteurs, minimisé les décors afin que le spectateur puisse progressivement ressentir le tourment intérieur du « héros ».

 

Puis dans une deuxième partie, bien plus longue, le film va se tourner vers Bello le mouchard, qui porte un micro en permanence afin de piéger les truands dans un premier temps, puis les policiers les plus touchés par la corruption et enfin ses propres collègues. Au fur et à mesure que l’enquête va se rapprocher de son cercle d’ami, Bello va s’effondrer , sa famille va subir les contre-coups de son action. Et quand il va devoir dénoncer ceux avec qui il a partagé combine et argent, les conséquences seront terribles : suicide, assassinat, mise en abime de son couple. Bello devient le jouet d’une machine impitoyable qui entend éradiquer la corruption sans se soucier que les arrangements avec une partie de la pègre sont une condition sine qua none pour que la justice avance. 

 

La dichotomie entre Bello, homme efficace mais que l’on devine simple voire frustre et les enquêteurs de la commission devient énorme : ces derniers ne pensent absolument pas aux conséquences de leur travail. Seuls comptent les résultats et  tant pis si ils doivent briser des hommes qui, malgré leur arrangement avec la morale, ont protégé la population de périls bien plus grands encore.

 

Mais la force du film est de ne pas tomber dans le moralisateur et encore moins dans le spectaculaire. La violence éclate parfois de manière totalement inattendue (la scène du restaurant) et plus d’une fois Bello va sentir passer le vent du boulet. Ce qu’il pensait n’être qu’une enquête de routine et la dénonciation de quelques ripoux va vite se transformer en quelque chose de très dangereux. Et le peu de soutien qu’il va ressentir de la part de certains de ceux qui sont venus le solliciter va encore plus l’enfoncer dans la déprime voire la névrose.

 

Enfin, dans une dernière partie, c’est lui même qui va se trouver au coeur des accusations. Quand l’avocat d’un parrain qu’il a fait arrêter grâce à ses écoutes va le mettre sur la sellette, le mettre en accusation et qu’en parallèle les hommes de sa brigade vont subir le contrecoup de son travail, Bello perd pied, il s’effondre littéralement. Lumet prend alors soin de dépeindre sa solitude. Ainsi, il filme l’une de ses entrées au tribunal en le cadrant de très très loin. Bello est devenu une silhouette quasi anonyme dans les mains d’une justice pour qui il n’est qu’un instrument.

 

Et s’il parvient à ne pas tomber comme ses collègues, on sent que c’est au prix de multiples parjures et que cette culpabilité va le ronger toute sa vie.

 

Avec Le prince de New York, Sidney Lumet signe un film à la fois austère (au fur et à mesure que l’on avance, les éclairages, les cadrages changent et deviennent moins sophistiqués) et généreux (130 lieux de tournages différents, des dizaines de rôles parlants, parfois interprétés par des acteurs amateurs). On lui a reproché sa longueur (plus de 2H30), mais il fallait au moins cela pour raconter une histoire aussi complexe. Mais surtout, ce qui fait de ce film une oeuvre magistrale, c’est bien cette plongée sans fard dans un univers teinté de gris, où chacun semble cacher quelque chose, où il n’y a pas vraiment de héros et où les conséquences des actes peuvent rapidement tourner au drame.

Evidemment, pour porter un tel film, il fallait un acteur solide. Outre les nombreux seconds rôles nécessaires (dont Lance Heriksen !!), c’est bien la composition magistrale de Treat Williams qui retient l’attention. Comme le dit Lumet, il fallait un acteur à la fois « sexy » et capable de susciter l’empathie du spectateur. Car, mine de rien, on raconte là l’histoire d’un mouchard, personnage pas vraiment sympathique. Passant petit à petit du flic arrogant à un homme brisé par le poids de ses révélations, Treat Williams incarne à la perfection le personnage. Il est d’ailleurs un peu dommage qu’il n’ait pas obtenu une carrière plus importante (son dernier grand film fut Un cri dans l’Océan qui fut hélas un échec commercial cuisant). Mais ici, il inonde l’écran de la même manière que Al Pacino inondait les 2 volets du Parrain des seventies.

 

A l’heure où quelques festivaliers snobs s’extasient devant des mises en scène minimalistes, il est bon de se rappeler qu’il fut un temps où le cinéma américain construisaient des films en apparence simples, mais qui se révélaient infiniment plus complexes que toutes les Palmes récentes. La redécouverte de ce film est donc nécessaire à tout cinéphile qui se respecte et à tous ceux qui ont envie de se plonger dans les seventies américaines, cette période trouble à la fois si proche et si éloignée.

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 07:10
Witness (*****)

Le pitch : pour protéger un enfant amish , témoin du meurtre d’un policier par un autre policier, un inspecteur de police doit se réfugier dans sa communauté.

 

Lors de la sortie de Witness, le monde entier découvrit une communauté qui semblait hors du temps (et qui l’est toujours) : les Amish. Au delà du choc de savoir qu’il existait encore en 1985 des gens qui refusaient l’électricité, le téléphone, les voitures, les armes et qui conformaient leur vie aux Ecritures, ce qui me frappa quand je vis ce film au cinéma, c’était qu’Harrison Ford pouvait être quelqu’un d’autres que Han Solo, Indiana Jones ou un Blade Runner. Et qu’un film qui ne compte que quelques coups de feu, une cascade et une bagarre pouvait se révéler aussi passionnant qu’un polar urbain bien charpenté.

 

Peter Weir (qui a signé depuis des claques majeures comme The Truman Show ou Le cercle des poètes disparus) n’était pas un novice lors de la réalisation de Witness. Les voitures qui ont mangé Paris, Pique-nique à Hanging Rock, Gallipoli ou la dernière vague étaient là pour en témoigner. Mais avec Witness, il atteint une sorte de grâce avec une mise en scène épurée, une plongée sans aucun misérabilisme ou voyeurisme chez les Amish et une direction d’acteur exceptionnel, à commencer par un tout jeune Luke Haas.

 

Le film se divise clairement en 3 parties. La première voit le jeune Samuel et sa mère découvrir brutalement l’univers des Anglais. Les personnages sont rapidement présentés et les enjeux immédiatement posés. Puis l’action se décale dans une Pennsylvanie que l’on pourrait croire irréelle (mais qui existe bel et bien, j’ai pu le constater à l’été 2015). Subtilement, Weir évite le syndrome « Eléphant dans un magasin de porcelaine » et force est de constater que John Book va finalement se fondre rapidement dans cette vie simple, où le temps n’existe pas et où l’individu est au service de la communauté. Bien entendu, son attirance envers Rachel, la mère de Samuel, apporte une légère romance, essentielle à l’équilibre de l’histoire. La scène où il la voit, poitrine nue, est une merveille de sensibilité. Le dialogue qui suit (« Si nous avions fait l’amour, soit j’aurais du rester, soit vous auriez vu partir) montre combien Book  a compris où il se trouvait et qu’il est bien conscient d’être une anomalie.

 

En décrivant dans cette longue partie centrale, la vie des Amish, Peter Weir fait preuve d’un respect infini, ne juge jamais ou ne donne aucune leçon de morale. Bien entendu, le décalage entre la vie urbaine et violente de John Book et un monde où prévaut la non-violence et le respect, parfois forcené, des traditions, amène quelques scènes comiques (la traite des vaches), mais jamais le le film ne tombe dans la grosse farce. Le point d’orgue est une longue scène où la communauté va construire une grange pour un jeune couple. Les talents de menuisiers de Book (petit clin d’oeil à l’ancien métier de Ford) aideront grandement à son intégration.

 

Enfin, une dernière rapide, plus courte et plus intense, offre l’affrontement en John Book et les policiers ripoux qui le traquent depuis le début de l’histoire. Et une fois de plus, Weir ainsi que le scénario résistent à la démagogie de faire intervenir les Amish de manière violente. C’est fidèle à leur tradition qu’ils permettront à Book de sauver sa peau. Ce dernier aura tout de même éliminé de manière définitive deux de ces trois poursuivants (dont un Danny Glover à contre-emploi du rôle qui l’a rendu célèbre dans L’arme fatale).

 

Le refus d’un happy end complet est symbolisé par le retour de John Book dans son monde. Il laisse finalement Sarah derrière lui alors que l’on aurait pu croire qu’il se serait intégré chez les Amish, malgré son statut d’anglais. C’est une fin désabusée où le héros malgré sa victoire n’obtient pas la fille de l’histoire. Mais finalement, rien ne nous dit que cette fin est figée et les amateurs d’histoires qui finissent bien pourront toujours imaginer leur propre conclusion.

 

Après ce coup de maître, Peter Weir se fera plus rare au cinéma. Le fabuleux Cercle des poètes disparus, l’élégant, mais un peu vain Green Card (avec Depardieu), le magistral Truman Show (sans doute le meilleur film de Jim Carrey avec Dijoncté), le très beau Masters and Commanders en 2004. Qu’importe, Witness a figé pour l’éternité une communauté qui, finalement, ne demande pas à intégrer notre siècle. C’est sans doute le plus bel hommage qu’il pouvait lui rendre.

 

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 06:37

Le pitch : Une double plongée dans la pègre de Hong Kong à travers le destin contrarié de deux frères, l’un policier, l’autre gangster.

 

Revoir ces deux films 20 ans après leur première exposition au grand public en France permet de se rendre compte de deux choses : même si John Woo a fait d’énormes progrès depuis ce doublé de « jeunesse », l’essence de son cinéma est bel et bien présent et que son travail a été pillé sans vergogne par des cinéastes aussi ambitieux que les personnages les moins recommandables du Syndicat du crime.

 

Produit par un Tsui Hark au sommet de sa gloire, Le syndicat du crime se veut une plongée âpre et violente dans les bas-fonds de Hong Kong, à une époque (les années 80) où la ville était toujours sous protectorat anglais, et non rattachée à la Chine. Fortement inspiré des polars américains, mais aussi de l’oeuvre de Jean Pierre Melville (même si cette influence sera bien plus forte dans The Killer), John Woo n’a pas laissé échappé sa chance de tourner le dos aux comédies balourdes dont il était , un peu malgré lui, l’un des fournisseurs locaux. Cependant, dans ces deux films d’apprentissage, il est clair que de mauvais réflexes perdurent encore , avec quelques scènes plus ou moins burlesques , un cabotinage parfois effrayant de Chow Yun Fat et des cadrages ne mettant pas vraiment en valeur les personnages.

 

Si l’on ajoute une musique absolument épouvantable et sirupeuse, lors des scènes plus intimes (le premier film s’attarde sur la romance entre Kit, le policier, et sa jeune épouse, tandis que dans le deuxième, cet aspect sera traité de manière plus discrète) et une certaine propension à lancer les violons dans des scènes lacrymales, on peut, sans se faire accuser de crime de lèse-majesté que Le syndicat du crime n’a pas trop bien vieilli. 

 

Le jeu parfois outré des acteurs peut d’ailleurs rebuter celui qui n’est pas habitué au cinéma de Hong Kong. Préférez d’ailleurs la version originale sous titrée, la VF étant épouvantable, si vous ne voulez pas que cette expérience cinématographique se transforme en cauchemar.

 

Mais au delà des nombreux défauts du film, accentués par une photographie assez quelconque et une lumière d’une banalité à faire peur (il est clair que l’industrie du cinéma locale tournait  à la va vite et ne préoccupait de qualité visuelle), c’est bien le style Woo que l’on voit naître. Encore quelque peu brouillon dans le premier , il devient nettement plus efficace dans le deuxième. On sait qu’il faudra encore 3 films pour que John Woo atteigne la perfection. Ce sera avec A toute épreuve, incroyable feu d’artifice doublé du baroud d’honneur d’un cinéaste qui s’apprêtait à partir en « exil » aux USA.

 

Ce qui a fait la notoriété de Woo, ce sont ces scènes d’action et ses gunfights. Ici, en s’appuyant sur un scénario somme toute classique (le truand qui échoue dans rédemption ), l’accent est mis sur des combats chorégraphiés comme des scènes de ballet. L’autre influence de Woo était Jacques Demy, l’auteur des Parapluies de Cherbourg et créateur des plus grandes comédies musicales française, à une époque où ces mots avaient un sens. Les corps volent dans des gerbes de sang et la violence graphique, extrêmement audacieuse dans le cadre d’un polar, devient prétexte à des affrontements homériques. Criblés de balles, les protagonistes mettent des heures à mourir et tant qu’ils peuvent tirer, ils tirent. Chow Yun Fat en est le parfait exemple : massacré à la fin du premier film, son frère jumeau ira jusqu’à reprendre son pardessus troués par les multiples impact dans le deuxième. Ce trait scénaristique que l’on ne peut que qualifier d’éculé passe d’ailleurs comme une lettre à la poste.

 

L’une des scènes les plus célèbres du Syndicat du crime 1 est celle où Chow Yun Fat prépare son gunfight en cachant des armes dans les pots de fleur. Filmé dans une alternance de ralenti et de plans très rapides, le massacre qui s’ensuit deviendra rapidement la marque de fabrique du cinéaste. Elle sera tellement copiée qu’elle ne lui appartiendra même plus. Et puisque le scénario n’épargne rien à ses personnages (trahison, blessures physiques, humiliations psychologiques), le chemin de croix entamé par chacun ne peut que se terminer dans un bain de sang. Woo est chrétien et ne s’en est jamais caché. Il croit à la rédemption, mais celle ci doit forcément passer par un sacrifice. 

 

Le premier film ayant rapporté beaucoup d’argent, Tsui Hark refusa de tuer la poule aux oeufs d’or et lança rapidement une séquelle. Il fit revivre le personnage de Chow Yun Fat lui donnant un frère jumeau. L’action ne se limitait pas à l’Asie (certaines scènes du premier film sont sensées se dérouler en Corée) et se déplaçait à New York, un New York de carte postale d’ailleurs (quelques plans du pont de Brooklyn, des grattes-ciels) montrant que l’utilisation du cliché n’est pas qu’occidentale.

 

Mais ce qui différentie le Syndicat du Crime 2 est une meilleure maîtrise de l’histoire, plus complexe et une surenchère à tous les niveaux : plus de personnages, plus de gunfight, plus de trahison. De ce fait, les relations entre les personnages , notamment entre Kit et sa femme ou son frère, pâtissent un peu de cette volonté d’en faire toujours plus. C’est un petit reproche que l’on excusera tant les scènes d’action surclassent celle du premier volet.

 

Et à ce titre, l’affrontement final entre les 3 des 4 personnages principaux et le caïd qui les a trahit est absolument incroyable. Cependant, un sentiment étrange de déjà vu nous éprend : ces murs blancs maculés de sang, ces fusillades dans le cadre d’une maison très chic, ces corps volant sous l’impact d’un fusil à pompes… Au bout de quelques instants, on reconnaît l’une des scènes phares de Django Unchained. Si Tarantino n’a jamais caché son attirance pour le cinéma de Hong Kong (Reservoir Dogs est sa version très personnelle de City on Fire) et qu’il n’a jamais nié qu’il le pillait, il est clair qu’il a autant revu la version italienne de Django que Le syndicat du crime 2. Et sur le coup, il s’est fait plus discret.

 

Presque 30 ans après leur sortie, les Syndicats du Crime sont à redécouvrir. Et même si les DVD sont quasiment nus, ils permettent d’assister à la naissance d’un cinéaste qui fut un acteur majeur du médium durant près de 15 ans avant de se perdre dans des méandres hollwyoodiennes , n’y réussissant véritablement que 2 films (Volte face et Windtalkers) et de revenir en Chine pour y tourner un film bien plus ambitieux, les 3 royaumes, saga sur la naissance de son pays, que d'aucun ont qualifié de "très nationaliste". 

 

Mais pour les amateurs de cinéma asiatique, ce sont bien ces deux Syndicats qui lui auront permis de mettre le pied dans le panthéon du 7e art !

 
Le syndicat du crime 1&2 (*** et ****)
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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 06:39

Le pitch : le destin d’un notable juif qui poursuivra une vengeance implacable avant de rencontrer le Christ et comprendre la valeur du pardon.

 

De Ben Hur, on a en tête deux images : la course de char (qui demanda 3 mois de préparation et de tournage) et le combat naval avec l’éperonnage de la galère. Si l’on pousse un peu plus loin, on aura les figurants par milliers, les décors écrasants et la stature de Charlton Heston, quasi demi-dieu inondant le film de sa présence !

 

Pourtant, réduire le chef d’oeuvre de William Willer à ces clichés serait une erreur. Car, comme le dit le sous-titre du film, Ben Hur est avant tout une histoire du Christ. C’est par lui que le film commence (la séquence de la nativité), c’est par lui qu’il se termine (la cruxifiction et la guérison miraculeuse des lépreuses) et c’est lui qui est le fil rouge de l’histoire : quand il donne de l’eau à Judas Ben Hur, quand il réunit les foules pour leur parler et quand il monte vers le Golgotha. Son nom sera dans la bouche de tous les protagonistes et  sans jamais montrer son visage, il est la véritable force du film.

 

Cependant, c’est bien Judas Ben Hur que l’on va suivre durant la grande majorité des 222 minutes de film. De sa naissance dorée à sa chute pour ne pas avoir voulu trahir son peuple, de l’injustice que va subir sa famille à l’enfer des galères, de sa renaissance en tant que fils d’un amiral romain à son retour en Judée et enfin sa terrible revanche sur Messala, Ben Hur est le fil conducteur de l’histoire. Chaque personnage subit le poids de ces décisions, de ses infortunes ou de ses gloires. Il fallait donc un roc pour incarner un tel personnage et Charlton Heston n’en pouvait être que la parfaite incarnation de cette volonté inébranlable qui, sans jamais s’écarter de sa route, va l’amener à accomplir son destin.

 

Si pour certains spectateurs, le film peut sembler bavard (les dialogues occupent l’immense majorité du métrage), c’est faire peu de cas de la qualité de ces scènes. Magistralement captés, les échanges entre tous les protagonistes de l’histoire, les passages de l’amitié à la haine, les leçons que chaque personnage cherche à asséner à son entourage et surtout le mélange de la grande histoire à celle plus personnelle de Ben Hure rendent le film passionnant ! On peut même y voir, en creux, un terrible aveu d’impuissance de notre époque car en 1961, nul besoin d’expliquer de long en large le contexte historique.

 

Si, 50 ans après, Ben Hur fascine toujours autant, c’est bien par sa démesure. Même les scènes intimistes sont grandioses de par les costumes, les accessoires ou les décors. Et à une époque où aucune aide numérique n’était disponible ! Il fallait construire les galères, la piste de la cour de char, les monuments de Rome, habiller des milliers de figurants, les équiper et les diriger comme on dirige une armée. Filmé en 70 mm, dans un Technicolor flamboyant, Ben Hur entendait vraiment être une expérience de cinéma ultime, à une époque où la télévision lui faisait une concurrence féroce. A l’instar de Lawrence d’Arabie ou des 10 commandements, il ne pouvait être fait que pour le grand écran.

 

Et même si l’édition de 2011 en Blu-ray est à tomber par terre, dans son coffret métallisé 6 disques (le film sur 2 Blu-ray , les suppléments sur un 2eme, le film sur 2 DVD et un CD reprenant une partie de la bande originale + un livret de 64 pages présentant des photos rares et surtout un monceau de coupures de presse) , rien ne remplacera sans doute le choc qu’on pu éprouver les spectateurs quand ils l’ont vu en salle !

 

Mais de cette démesure, de ces armées de figurants, de cette colossale impression que la grandeur de Rome écrase le monde, reste surtout le destin d’un modeste charpentier qui pour avoir donné de l’eau à Ben Hur le sauvera physiquement avant de le sauver moralement lors de sa mise à mort. La haine de Judas Ben Hur envers Rome disparaîtra parce qu’il aura su entendre le message de Jésus.

 

Ce sous-titre religieux a été éclipsé par la démesure du film, mais il est clair qu’il est le plus important : commencer le film par Anno Dominici ne laisse la place à aucun doute. Au delà du destin fabuleux de Ben Hur, c’est bien une histoire sainte qui nous est racontée.

 

Ben Hur (*****)
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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 19:02

Le pitch : pour endiguer une vague de crime à Détroit, un programme industriel décide de lancer un nouveau type de flic : un cyborg mi-humain mi-robot, Robocop !

 

Alors que la sortie du remake est imminente (et totalement inutile à mon avis), c'est le moment de revenir sur ce chef d'oeuvre de la SF brutal, un film insurpassable et éclaboussé par le talent du génial Rob Bottin , sans doute l'un des plus grands maquilleurs du siècle et dont personne ne sait pourquoi il a abandonné le métier au sommet de sa gloire.

 

En 1987, Paul Verhoeven signait son premier film de SF sur le sol américain, le premier d’une trilogie officieuse qui se poursuivrait avec Total Recall et Starship Troopers. Et pour ce premier coup d’essai, il signait surtout un coup de maître !!

 

Violent, politiquement incorrect, cynique, Robocop est tout simplement une vision totalement décalée de l’Amérique des 80’s vue par un Européen. Le thème n’est qu’un prétexte à vilipender les aspects les plus vils des USA, quitte à les exagérer fortement et à surfer sur les figures classiques voire clichesques de cette décennie où argent roi rimait avec vulgarité. Ainsi, les personnages sont bien catégorisés : le jeune cadre aux dents longues, prêt à marcher sur les autres pour réussir et pour qui une soirée réussie ne se conçoit pas sans cocaïne et prostituées, le vieux requin des affaires qui n’hésite pas à éliminer physiquement ses concurrents, le truand sans morale et sa bande d’acolytes tout aussi accro à la violence... Sans oublier la figure du flic héroïque.

 

Bref, il ne faut pas chercher dans Robocop une quelconque recherche sur les personnalités. Ni un scénario bien complexe. Dès les premières scènes, on comprend comment le film va évoluer et la seule « surprise » vient de l’alliance entre l’homme d’affaire et le truand (une idée d’ailleurs reprise, de manière légèrement différente dans Demolition Man).

 

Mais là n’est pas le propos. Vu au premier degré, Robocop n’est qu’une tentative réussie d’offrir un film d’anticipation violent et offrant au spectateur son lot d’adrénaline. Et même édulcoré par la censure (une version longue, paru en LD NTSC, offre des scènes bien plus gores, notamment lors de la mort de Murphy), Robocop ne fait pas dans la dentelle : membre arraché à coup de feu, corps rongé par l’acide, impacts de balles sanguinolents, le spectateur en prend pour son grade et le mépris de la vie affiché par certains personnages peut franchement mettre mal à l’aise. Avec un peu de retard, Verhoeven s’inspire ouvertement du premier Mad Max ou de la série Un justicier dans la ville. Pour lui, la violence graphique est un passeport pour attirer le public et faire passer ses idées.

 

Car au deuxième degré, le film en met plein la figure à l’Amérique. Comme je l’ai dit, Verhoeven n’hésite jamais à forcer le trait, à mettre le spectateur devant ses propres démons. La société consumériste est mise en pièce par des publicités géniales (un concept repris dans Starship Troopers) et tous les personnages ont leur face cachée. L’Amérique est alors montrée comme une société ultra violente, où l’on écrase l’autre avec des armes ou à coup de petites phrases lors d’un conseil d’administration. Une société où l’on profite de la mort d’un cadre innocent pour placer son idée. Une société où les riches pactisent avec le diable pour augmenter leur profit et où l’on sacrifie un policier pour pouvoir lancer son projet. Bref, une vision quasi marxiste de l’Amérique.

 

Avec la « venue au monde » de Robocop (fabuleuse scène où le spectateur ne le verra que dans le reflet d’un miroir dans un premier temps), le film prend une direction encore plus directe et rentre-dedans. Robocop n’est dans un premier temps qu’une machine aux ordres d’un cartel (et non de la police), puis il décide de se faire justice lui-même quand il comprend qu’il a eu une autre vie. À partir de là, les émotions prennent le pas sur la machine, mais la puissance de feu du cyborg le protège. Reste à trouver une façon satisfaisante d’éliminer le traître et là aussi, Verhoeven ne perd pas de temps : une phrase, un coup de feu et le tour est joué. Le film s’arrête sur un ultime clin d’œil et la preuve que Robocop est redevenu Murphy.

 

L’un des atouts du film réside dans ses effets visuels, étonnants pour l’époque et utilisant toute la palette des moyens existant avant l’arrivée en masse des images de synthèse. Le maquillage de Rob Bottin est hallucinant et les animations images par images témoignent d’une virtuosité quelque peu désuète, mais toujours aussi réjouissante. Verhoeven sait agencer les effets visuels, en tirer parti et il le prouvera à nouveau avec Total Recall et Starship Troopers. Et même si son budget n’est pas énorme, il sait le presser au maximum et se sert de tous les trucs possibles pour donner l’impression qu’il en a bien plus.

 

Robocop est bel et bien un monument du 7e art, malgré quelques petites scories de ci de là ! Donc, je repose ma question, quel est l'intérêt de le refaire en 2014 ?

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 14:04

Le pitch : depuis son enfance, Ellie scrute le ciel et les ondes radios. Devenue adulte et astronome, elle va capter un signal venu de l’espace qui va changer sa vie.

 

3 ans après Forrest Gump, Robert Zemeckis se tournait vers le roman-fleuve de Carl Sagan et en tirait un film magnifique, à la hauteur du livre et d’un humanisme confondant. Quelque peu ignoré par la critique et en partie par le public (100 millions aux USA, 70 dans le reste du monde. On est très loin des chiffres de Gump ou Roger Rabbit), Contact est un film à redécouvrir d’urgence. Non seulement parce que c’est sans doute l’un des plus beaux films  de Zemeckis, mais parce que son message reste d’une brûlante actualité.

 

À la base, il y a donc un roman très touffu et très technique signé Carl Sagan et écrit en 1986. Carl Sagan était un astronome à qui l’on doit la plaque de la sonde Pioneer et une fabuleuse série de vulgarisation scientifique, Cosmos (dont je ne sais s’il existe une édition vidéo). Dans son livre, il promène le lecteur d’un bout à l’autre de la planète et l’envoie au fin fond de la voie lactée. D’un sérieux très rigoureux, Contact n’a rien à voir avec de la SF classique. Ici, tout se veut réaliste, basé sur des faits, mais nulle sécheresse ne vient plomber l’histoire.

 

Il était donc naturel que Robert Zemeckis qui n’aime rien de moins que les défis décide de porter en image ces centaines de pages. Hélas, Carl Sagan n’aura pas l’occasion de voir son œuvre à l’écran car il décèdera en 1996, un an avant la sortie cinéma de Contact.

 

Tandis que le scénariste Michael Goldenberg (qui a écrit Harry Potter et l’ordre du Phénix) s’atèle à porter l’histoire afin que Zemeckis la filme, ce dernier se met en recherche de deux acteurs phares. Son choix se portera sur Jodie Foster, un choix judicieux tant l’actrice respire à la fois la candeur (elle n’a jamais été aussi rayonnante) et la rigueur scientifique. Mais c’est surtout l’évolution de son personnage dans la dernière partie du film qui est bouleversante. L’autre choix, c’est Matthew McConaughey qui, dans le rôle plus ingrat de Palmer Joss, incarne l’autre versant de la pensée humaine, une pensée tournée vers la religion et non la science. Au final, le couple n’a que peu de scènes communes à l’écran, mais elles illuminent l’histoire et lui donnent les indispensables ressorts pour avancer. La réplique finale de McConaughey résume à elle seule tout le propos du film «Moi, je la crois » !

 

Car Contact n’est pas qu’un film scientifique. Ce n’est pas qu’une réussite en matière d’effets visuels ou d’incrustation d’acteurs dans des scènes tirées de la vie réelle, notamment avec Bill Clinton. Ce n’est pas qu’un film où Ellie va devoir surmonter tous les obstacles pour vivre l’aventure de sa vie. Ce n’est pas qu’une merveilleuse histoire d’amour, entre un père et sa fille, entre Ellie et Palmer, c’est surtout une réflexion profonde sur la foi et sur les croyances.

 

Le film commence par un travelling impressionnant qui part de la Terre pour aller se perdre dans l’infini. Au fur et à mesure que la distance augmente, les sons venant de la Terre se font plus faibles puis disparaissent. Une oreille attentive percevra le son illustrant l’image que captera Ellie. Puis les étoiles se fondent et apparaît l’iris d’une fillette penchée sur sa radio-amateur. En quelques minutes, Robert Zemeckis affirme ses ambitions. Contact ne sera pas un film de SF belliqueux ou un conte à la Rencontre du 3e type, mais bien une réflexion profonde sur le verbe croire !

 

Et tandis que se déroule l’histoire, qu’Ellie reçoit le message, le décode, avec l’aide d’un riche industriel, Hadden, se fait voler sa découverte avant de revenir en grâce et enfin partir vers Véga, Zemeckis avance petit à petit ses pions. Certes, il ne se lasse pas de certains tours techniques, comme la fuite d’Ellie dans la maison lors de la mort de son père, filmée dans un miroir ou l’incrustation de foules ou d’acteurs aux côtés de Bill Clinton (un effet directement inspiré de Forrest Gump). Mais ce qui l’intéresse, c’est la détermination sans faille de la jeune femme. Logique, pragmatique, elle va sacrifier sa carrière, sa vie sentimentale à cette passion dévorante qu’est la science. Et elle en exclut tout caractère merveilleux. Ainsi, sa relation avec Palmer cessera à partir du moment où ce dernier lui avouera son scepticisme face à la science. Pour Ellie, le langage mathématique est le seul qui soit réel et elle entraîne tout son monde avec elle. Sa relation tumultueuse avec l’autre scientifique, un arriviste ambitieux pour qui la fin justifie les moyens n’est qu’une façon de montrer sa détermination. Mais jamais, elle ne se mettra en avant, jamais elle n’exigera, jamais elle ne mentira. Et c’est pour cela qu’à la toute fin, on ne peut que la croire.

 

Certaines critiques ont reproché au film d’avancer par à coup et de laisser certaines parties dans l’ombre. Or, Zemeckis fait confiance à son public. Ainsi, Ellie est parfois traitée comme un personnage secondaire, spécialement quand elle n’a plus les faveurs de la Maison-Blanche. Des ellipses temporelles sont également présentes afin de ne pas alourdir le récit. Quand le film s’accélère, il se focalise sur des petits instants : la découverte du signal, le décodage des images, la rencontre avec M.Hadden ou la destruction de la machine. Contact est traité comme une gigantesque tranche de vie avec quelques focus. Il en profite aussi pour renvoyer dos-à-dos les fondamentalistes religieux, prêts à mourir pour leur cause et les scientifiques malhonnêtes qui n’hésitent pas à jouer sur la corde sensible pour obtenir ce qu’ils veulent. Dans les deux cas, ils ne font aucun cas de l’opinion des autres. Au milieu de cela, la candeur et la bonté d’Ellie détonnent. Elle ne croit pas en Dieu, mais respecte ceux qui y croient. Pour elle, la foi n’est qu’une question de point de vue, un point de vue qu’elle ne partage pas. On retrouve ici tout l’humanisme de Carl Sagan, dont le scepticisme est allé grandissant au fil des ans, mais qui n’a jamais insulté ceux qui ne partageaient pas sa vision des choses.

 

 Et quand Ellie s’embarque enfin dans la machine, Zemeckis abandonne la rigueur de son film pour se laisser enfin aller à des images surréalistes voire poétiques. Certains se sont gaussés de la scène sur la plage. Elle est pourtant dans la logique des choses : cette plage évoque la Floride, donc les souvenirs d’enfance et le père d’Ellie. De plus, si les Végans sont une civilisation pacifique, ils veulent mettre leur nouvel hôte à l’aise. Enfin, le cinéaste a bien retenu la leçon de Kubrick : en dire le moins possible, laisser parler les images.

 

En montrant ce que voit Ellie puis en insinuant le doute dans l’esprit du spectateur quand il montre que la nacelle est tombée directement dans la machine et qu’il ne s’est écoulé qu’une fraction de seconde, Zemeckis atteint son but : faire réfléchir sur la foi.

 

À un moment du film, Palmer demande à Ellie si elle aimait son père. Celle-ci lui répond par la positive. Palmer lui demande alors de le prouver. C’est la première graine semée dans l’esprit rationnel de la scientifique. Le voyage sera donc l’aboutissement.

 

Ellie se retrouve alors confrontée aux accusations de mensonges. Elle doit expliquer l’inexplicable et elle n’a que sa bonne foi pour cela ! La scène où elle répond à James Wood, lors de la commission sénatoriale, est le sommet de Contact. Wood lui démontre que tout est sans doute faux, que la machine ne l’a envoyée nulle part, qu’Hadden a tout orchestré et Ellie approuve. Mais quand on lui demande de retirer son témoignage, elle ne peut que dire « je ne peux pas. ». Elle ne peut pas parce qu’elle croit, parce qu’elle soulève un espoir  pour les habitants de la Terre, celui de ne pas être seul, celui de se savoir observé, peut-être protégé. La sceptique est devenue croyante et les foules immenses qui l’accueillent lors de sa sortie de la commission lui rendent alors tout cet amour qu’elle a retrouvé lors de son voyage. Ces centaines de milliers de gens la croient et il y en a sans doute des millions sur toute la planète. Et quand Palmer lance aux journalistes « Moi je la crois », Ellie lui prend la main et trouve enfin le bonheur. Elle sait désormais qu’elle n’a rien à prouver, juste à attendre la prochaine étape. Sa vie s’emplit alors d’autre chose que la science.

 

Le film aurait pu se terminer ainsi. Mais Zemeckis offre au spectateur un dernier élément à analyser : quand Ellie est tombée dans la machine, sa chute n’a duré qu’une seconde. Mais elle a filmé 18 heures de parasites. Ellie est donc bien partie sur Véga. Mais il est clair que le gouvernement veut garder pour lui cette information. Sans doute pour ne pas perdre la face. Mais aussi garder la main sur cette découverte ultime.

 

Contact se conclut par deux petites scènes : Ellie parlant à des enfants, symbole d’un avenir radieux et Ellie écoutant les étoiles. Zemeckis boucle son chef d’œuvre en s’affirmant aux côtés de son actrice. Les faux-semblants ont été balayés, l’honnêteté a triomphé.

 

Que les cyniques qui se sont acharnés sur Contact continuent de le faire. Jamais ils ne pourront atteindre un tel degré d’humanisme. Contact est un film à ré-évaluer d’urgence. Dans un monde parfait, il pourrait servir de leçon à pas mal de fondamentaliste. En l’espèce, il ne peut qu’engendrer des réflexions profondes sur ce que nous sommes, sur ce que nous croyons et sur ce que nous voulons vraiment. 

 

Contact (*****)
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 21:04

lawrence.jpgLe pitch : l’évocation des années de guerre du Colonel T.Lawrence, et de sa lutte aux côtés des arabes pour se libérer du joug des Turcs.

 

La récente sortie du Blu-Ray de Lawrence d’Arabie est l’occasion idéale de parler de ce très grand film, sans doute l’un des plus beaux jamais tournés et dont la musique intemporelle de Maurice Jarre continue de hanter la mémoire des cinéphiles.

 

Disons le tout de suite, ma chronique se fait à partir de la récente vision du DVD paru en 2002, une édition 3 disques (le 3e disque était vendu avec le magazine DVDvision) jugée magnifique à l’époque, mais sans doute dépassée par l’édition Blu-Ray. Il est vrai que la nouvelle édition propose une VF complète et non une VF à trou pour le DVD. Dans cette dernière, les passages « inédits » n’étaient pas traduits et la VOST prenait alors le relais. Mais comme je ne regarde ces grands classiques qu’en VO, cela ne me gênait absolument pas. Quant aux bonus, la plupart sont repris de l’ancienne édition, même si l’un d’entre eux, le parcours de Lawrence, est désormais intégré au film sous forme de piste interactive d’après ce que j’ai lu.

 

50 ans après sa sortie, que reste-il de Lawrence d’Arabie ? Fait-il partie de ces classiques que l’on n’ose pas regarder de peur d’être déçu ? Ou bien s’est-il bonifié avec le temps ?

La deuxième réponse est la bonne. J’ai eu la chance de découvrir, enfant, ce film dans un cinéma de quartier qui projetait souvent les grands classiques. David Lean n’y échappait pas et j’ai pu voir également Le pont de la Rivière Kwaï. Le choc éprouvé par la vision de Lawrence d’Arabie sur un grand écran fut certes tempéré par la longueur du film. Mais certaines images me sont restées en mémoire des années durant. Et j’ai toujours le même frisson quand le colonel Lawrence surgit du désert avec le malheureux Gassim sur son dos ou bien quand le souffle sur une allumette provoque l’arrivée du soleil en plein désert.

 

Oui, Lawrence d’Arabie reste un grand film. Pas pour ces scènes d’actions, filmées en plan large et de très loin (la prise d’Aqaba par exemple) mais bien pour ces extraordinaires plans où les hommes marchent dans le désert. La beauté minérale qui s’en dégage donne l’impression que nous sommes sur une autre planète. David Lean a filmé son histoire comme s’il filmait un documentaire en Imax ! Le but est clairement d’en mettre plein la vue aux spectateurs, à une époque où la télévision commençait à concurrencer sérieusement le cinéma. De ce point de vue-là, le film est une vraie réussite.

 

Mais de belles images ne font pas un grand film. C’est surtout dans la psychologie de ses personnages que Lean fait plonger son spectateur. Son casting quatre étoile (Alec Guiness, Anthony Quinn, Omar Sharif et un débutant aux yeux d’un bleu incroyable, Peter O’Toole) lui donne de toute façon toute latitude pour le faire. Car c’est bel et bien la plongée dans l’obsession d’un homme et son amour de la liberté qui guide le film, et ce dès l’ouverture tragique où Lawrence trouve la mort sur une petite route de campagne. Nous ne sommes pas dans un film de guerre, malgré des scènes très spectaculaires, mais bien dans la transformation d’un soldat qui va découvrir que pour aller au bout de son rêve, la liberté pour l’Arabie, il devra passer sous les fourches caudines de la violence (le massacre de la garnison turque dans le désert), de la trahison (quand il comprend que son commandement n’a jamais cherché l’indépendance de l’Arabie) et de la haine. C’est cet univers-là qui guide David Lean. C’est ce film qui se déroule sous nos yeux ! Car, on le sait, les champs de bataille les plus terribles sont ceux qui se déroulent à l’intérieur des âmes !

 

Allant jusqu’au bout de sa logique, Lawrence va donc tout sacrifier à son rêve. Il abandonnera presque son statut d’Anglais pour épouser la cause du désert, comme le montre la scène où les bédouins lui offrent un habit traditionnel qu’il portera désormais, y compris dans le quartier général anglais. Et si sa déception est palpable quand il verra que les Arabes ne parviennent pas à s’entendre après leur victoire et qu’ils échangent la domination turque pour un protectorat anglais, il ira au bout de son idée, malgré la violence qu’elle engendre. Le vrai Lawrence était ainsi, le film lui rend totalement hommage.

 

Qui dit grand spectacle dit grandes scènes. En utilisant des milliers de figurants, en recréant les immenses camps bédouins, David Lean va au-delà de l’esbroufe ! Pour lui, rendre hommage à une époque, c’est la reconstituer fidèlement, qu’importe le coût. Lean aurait vécu dans nos années 90-2000, il se serait servi du numérique pour magnifier ses images, mais, tout comme un Ridley Scott ou un Christopher Nolan, il n’aurait pas abandonné ses décors, ses figurants, ses paysages réels !!

 

50 ans après , Lawrence d’Arabie reste donc un très grand film, sans doute le plus grand de son auteur. Et sans aucun doute l’un des plus grands jamais tournés. Quelque part aux côtés de Titanic ou de La revanche des Sith, dans nos panthéons personnels, vit un homme qui, amoureux du désert, décida d’en libérer ceux qu’ils considéraient comme ses frères

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  • Dave
  • Enseignant, fan de cinéma et de métal, chanteur dans différents groupe de métal, collectionneur de tout ce qui touche à Star Wars... what else ?
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La côte

***** Chef d'oeuvre !!

**** Très bon, allez y vite !!

*** 1/2 * Entre le bon et très bon, quoi...

*** Un bon film

** Moyen, attendez la vidéo

* Comment ai-je pu aller voir ça ??

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